Pérou – Les prémices de la Cordillère Huayhuash – J250 et J251

J250 – Lundi 13 septembre – Baños à Cuartelpampa 22km D+ 753 m


Réveil habituel du matin au son du réchaud dans ma salle de bain de la chambre. La nuit fût bien chaude sous les draps en polaire (si, si, ce n’est pas du coton mais bien de la laine polaire pour le drap housse et le drap du dessus!) pour nous 4. La douche du matin l’était bien moins pour Sylvain et Alain. Petit-déjeuner dans notre chambre pendant que les enfants émergent, et le rangement commence, réglé comme une horloge.

Le soleil et les nuages blancs sont de retour sur la place du village que nous traversons à 8h30, bien animée, où nous devons rapidement nous échauffer sur 200m seulement, avant d’entamer une superbe côte: 3,8km pour 251m de D+ ! Cailloux, pierres, trous, rigoles faites à la dernière pluie, virages en épingles…. auront raison de notre enthousiasme de pédalage mais pas de nos rires! Et oui, nous poussons, chaque conducteur avec sa machine, et parfois une aide supplémentaire à l’arrière, nous donne le sourire, ensemble car c’est une découverte pour Alain, dont le vélo même avec le frein avant serré recule dans la pente. 😆 Nous, ça y est, on est rodé, on a l’habitude d’aller à moins de 4km/h dans des pentes trop rudes pour nos poids cyclistes. Mais notre nouveau compagnon, c’est exceptionnel! On a ri de cette nouveauté sportive! Et on a avancé aussi. Petit à petit, on est sorti de la forêt, des moutons et de leur pâturage, pour caresser le ciel, la roche orange, les éboulis, l’étroitesse du chemin, le réconfort des conducteurs qui descendent, la vue plongeante sur la ville, sur les plateaux alentours dont celui où nous étions hier. A 11h, on en sort, fiers, soudés, souriants. Cela mérite bien un petit réconfort en plus de celui des yeux avec le panorama naturel. Des petits pains frais engloutis plus rapidement que notre allure! ☺


Le plateau devant nous, est entouré de montagnes dans les tons verts et jaunes. Quelques maisonnées encore en terre et paille forment une allée où nous roulons. C’est Caran, ses 4 cuadras (pâtés de maisons), son terrain de foot, sa fileuse de laine d’un certain âge assise sur le trottoir d’herbe et surtout ses cochons! On s’enfonce plus au sud, sur un replat bien agréable pour recharger les batteries vides de leur jus lors de notre sortie de vallée. Les montagnes nous entourent, le soleil nous réchauffe, et l’allure est plus rapide malgré les secousses, les chiens qui nous poursuivent et les arrêts suivants pour s’en débarrasser.

La vue change, les sommets enneigés pointent à l’horizon: la Cordillère Huayhuash. Dans 4km, un village perdu, Paracsha, se découvre sur un flanc de montagne. La borne kilométrique à l’entrée indique 1 et 2. Raphaël, heureux, me la lit: « 21km ce matin génial! ». Euhhhhhh, non! C’est à l’envers: 12km parcourus ce matin. La déception. Un petit comedor sur la Place des Armas herbeuse va y remédier, avec ces 2 chiens à l’entrée, pour une fois gentils. Quelques caresses et on s’y remplit bien le ventre, sauf Emma.

Quelques emplettes et il est temps pour nous de filer de l’autre côté de cette montagne. Enfin filer…. pousser!! Et oui, de retour, on pousse et on rigole. Ce n’est pas possible! Surtout qu’après un repas pareil, bien copieux, on est nase. Mais la situation nous fait rire…

Quelques virages en épingle avec les cailloux et les trous, et nous passons sur l’autre flanc. Encore des montagnes, encore sublime jusqu’à l’horizon. On aime ça, ça tombe bien. 😜 Des champs, des fermes isolées et une dame qui tricote et qui se marre littéralement en nous voyant! Hyper accueillante et chaleureuse avec son chien, ses moutons et ses 2 fils plus loin. Ce petit moment de bavardage nous a réchauffé le cœur, trop sympa et nous repartons le sourire aux lèvres.

