Chili Terre de Feu – Retour en Argentine – J792 à J794

J792 – Dimanche 26 juin – Refuge Angle WC à San Sebastian Argentina – 56km D+213m


Ce sont les garçons qui se sont réveillés les premiers et qui nous ont par la suite sortis de notre nuit, vers 7h30. Le réveil est dur car la nuit le fut aussi. Le vent a brassé ce refuge, ces parois, son toit sans interruption… Valait mieux être ici que sous la tente! Le temps que l’on s’habille, on range les matelas sur la mezzanine pendant que les garçons éclairés de bougies, commencent le petit déjeuner. On les retrouve au rez de chaussée, devant la fenêtre sombre. Le soleil n’est absolument pas levé à cette heure. Dans ce petit cocoon de bois, la lueur des bougies rend le moment poétique. Mais il faut se réveiller et ranger tout ça, tout ce bazar que nous arrivons à mettre partout où nous débarquons! On le fait presque facilement, jusqu’à sortir les vélos du refuge et se confronter au vent. La petite claque de froid qui te pousse sur quelques pas, ou pousse le vélo maintenu sur béquille. On arrive à amarrer toutes nos sacoches et quitter les lieux avant 9h30. Un exploit.

A l’horizon, une légère luminosité pointe son nez, mais ce n’est pas flagrant! Le vent l’est par contre…. et en notre faveur, dans le dos. Le cadeau de mère nature pour ce 9ème jour depuis Rio Gallegos. Une très belle aide qui nous sidère. Imaginez la vitesse que nous atteignons avec un vent de 50km/h avec des rafales à 90. Même en côte, parfois, nous ne pédalons pas. Et les bornes kilométriques défilent, à un rythme incroyable. Oui, c’est le mot. Incroyable de réaliser que ce vent change tout, change nos journées, notre voyage en galère ou en délice, qu’il peut tout rendre possible… ou non. Aujourd’hui, la frontière à 44km, l’est. On ne force même pas, on prend plaisir, on ne sent pas le froid et on déroule 20km en 1h30. On arrive à profiter des guanacos ou des chevaux quand même, mais c’est vrai que cette sensation de légèreté sur la chaussée fait beaucoup de bien. Le soleil éclaire le paysage, les collines, les champs, les moutons, les tons gris et jaunes, les buissons, les entrées d’estancias. Il faudra attendre 10km avant d’être doublés par un véhicule. Il n’y a quasiment aucune circulation pour parfaire cette matinée. Allez, encore un autre pas de 10 km et on s’arrête à un refuge. Les nouveaux de 2016, à qui il manque le poêle et l’échelle pour monter sur la mezzanine, avec une fenêtre brisée dont les morceaux restants sur le chassis risquent de tomber à l’intérieur. Dehors, tout autour, c’est les restes de la guerre avec des tôles et déchets. Quelle désolation de voir dans quel état certains mettent les biens à disposition en miette. Incompréhensible, honteux, triste. Il n’y aura pas de nouveaux refuges vu comment ils sont détériorés et non respectés. Heureusement qu’hier nous sommes restés au précédent malgré l’heure tôt.

Pour une pause goûter à 11h30, ça suffira. La pause sera raccourcie après la vérification des horaires d’ouverture et fermetures de la frontière chilienne, à 13h. Fissa, un chocolat dans la bouche, on se retrouve expulsés au vent de nouveau, pour parcourir les 14km restants sur ces terres chiliennes jusqu’à San Sébastian.


