Chili Terre de Feu – J790 et J791 – Lentement mais sûrement

J790 – Vendredi 24 Juin – Refuge Estancia Miriana à Refuge ++ – 17km D+113m


Que la nuit fut bonne encore une fois? au 1er étage du lit superposé, dans la chaleur du Refuge. Même sil n’y a pas de radiateur ou de poêle en marche, la chaleur de nous 4 et de nos duvets suffit. Pas de bonnet ou chaussettes encore cette nuit. Vive le Chili pour ces refuges. Comme cela fait 6 jours que nous sommes partis de Rio Gallegos et donc que nous n’avons pas fait de journée off, de journée de repos, aujourd’hui nous avons décidé de ne pas faire trop de km pour s’arrêter dans un Refuge +++. Alors, tranquillement, nous nous réveillons vers 8h à la lueur des bougies. Le petit-déjeuner est vite pris après l’habillage, autour de la table et avec les bancs en rondins de bois. On n’a presque même pas froid. Mais il nous faut quand même 2h pour tout ranger avec les gants sinon nos doigts subissent le froid et nous font mal, vérifier après nous que nous n’oublions rien dans le refuge…


On claque la porte et retrouvons la route 257 et sa glace! Encore un matin où la chaussée est glissante, où il va falloir faire attention à nos roues, à notre équilibre, ce qui devient difficile avec ce bon vieux vent venu du Sud. Notre direction! Alors encore une fois, nous bravons cet élément naturel. Pas grave, nous avons l’habitude et sommes parés comme tous les jours. C’est parti pour 17km avant le prochain Refuge, un noté +++, quasi neuf, avec une mezzanine.
Autant vous dire que la journée est passée très vite. La première heure fut plus ponctuée par les camions nous doublant, par la nécessité de faire attention plus que d’accoutumée avec la chaussée glissante. Le vent, on n’y pense presque plus. On connaît sa force et les vitesses les plus faciles sont déjà mises et ne bougent pas, même sur le plat. On avance quand même, on pédale, doucement mais sûrement. Bon ok, très doucement pour moi. Mais c’est stratégique pour que Sylvain puisse avoir le temps de s’arrêter… non pour m’attendre mais pour ces photos! Un sacrifice que je fais donc pour avoir de quoi documenter cet article. C’est vrai que je suis lente mais ça va. Le moral, le froid ne me fait pas peur, nos pieds et mains gelés reviennent régulièrement à la sensation, le soleil est là, derrière nous pas bien haut, mais il est là quand même. Le ciel est bleu, les champs verts de mousses encore aujourd’hui dans toute la vallée que nous allons suivre puis quitter en passant un petit col.

C’est la deuxième heure qui s’engage. Celle des collines, de la neige sur les côtés, de la chaussée humide mais non gelée grâce à l’astre diurne, celle des estancias sans vie en cette saison d’hiver, celle du ruisseau gelé que nous avons essayé de briser sans succès pour avoir de l’eau, celle du champs dans la vallée suivante couleur jaune poussin (mon coup de cœur qui réchauffe), celle des guanacos surpris de notre présence et qui passent très près de nous, comme s’ils n’avaient pas l’habitude. Ce qu’ils sont beaux avec leur tête toute noire, leurs oreilles tendues, leur moue… On craqué avec Raphaël. Et à la borne 107, sur notre gauche, une tiny house aux larges fenêtres: El Refugio. Déjà? Oui, oui. 2h20 de pédalage et c’est après-midi off!


Un petit tour à l’intérieur tout en bois, un coup de balai au 1er étage comme au rez de chaussée, et nous installons les sacoches de nourriture pour le pique-nique. On est assis, à l’abri, presque trop au chaud avec ce soleil qui cogne sur les fenêtres. Ce que cela est agréable de prendre notre temps à table un midi. Les enfants sortent sur l’arrière de la maison pour jouer dans une tranchée près de la clôture pendant que nous prenons notre café-thé, presque en toute tranquillité. Les loulous viennent régulièrement frapper à la fenêtre afin qu’on les regarde sauter par dessus le trou, ou tenter de les voir quand il se cache… On a juste envie et besoin de calme. C’est loupé! 😉 Ils viennent ensuite aider pour la mise en place: Emma au 1er avec les matelas et Raphaël en bas pour les sacoches vides, pendant que Sylvain part à la chasse à l’eau potable dans la rivière d’à côté. Nous nous mettons en place autour de la table tous les 3 pour le moment d’école, Sylvain au 1er supervise!