Le replat nous permet de nous reposer avec les secousses des cailloux dans cette horizon, avec une impression de déjà-vu, d’être encore aux Usa dans les contrées isolées du Red Desert. L’extraordinaire nature se mêle au détour d’un virage à l’extraordinaire rencontre furtive d’une famille, en train de construire une nouvelle maison plus ample que la précédente, en terre, seulement « pura terra » tassée, sans fenêtre. On s’arrête et là encore, grand moment. Tout de suite entourés de discussions sympathiques, d’explications, de rires, de questions…. Incroyable. Cette famille est tellement avenante, ouverte, chaleureuse avec nous que l’on en oublie les morceaux d’animaux pendus sous le debord de toit. Aussi vite arrivée, aussi vite repartie, cette rencontre laisse la place à une autre quelques centaines de mètres plus loin. Le temps d’un arrêt photo, Alain prend de l’avance et on le voit au loin, discuter avec un fermier près de ses vaches laitières. En s’approchant, on comprend qu’il se dépatouille avec son espagnol et cela nous fait rire! 😆 Car le fermier et sa femme ont un sacré accent, mêlé à une rapidité verbale, ça donne un moment comique!


Les montagnes à perte de vue reviennent avant le hameau de Cuartelpampa, situé à 3900m d’altitude. Et encore trop beau! Alors forcément, devant les dimensions gigantesques de ces paysages, nous sommes émus, humains perdus dans la nature, mais à notre place.


16h, l’heure de la recherche du bivouac a sonné et la question de l’eau se pose lorsqu’Alain nous trouve un puits d’eau dans le champ d’à côté. Le voilà à descendre dedans auprès de la source et remplir la bonbonne de 7 litres. Bientôt 16h, le col n’est qu’à 3km et la ville à 5km ensuite, en descente. Mais si on y arrive, on devra dormir à l’hôtel (s’il y en a) ou dans un local. Et ce soir, on préfère la quiétude de la nature. Alors, forts de ce choix et après virages, bonne pioche. A l’abri des regards, de l’herbe coupée sur une surface presque plate, n’attend plus que nos 2 tentes. Organisation intérieure de notre chez nous, vélos attachés, jeux du Uno pour les enfants sur le tarp à côté, et déjà le soleil se couche.

Le temps scolaire se fait au chaud avec le début de la pénombre pendant que le repas se prépare au froid pour lui! Pour finir cette journée, le Uno est sorti pour Emma, Raphaël, Sylvain et Alain, à moitié dans les duvets pendant que je vous narre notre journée folle. Folle car tellement de choses ont été vécues, imprégnées dans nos mémoires, de personnes rencontrées. De lieux si différents. De points de vue. 20h tout est éteint. Même les petits yeux! A 4118m

J251 – Mardi 14 septembre – Cuartelpampa à la Laguna Lauricocha 24km D+ 389m


Réveil à 5h20 pour Alain, 6h15 pour Sylvain et le reste du troupeau vers 6h45 pour un lever au frais, sous les doudounes et les nuages gris. Le petit-déjeuner est dégusté en 2 services évidemment 😜 et donc le rangement se fait par étapes aussi face aux montagnes et à la vallée que nous devons quitter aujourd’hui, certains jouant encore au Uno.


8h45 sur le chemin de terre et de cailloux, nos 3 équipages débutent et doivent finir cette fameuse côte entreprise la veille sous les poteaux électriques. Pas de circulation vu l’isolement du chemin et des hameaux, nous pédalons sereinement tous les 5. Quelques virages, quelques chiens au loin, 2 fermes, des herbes jaunes, 5 kilomètres, un faux col pour un arrêt drone puis le vrai col, celui qui nous fait basculer sur la vallée suivante à 4251m, que nous passons ensemble, les 3 vélos!