Sans aucune pression sur les pédales, les bâtiments apparaissent et grossissent rapidement. Quelle joie d’y être avant 12h30, presque trop facile. Les vélos posés et maintenus contre le vent devant leurs bureaux, nous actons notre sortie du territoire à tous les 4, après y être entrés il y a 6 jours déjà. Un tampon sur chaque passeport, aucune vérification de nos sacoches par la douane et nous reprenons nos vélos, direction la frontière Argentine… à 10km d’ici. Le plus rapide passage en frontière que l’on ait connu!  Une portion d’asphalte toute neuve, quelques vaches, quelques moutons et guanacos, l’océan Atlantique sur notre gauche au loin, nous longeons les collines, encore à une vitesse folle vers San Sebastian, mais celui-ci d’Argentine. Idem que le précédent, nous nous présentons tous les 4 au comptoir peu après 13h (ouf, ici il n’y a pas de coupure méridienne). Aucune vérification de notre assurance voyage, même pas parlé de la déclaration juridique obligatoire à faire au préalable sur internet (celle où on passe 3h à la remplir… mais que l’on n’a pas faite faute de wifi depuis 8 jours!), ni des vaccins. On est invité à partir vers Rio Grande ou à rester dans les locaux en face, avec une petite cuisine. Ah ouais? Sylvain avait été les visiter suite à l’invitation d’une policière, avec le chauffage, la cuisine… C’est un lieu à ne pas refuser. Nous pourrions enfin faire notre vaisselle, sécher les gants de Sylvain, bien cuisiner la viande d’Oscar, et surtout être à l’abri du vent qui a forci! Il n’y a rien sur 80 km devant nous. C’est bon, on reste et on installe notre chez nous ici.

Entre le déjeuner chaud pris tardivement, le café-thé qui s’ensuivit, le tri des photos des derniers jours, les dessins des enfants, l’installation des matelas, ce fut le temps de l’école avant déjà le début de soirée… et l’arrivée de Santiago, un autostoppeur revenant d’Ushuaia, sous la neige. Nous partagerons notre salle avec lui et avec la lumière de tous les néons que nous n’avons pas le droit d’éteindre de la nuit! En attendant, nous cuisinons, et la bonne odeur de la casserole donne envie. Les camions passent sous nos fenêtres, les agents aussi à ce poste frontière, où l’on s’est accaparé les toilettes de chaque côté de notre salle. Comme si nous étions chez nous. C’est propre, c’est éclairé et chauffé. Idéal pour se revigorer un peu et rêver à pouvoir faire 80km demain afin d’arriver sur la ville en une fois. Ah, si ce vent était dans le même sens demain, et si et si et si…

En attendant, tout le monde a bien mangé, bien discuté, bien rigolé, bien lavé ses dents et ses mains au savon (ça fait du bien aussi!), et tout le monde est au lit sur son matelas. Les enfants ont réussi à s’endormir malgré la forte lumière dans la pièce! Chapeau! Pas mieux. Je vous laisse maintenant peu avant 22h et la fermeture du poste frontière, sans étoiles, sans vent ressenti autour de nous, sans nature quoi… comme si cela me manquait déjà! (Je vais essayer de fermer les yeux malgré ce soleil de midi en plein mois d’août en France! )

J793 – Lundi 27 juin – Frontière San Sebastian côté Argentine à Rio Grande – 81km D+167m


Oh que la nuit fut difficile avec les lumières allumées au plafond! Pas de tout repos pour oser prétendre faire 80km aujourd’hui pour la ville. Entre ici et là-bas, il n’y rien! En se réveillant, à 8h20 pour moi  je me dis que la journée est déjà bien amorcée mais que la nuit pour Sylvain n’a pas dû être bonne non plus, vu qu’il dort toujours. Erreur! Il ne dort pas mais écoute et  prend son temps en ayant bien dit à Raphaël qu’il était trop tôt… mais son téléphone a une heure de retard et nous aussi du coup! Le seul jour où l’on doit pédaler 80km, c’est celui où on se lève par mégarde le plus tard possible. Ce qui signifie: petit-déjeuner et rangement rapidos avec Santiago à côté. Efficaces, nous le sommes puisqu’avant 10h, on se retrouve entre la douane et le poste de police de la frontière! Par chance, un léger vent nous accompagne, de dos heureusement.