Lors d’une pause, notre voisin d’en face sort pour balayer devant chez lui avec ces 3 chiens. J’en profite pour tester mon charme naturel (avec loulou) afin de quémander quelques litres d’eau puisque celle du ruisseau n’est pas propre du tout, même après filtrage. Ça marche, je peux revenir avec ma poche de 10 litres (mon charme fonctionne! Même avec mon odeur corporel ou buccal, et la propreté de mes vêtements légèrement douteux). Je laisse les enfants aux mains du maître et part en face chez l’estancia. Je vous présente Oscar, notre bienfaiteur du jour. J’ai dû passer au moins 30min avec lui dans sa cuisine, bien chaude avec son four/poêle, à discuter et remplir la poche. Il me propose de revenir avec toute la famille et je comprends qu’il est question de cuisiner et de repas du soir. J’avoue que son accent et son débit de parole me font clairement douter de mon espagnol.
Nous bouclons l’école et partons tous ensembles chez notre voisin, bien 1h après. Il prépare un morceau de côtes d’agneau de son cheptel, au four, tué il y a 2 jours. La soirée a commencé à 17h et s’est terminée à 20h30. Et elle fut excellente à tout point de vue. Oscar nous a accueillis comme si nous faisions partie de sa famille. Il travaille et vit 20 jours ici, puis retourne 1 semaine à Punta Arenas où se trouve sa famille. Il est seul pour gérer cette estancia et les 6000 moutons qui broutent sur ces terres avec les 8 chevaux, sans électricité.


Il fait bien chaud dans sa cuisine où le traquenard commence. D’abord, ce fut une boisson chaude pour chacun de nous autour de la table, puis le vin blanc en brique de 2 litres. Les enfants ont refusé le café pour du lait, ouf! Mais nous, il fut difficile de refuser un verre, puis un second… les autres, je ne m’en souviens plus, le sourire aux lèvres! L’astuce est de ne pas vider son verre, sinon t’es foutu! Je le suis avant Sylvain! Nous avons discuté toutes ces heures avec lui, à comprendre sa vie, l’aide qu’il donne aux voyageurs qu’il voit dans le refuge en face de ses fenêtres, à le comprendre lui. Car Oscar est à la langue espagnole, ce que Jean Lassalle est à la langue française… Alors imaginez avec quelques verres de vin en plus… Nous avons aussi rigoler, cuisiner, pris des photos, dessiner son portrait, passer un très bon moment avec lui, déjà avant de déguster son très bon plat! Quasiment tout fut mangé, les petits comme les grands, nous nous sommes régalés. Vraiment, ces saveurs nous plaisent et sont tellement loin, comme un dimanche midi en famille. Il est allé chercher tout ce qu’il avait pour nous faire plaisir, jusqu’au dessert. Quel régal cette soirée!

Mais, nous devons partir, la fatigue pointe son nez et demain nous pédalons avec peut-être 2kg de cuisse d’agneau qu’il veut nous offrir! Rendez-vous de toute façon demain, nous passons le voir au moment du départ… mais il insiste pour que ce soit pour le petit-déjeuner. Devant son insistance, et après avoir refusé sa proposition de dormir chez lui (en voyant bien que nous l’offensons), nous acceptons celle-ci. Tous les duvets matelas sont mis en place, toutes les sacoches ouvertes… Cela nous prendrait plus d’1h pour tout rassembler pour venir dans la nuit chez lui. C’est gentil, mais la nuit dans le refuge ne nous fait pas peur. A 4, pas de froid possible. On le quitte par de grandes embrassades et traversons son jardin dans le noir, accompagnés des étoiles et de la boue sur le chemin.
Il fait frais et piquant dehors mais dans le refuge absolument pas. Tout est calme, le vent n’entre pas, ne passe pas, ne fait pas trembler les parois.
Nous entamons une petite session cinéma que nous avions promis aux enfants, car ils ont été exemplaires lors de la soirée, pendant tout ce temps, à table, à discuter en espagnol parfois… Mais la partie chambre est plus faite pour 2 ou 3. Ça joue des coudes au moment du coucher. Alors au bout du lit, je vous écris en musique d’où par la fenêtre, je peux voir les étoiles qui brillent et même la voie lactée. C’est y pas beau???