Quels superlatifs puis-je encore utiliser aujourd’hui pour vous décrire ce panorama? Je n’en ai plus en réserve. Mais imaginez: une descente en cailloux dans les tons beiges, des collines inhabitées dans les tons jaunes, puis en arrière plan, des blocs gigantesques, sombres se dressent tels une muraille, dernier rempart devant la Cordillère Huayhuash, ces sommets à plus de 6000m d’altitude, casqués de neige. Leur verticalité est impressionnante, imposante. Encore une fois, nous sommes éblouis, émus par ce paysage, nouveau. Après 16 mois de voyage (avant et après/pendant pandémie), on est encore scotché par la nature. Et ce n’est pas fini aujourd’hui !!


Alors débute la descente prévue pour 5km jusqu’au village d’Antacolpa avec ses 2000 habitants, dernier lieu habité avant Oyon à 76km de là (3 jours en vélo pour nous dans ces conditions). Arrivés en matinée, nous trouvons la place principale pour y déposer vélo, enfants et papi et partons avec Sylvain faire les courses dans la tienda (appelé au Pérou « bodega »). Et un ravitaillement pour 3 jours pour 5 personnes, ce n’est pas évident. Il ne faut rien oublier, pour les 3 repas de chaque jour, sans trop nous charger en poids… On prend même des risques et achetons des œufs!! 😆 Particularité de ces magasins, on ne peut y entrer. Il faut donc demander à la vendeuse, chaque chose, son prix, le poids… Un peu laborieux mais on y arrive! L’accueil est plutôt sympathique dans le village, et les habitants viennent naturellement discuter avec nous et nous prendre en photo.

Sous un soleil de plomb, nous les quittons et entamons les premiers lacets pour sortir de ce « trou » de vallée. Des chiens nous encouragent encore sur les champs de chaque côté, des moutons qui mangent, un homme qui retourne sa belle terre noire, une ferme, des rapaces qui dansent avec le vent et la nature omniprésente jusqu’à l’horizon. La montée nous éprouve par les cailloux qui roulent sous les pneus, par la lenteur et donc le risque de déséquilibre du vélo (pour moi!). Heureusement des petits bonbons nous attendent à la bifurcation, et sous les rires, les équipages changent. Raphaël prend les rênes de Couillot et je m’installe sur son siège avant, prête à faire la sieste!


Trêve de plaisanterie: la route nous attend. Bien remuante! Nous descendons de la colline et voyons déjà la sortie obligatoire pour demain, derrière une seconde colline. Les plans s’enchaînent jusqu’à la Cordillère. Une famille péruvienne déjeune sur un champ retourné. Après une agréable discussion avec eux, des pommes de terres cuites chaudes offertes par leur soin, nous passons par dessus le fil barbelé et partageons notre déjeuner avec eux. Eux 4, Jesica, sa fille Milady de 2 ans, son mari et sa mère. Nous 5. 2 chiens affamés. La Cordillère Huayhuash en témoin. Ils possèdent ce champ, qu’ils retournent avec un outil en bois et cuir, inconnu pour nous (d’ailleurs si certains peuvent nous trouver le nom…? Certains me disent une défonceuse.. ..). Les pommes de terre entières sont mises dans chaque trou. La récolte est pour la famille et pour le négoce. Quel moment hors du temps, assis sur leurs terres, à partager.


Mais nous devons poursuivre cette aventure, sur le flanc de cette colline jaunie, sur un chemin descendant jusqu’au ruisseau et à la ferme avant d’entreprendre la remontée exacte de ce que nous venons de faire, sur la colline suivante. Et ça remonte bien, tous les 3 heureux de passer ce mini-col et de plonger littéralement nos yeux sur un spectacle gigantesque. La lagune est face à nous, s’étendant sur 6km. Elle est cerclée par notre colline, par un village à l’extrême gauche Lauricocha, par des montagnes sur la droite où pointe un passage (le nôtre pour demain!) et par un mur géologique, barrant la vue du ciel de 300m de haut. 🤩 Arrêt photo obligatoire… et ce, jusqu’à notre bivouac du soir à quelques kilomètres de là.