La longue journée commence par une côté de 6km qui nous élève bien au-dessus de l’océan Atlantique qui brille avec le lever de soleil. On se réchauffe rapidement ainsi, avec nos 6 degrés au-dessus de zéro. On atteint des sommets de chaleur ici, ça fait du bien! On y arrive bien à faire ce petit dénivelé de collines parmi les buissons et les moutons. Notre rythme est très honorable sur cette pente et sur le plat suivant. Une allure qui nous dépose près d’un poteau (pour le vélo de Sylvain) après 25km en seulement 2h. Ou déjà 2h, selon les enfants, qui hallucinent de tout ce temps déjà passé sur leur siège de vélo, toujours aussi emmitouflés sous des tonnes de couches de vêtements. En plus, les 5 derniers km, Sylvain trouvait que je me traînais. C’est vous dire, la superbe vitesse qu’ont pris nos tandems au début de jour.


Motivés comme jamais, après un petit bout de cake, on repart… pour 2 m. Ma roue avant est crevée. La tuile. C’est ça les 5 km où j’avançais moins vite! C’est le grand déballage de la sacoche bricolage dans le vent, car on le sent seulement à l’arrêt mais pas lorsque qu’il nous pousse. Rustine numéro 9 collée dessus après bien des recherches, remise de la chambre à air dans le pneu et hop, en selle. On met la corde entre nous, non pas que je fatigue, on a une pêche d’enfer tous les 2, mais plutôt pour que l’on aille au même rythme, et non à 500m d’écarts. Et ça marche! Les jambes font mal, mais le paysage de plaine jaune défile comme les bornes kilométriques de la route nationale 3. A la borne 2810, soit 44km après notre départ, on est en début d’après-midi. Le ciel est toujours aussi bleu et le soleil miroite mais sans trop nous réchauffer. Nous nous octroyons après cette superbe remontée un pique-nique debout près des vélos (ça caille quand même un peu, mieux vaut ne pas se refroidir!!!). Heureux, on mange tous nos kitkat de réserve (j’avais prévu 3 jours pour aller de la frontière à Rio Grande au lieu d’1 que nous réalisons peut-être actuellement). On a suffisamment en réserve pour manger tout ce que l’on désire et en plus, ça m’enlève du leste!


On garde le mental, la moitié est faite. Dans la prochaine, une autre colline nous barre la route mais on devrait être dans les temps avant le coucher du soleil, qui diminue fortement dès 17h (surtout que nous ne savons pas où dormir ce soir!). Allez, on se lance, on fait 3km, et je sens petit à petit que le Panzer s’éloigne de nous, qu’il perd de sa taille à force qu’il agrandit l’écart entre nous. Pourtant, je force sur les pédales. Un coup d’œil sur ma roue avant, tout en pédalant et gardant l’équilibre précaire du guidon mais avec la tête penchée au niveau de mon binôme vers le rétroviseur et sous son siège. Put… elle est crevée! Ah bah voilà! Une tuile bis. La roue avant fait des siennes. On crie vers le Panzer qui nous entend et fait demi-tour le vent de face.
Rebelote, il faut tout enlever, tenter de trouver ce trou une nouvelle fois, sans bassine, sans silence! Et ce n’est pas une masse à faire. Nous qui venons de nous arrêter en plus, nous perdons du temps et cela amène un niveau de stress pour savoir si cela tiendra jusqu’au bout. Allez, notre mécano s’y prend bien, nous répare la chambre à air avec ce pneu de mauvaise qualité qui s’effrite et use anormalement l’intérieur.

On repart pour les derniers 37km, le vent de dos, la lumière qui décline et la forte envie d’y arriver. Les tours de pédale vont vite parmi les maisons au bord de mer, construite au milieu de nulle part. On passe ensuite une zone industrielle et la colline est face à nous. Quelques kilomètres en gardant notre rythme, et en admirant l’océan et les oiseaux marins. Au col, les toitures et antennes de Rio Grande sont visibles. Plus que 16km, plus que quelques champs de moutons et leurs clôtures, plus qu’un sanctuaire Gauchito Gil sur notre gauche et nous atteignons les abords de la ville.