J791 – Samedi 25 juin – Refuge ++ à Refuge Angle WC- 29km D+87m

Bien au chaud encore un matin (comme quoi les refuges sont bien hermétiques et providentiels pour nous) avec une lumière visible depuis la fenêtre de la cuisine d’Oscar, à 8h, nous nous réveillons. Pas de petit-déjeuner ici sur la table puisque nous sommes invités ce matin chez notre voisin! C’est pour le coup, assez rapide de ranger nos duvets, nos matelas et de descendre les vêtements de notre mezzanine dans les sacoches (et de s’apercevoir que les gants de Sylvain sont trempés!). Nous sommes quasiment prêts lorsque nous quittons les lieux pour traverser la route, laissant les finitions à la lueur du soleil qui se lèvera plus tard. Oscar nous ouvre sa maison avec le sourire et le bonnet. Sa cuisine est bien chaude, la bouilloire sur le four, les tasses installées, le pain maison tranché. C’est un réel plaisir de le retrouver et discuter encore avec lui alors qu’il fait nuit noire dehors. Nous petit-déjeunons autour de sa table avec même des œufs sur le plat puis brouillés! Un régal! Décidément, Oscar nous bichonne. Encore un peu de boissons chaudes et c’est le temps des adieux. Lui part faire la tournée de ses champs, à cheval lorsque nous montons sur notre monture sur la route 257 légèrement humide au km 107.


Le paysage n’a pas changé: des collines, des champs ras de végétation, des guanacos étonnés de nous voir passer, certains faisant exprès de passer devant le Panzer (on est toujours autant ravis de les admirer d’aussi près), et des camions, moins nombreux qu’hier. La route est plus facile, moins dangereuse et surprise: nous avons du vent de dos, venu du Nord. Il a enfin tourné après nous avoir éprouvé durant 6 jours nous ayant amenés à une vitesse moyenne de 7 km/h sur cette même période depuis Rio Gallegos, non sans peine… Et il souffle. Ce qui permet de voir défiler rapidement toutes les bornes kilométriques depuis 107. Raphaël n’en revient pas! Cela change tout! C’est très motivant aussi, et incite à pédaler encore plus. Bon ,ok, on est toujours à la traîne sans le pédalier de mon binôme (qui en profite pour dessiner à nouveau), mais celui d’Emma non plus ne fonctionne pas. Sylvain reste trop rapide pour moi quoi qu’il en coûte mais c’est sans compter les arrêts photos où nous nous rejoignons. Toujours est-il que les 10 premiers kilomètres sont avalés d’un coup, 1/3 de l’objectif journalier. Ouah, la patate. Même pas de pause nécessaire, on est presque pas fatigués. Le vent nous pousse toujours un peu de derrière, diminuant notre ressenti au froid. Pas de ponchos mis, juste sous les fesses, pas d’arrêts barres de céréales ou fruits secs puisque le petit-déjeuner fut consistant d’une part, et que le vent n’étant pas de face, nous perdons moins d’énergie pour avancer. Une aubaine cette journée. C’est ainsi que les bornes 117, 127 et 136 passent successivement à vive allure.

A la 136, nous savons qu’il ne nous reste que quelques centaines de mètres avant le refuge, visible d’où nous sommes, comme l’antenne relais ou la bifurcation pour la ville de Porvenir. Ce que nous ne connaissons pas, c’est bien l’heure d’arrivée, et je suis loin de me l’imaginer : 12h30. On a mis 2h30 pour faire 30km. Ravis! Une pause méridienne ne se refuse pas dans ce refuge où le poêle à bois et la table ont été dérobés. Quel dommage et quelle honte de voir (réellement juste devant nous), comment certaines personnes (une femme d’un certain âge à ce moment-là) se comportent et ne respectent pas de tel lieu d’aide. On décide de manger tout de même tout en réfléchissant à voix haute, sur le pouce, devant le GPS, de la marche à suivre pour l’après-midi.
Plusieurs possibilités : rester ici cet après-midi et s’occuper comme hier ou aller de l’avant, poursuivre vers l’est, le vent bien dans le dos jusqu’au refuge suivant? La seule inquiétude: dans quel état sera le prochain refuge? Nous sommes passés ce matin devant 2 anciens, qui servent plus de toilettes, sans porte ni fenêtres. Celui où nous sommes est hermétique, bien isolé, avec une mezzanine et de grandes fenêtres. Comme hier, excepté la table. Hésitations, spéculations sur la direction du vent de demain, sur l’état des abris pour finalement décider de rester ici. Nous avons aussi pris en compte le fait qu’à partir de ce point, nous allons faire un virage à 90° pour nous diriger plein Est. Ce virage marque la fin doit marquer le début d’une partie aux conditions plus favorables.

Nous entrons les 2 vélos entièrement avec toutes les sacoches puis nous pique-niquons au chaud. La mezzanine est installée pour les loulous pour une séance de dessin au 1er étage pendant que nous partageons une eau chaude Sylvain et moi, en dégustant les fraises offertes par Oscar. On prend littéralement notre temps, profitons de cet espace où nous constatons la fureur du vent à l’extérieur.
L’organisation de cette demi-journée ressemble à celle d’hier: école, jeux, rangement, organisation, repos, grignotage, séance cinéma… Tout cela avant 17h.