Nous descendons le chemin toujours à flanc de colline, avec la lagune sur notre gauche (que nous remontons) et des feux pour l’écobuage sur des centaines de mètres. On descend vite juste cette portion car les feux nous surplombent et nous-mêmes nous surplombons un précipice sur ce sentier peu large. Après avoir dit au revoir à cette étendue d’eau, nous croisons une cascade qui l’alimente, avec des supposées terrasses sur la droite. Possible bivouac? Sylvain y va et revient avec un large sourire: une belle plateforme qui domine les 2 lagunes, des fermettes, leurs animaux (vaches et ânes), des rivières découlant des cascades et des précédentes lagunes. Encore un beau spectacle en perspective, mais qui se mérite!

Le bivouac est 10m au-dessus de la route, passant par des rochers et des mottes de terre et d’herbes! On ne ménage pas notre Alain!! Alors, on enlève les sacoches, on les monte toutes les unes après les autres et les 3 vélos également! Un bon coup de chaud pour la fin de cette journée! Surtout à cette altitude, on s’essouffle vite. 😅
Grâce aux petits bois trouvés par Sylvain puis Alain, et aux bouses sur notre bivouac, nous pouvons nous chauffer pour cette veillée et même faire cuire le riz! La tente est montée et nous nous y retrouvons pour 3 parties de Uno endiablées entre Emma, Raphaël et Alain. Le pauvre Papy, les enfants n’hésitent pas à lui mettre des cartes « +4 » et font même alliance contre lui!! Nous éteignons peu après vers 20h à 4011m.

8 commentaires sur “Pérou – Les prémices de la Cordillère Huayhuash – J250 et J251

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  1. Bonjour à vous 5,

    Trop d’émotions à lire ces commentaires et regarder les photos , vous allez me faire « chialer  » . Un mélange d’admiration et oui oui de jalousie de ne pas vivre en live cette aventure. Mais réaliste!! ma condition physique n’est pas celle de mon p’tit frêre Alain , bravo à lui et encore merci de nous livrer ressenti , photos ,rigolade dans l’effort à plus de 4000m vous m’impressionnez!!
    Allez bonne continuation er gardez la forme et le sourire.
    Bisous à tous les 5

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  2. Moi aussi, les yeux me piquent. Il en aura des choses à raconter à son retour mon frère ! S’il revient !… vu son succès auprès des péruviennes. Je parle des pistes caillouteuses bien sûr, des prairies herbeuses, des montagnes élégantes de la Cordillère. Bravo à vous cinq pour toutes ces aventures, ces grands coups de pédale, ces poussées gigantesques. Je suis heureux de savoir Emma en meilleure forme et Raphaël prêt à changer de place sur le Couillot. Bonne continuation les intrépides. Je vous embrasse.

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  3. Coucou vous cinq, que de ressentiments, de sensations, de craintes, d’admirations, dans ce nouveau commentaire, et je ne peux qu’admirer (le verbe est trop léger !!) votre courage à cette altitude, dans les montées (qui ne se font pas facilement, « à la sueur » !!! pire que sur le tour de France) mais aussi les descentes, rien n’est facile pour vous. Mais vous gardez le moral et surtout le sourire dans toute occasion.Félicitations pour le papy.
    Encore des rencontres fabuleuses, des conditions archaïques pour tous ces gens, on devrait mieux apprécier notre vie dans cette facilité et cette opulence !!
    Je suis fière et admirative de mes petits-enfants dans cette aventure et je les trouve très coquins avec leur papy en ne lâchant rien dans les parties effrénées de Uno!!!
    Prenez soin de vous bizz

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  4. Je vois que tout le monde est de la famille, de l’un ou de l’autre … Bon, pas moi, ni même une relation, autre que virtuelle mais je vous suis depuis le début, avant la pandémie. J’aime suivre les familles en voyage … essentiellement les familles en camping car autour du monde ; vous, au départ ça a été pour mon admiration à vous voir partir ainsi en tandem avec les enfants et à la force de vos muscles et de votre mental ! Je vous admire .. Cette étape, guelle épopée encore avec ces côtes où il faut pousser les vélos chargés mais de belles rencontres et toujours cette belle entente familiale , les sourires et les enfants formidables d’endurance et d’adaptabilité ! Merci de prendre le temps de rédiger ce blog, malgré la fatigue en fin de journée !

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