Le centre est encore à 8km, mais c’est rassurant de savoir que l’on a pu le faire, encore une fois. La fatigue est mise de côté lorsque nous montons au monticule avec la croix de Jésus pour une halte photographique sur l’océan et la ville, et pour internet, absent ici. Nous rechercherons un appartement plus tard et profitons de la piste cyclable le long de la plage avec ses maisons cossues. 3km ainsi, tranquillement avant une autre zone industrielle et une station service. Bingo, on a notre connexion pour se réserver un « chez nous » temporaire de 2 nuits. On y file à 17h quand le crépuscule commence déjà, en traversant le centre ville, les magasins, les cafés bondés (il y fait sûrement meilleur dedans!).
Cela fait du bien à l’esprit de savoir que nous avons une destination précise. Ce sont de petits appartements avec du chauffage et leur cuisine équipée, un peu rustique certes. Mais nous n’avons besoin que de cela pour y rester 2 nuits, histoire de se reposer enfin, de se laver après 10 jours depuis Rio Gallegos, de s’en remettre physiquement avec nos petites guiboles, d’écrire sur le blog, de rassurer les amis et la famille sur notre situation, de laver notre montagne de vêtements sales, de réserver les billets d’avion d’Ushuaïa à Buenos Aires (que nous n’avions pas pris par prudence, ne sachant pas si les prévisions météorologiques ou la frontière chilienne nous laisseraient passer jusque là-bas), de réparer et nettoyer les chaines, de faire école… Nous avons de quoi faire pour demain mardi, en effet, et après hésitations, nous pensions rester une journée de plus ici (le mercredi), à Rio Grande. Cependant, les conditions sont bonnes, en tout cas faisables, pour avancer encore un peu plus. Mieux vaut le tenter et nous décidons de partir le J795, pour Tolhuin.

7 commentaires sur “Chili Terre de Feu – Retour en Argentine – J792 à J794

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  1. Je voyage avec vous, et je ressens à la fois l impatience de vous voir arriver à votre but, et le regret que ce voyage par procuration s arrête. Bon courage pour les derniers coups se pédales !

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  2. Bravo !! Bravo !! Il n’y a que cela à dire. C’est très sympa d’écrire de manière aussi rapprochée, ça crée du suspens. On a hâte de découvrir la suite.

    Si ça peut aider, à Ushuaia, nous étions allés au Antarctica Hostel. C’était super & très bon accueil.

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  3. Encore des kms parcourus , Ushuaïa approche, lu sur facebook que la neige vous impose d’attendre .
    Bon je croise les doigts pour que la météo s’améliore , bien que je ne sois pas pressée de lire ;Fin de notre aventure . Bravo à vous, vous êtes presque arrivés que d’émotions et de suspens à vous lire et admirer les photos.
    Courage à vous, profitez de ce repos forcé pour vous requinquer !
    Bisous à tous les 4

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  4. Bonjour les aventuriers de l’extrême sud ! Je partage avec tous le sentiment de manque de lecture et de découverte après la fin de votre longue, longue aventure. Nul doute que vous-même ressentirez le manque. Si Sylvain aura moins le loisir de se défouler sur les pédales, moins mettre à profit ses talents de réparateurs, nul doute que ses qualités d’organisateurs et sa débrouillardise en toute occasion trouvera matière à s’exprimer. Et puis son immense talent de photographe continuera de nous enchanter ici ou là. Quant à Lætitia, l’écrivaine, la chroniqueuse, elle n’aura plus qu’à entamer un journal, naturel prolongement de ses chroniques quotidiennes. Oui, vous allez nous manquer, mais nous vous retrouverons en chair et en os, c’est quand même pas rien. Emma et Raphaël auront grandi et pas seulement en taille, beaucoup en éveil et curiosité, de quoi leur assurer un avenir riche de cette incroyable expérience. Bonne fin de périple, En attendant, batailles de boules de neige et bonhomme de même couleur. Je vous embrasse.

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  5. Encore une fois le pneu qui fait des siennes mais Mc Gyver veille au grain, grand spécialiste de la bricole, extrêmement doué, bravo a toi Sylvain et un grand merci. Le vent dans le dos vous propulse régulièrement, c’est satisfaisant et encourageant sur ces derniers kilomètres. Courage le poteau d’arrivée se dessine au loin. Prenez soin de vous. Bizz

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