Le soleil et les nuages faiblissent de luminosité. Les bougies sont disposées sur le rebord de la fenêtre, donnant une ambiance solennelle, comme dans une église. Notre cuistot décide de commencer la préparation du repas gargantuesque de ce soir. J’ai oublié de vous dire: Oscar nous a fait un autre cadeau ce matin. Un morceau d’épaule d’agneau. Un vrai de vrai du morceau d’hier, la meilleure partie, pour nous! Le Panzer avait donc accroché un morceau de viande à une sacoche de devant pendant toute la matinée! Heureusement, aucun puma ne l’a senti avec notre vitesse folle du matin. Mais, il aurait pu cet après-midi lorsqu’il était dans sa poche, pendu en plein vent à l’ombre (un véritable frigidaire!). Alors ce soir, c’est bien évidemment pâtes et tranches (très tendres, comme du beurre) d’agneau. Un délice, que tous nous allons reprendre 2 fois en pensant bien à notre ami Oscar. Merci à lui.
Notre soirée fut bien entamée par ce temps pris pour le repas, pour une fois, non expédié mais apprécié jusqu’au dessert. La nuit est tombée et nous allons donc nous coucher, ballotés par le vent extrême à l’extérieur, dont les rafales sont supérieures à 100km/h… Il n’aura pas été bon de bivouaquer dans la tente par ici. Ces refuges sont vraiment une grande aide pour nous, un secours qui sera le dernier puisque normalement demain, nous sommes à la frontière du Chili pour basculer en Argentine.


Après le début de « Seul sur Mars » visionné, je continue cette écriture, l’une des dernières. Selon nos calculs, 10 jours de vélo environ devraient nous être nécessaires pour arriver à notre but ultime: Ushuaïa. Nous savourons donc chaque seconde de chaque jour, chaque soirée et chaque nuit ici, de notre aventure finale. Je vous laisse pour ce soir, un peu nostalgique donc. .

7 commentaires sur “Chili Terre de Feu – J790 et J791 – Lentement mais sûrement

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  1. coucou les courageux !
    vraiment une grande aide ces refuges chiliens ! et quelle gentillesse de la part de ce monsieur ! Le vent a enfin aidé … sur ce parcours du jour 791 ! Vous dites penser avoir besoin de 10 jours pour rejoindre Ushuaïa ; or ce jour 791 étant le 25 juin, une semaine s’est écoulée donc si tout va bien , vous êtes presque au but ! 👍👍👍👍

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  2. Aujourd hui 2 juillet, donc depuis le 25 Juin les 10 jours ont bien diminués , sans doute encore un peu plus de nostalgie pour vous ,mais heureusement quelle satisfaction d’avoir atteint peut être aujourd hui votre destination .
    Avec l’agneau pascal d’Oscar, une façon de remonter le temps ! Sympa votre soirée un peu arrosée, mais ça réchauffe les coeur et les corps!
    Bonne suite de votre parcours, profitez un maximum de ces derniers moments de grands voyageurs .
    Gros bisous à tous les 4

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    1. Coucou Annick. On est toujours heureux de recevoir tes messages à chaque publication, merci merci ! A l’heure qu’il est, nous ne sommes pas encore à destination, mais nous n’avons jamais été aussi proche. Je n’en dis pas plus, les articles vont suivre rapidement…. Grosses bises

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  3. Bonjour à vous ! Je vous suis dans votre elle épopée depuis un bon moment, et je me régale de votre bonne humeur, vos récits très imagés et surtout de votre grand courge à toute épreuve . De rouler en vélo à l’aide d’une seule jambe, il fallait le faire. Je vous souhaite le meilleur pour cette fin d’aventure, écrire un livre peut-être pour narrer tout cela. Je vous dis un grand bravo du fond du cœur ❤️

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  4. Quel plaisir de lire vos aventures merci encore de nous les faire partager, je les vis vraiment avec vous. cela va me manquer… à très bientôt pour la suite des derniers jours…

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  5. Merci à Oscar pour cette jolie attention, une solidarité généreuse, que vous avez bien apprécié et dégusté.
    Surprenants ces refuges…. qui devraient être accueillants si chacun respectait le bien d’autrui !!! Enfin ils vous permettent une pause pour la nuit protégé du vent et du froid. courage. Bizz

    Aimé par 1 personne

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