Pérou – La descente des montagnes – J256 et J257

J256 – Dimanche 19 septembre Oyon à Andahuasi 98km D+248m D-3315m


9h presque tassé ce matin, après 2 jours de repos, de découverte de la ville en long et en large, d’achats de chaussettes sans trous, de dégustation de restaurants, de boulangerie trouvée et vidée tous les jours, de chocolats sublimes avalés, de réflexion sur la météo montagnarde de la Cordillère et non engageante (-2°/9° avec pluie entre 3000m et 4700m d’altitude…), de changement de plan pour les prochains jours du coup, de temps scolaire, de parties de Uno, de jeux avec les Playmobils, de bricolage, de douches chaudes (ouiiiiii), d’offices à l’église, d’une fanfare et d’un mariage, de déambulation dans le mercado de la ville…


Alors ce matin, on a envie de remonter sur nos bici, de se retrouver dans notre bulle avec notre binôme, ou seul, mais pas vraiment. Et puis, aujourd’hui, n’est prévue que de la descente alors on se sent pousser des ailes de pouvoir sortir de la Cordillère en direction de la côte. Petit retard avec cette petite crevaison chez Couillot, et vite on repart.


Les premiers kilomètres, on les connaît. Une des rares fois où l’on passe 2 fois au même endroit. Un luxe! Donc Raphaël le fait noter: « période » de ce que l’on a déjà fait il y a 3 jours en sens inverse, puis après le lieu du déjeuner en bas de la descente, « période » de l’inconnu. Enfin nous retrouvons nos habitudes de découvrir chaque virage, chaque maison, chaque rocher, de manière furtive et unique. La route épouse les lignes de la rivière, qui esquive les différents éperons rocheux. Le fond de la vallée n’a d’espace que pour l’eau et la route. Rien d’autres. D’ailleurs aucune trace humaine ici autre que l’asphalte. La roche est reine, celle grise, sombre, imposante et effrayante aussi à l’ombre. Celle qui en impose et en effraie. Les parois se dessinent au-dessus de nous et nous donnent parfois des envies de grimpe!! On en aperçoit les lignes verticales, les failles, les petites fissures où l’on pourrait y mettre un coinceur. Mais aussi la force des plaques géologiques, des années de mouvement, des millions d’années d’érosion par l’eau qui n’a cessé de se creuser un passage, bien avant nous, bien avant les dinosaures… mais qui n’est plus aussi claire qu’auparavant, plus aussi libre avec ce barrage, ces bains chauds de ce complexe gigantesque où des cars entiers de touristes locaux se déversent.
Cette descente, nous la faisons avec cette rivière, pas aussi rapide qu’elle mais presque aussi libre. C’est ce sentiment aujourd’hui entre ces montagnes dont on s’échappe. A l’ombre ou au soleil, on n’a même pas besoin de pédaler, juste d’élever la tête si haute que notre cou nous fait mal, que l’on voit à peine ce ciel si bleu ce matin pour décortiquer les moindres rainures minérales de ces montagnes.


Nous ne verrons défiler que 4 villages dont San Juan de Churin, ville touristique de baños calientes, sur les 58km roulés ce matin. Le temps est passé vite entre les portions de route hyper lisse, rapide, et les « zona de derrumbe » (zone de glissement de terrain) où la poussière entre dans la bouche, le nez, les yeux, où l’espace se réduit considérablement au profit du précipice, où les chutes de pierres sont fréquentes, où les voitures se foutent de nous laisser la place ou de ralentir, où les sacoches se décrochent du porte bagage et tombent au sol, où les fesses sautent!


Un espace plat sur notre droite et nous posons les vélos pour un coin d’ombre le temps de pique-niquer, car là, il fait chaud, cuisant. Il est 13h lorsque nous en partons. Le manteau des montagnes autour de nous, n’est que beige ou orangé. L’ambiance est plus chaleureuse, avec aussi quelques touches de vert dans ce tableau majoritairement minéral, déshumanisé. On respire mieux, réellement à cette altitude mais aussi physiquement, puisque l’espace est plus large dans la vallée. Les montagnes s’éloignent les unes des autres. Les cultures arrivent: bananeraies, cultures de café, de maïs, de poivrons (dont une récolte que l’on trouvera dans le caniveau), d’oignons, de canne à sucre… tout ce qui est possible! Les parcelles sont relativement petites en rapport aux grandes étendues françaises ou dans les plaines (pas de mécanique ici, tout est manuel).
Dans cette descente qui nous paraît presque interminable, les côtes nous surprennent, parmi le vert des plantations. Le vent aussi qui ne nous avait pas manqué! De face encore, il nous ralentit et Raphaël ne comprend pas qu’il faille pédaler pendant une descente!!! « Ce n’est pas normal ». Trop injuste! 😆
On s’amuse à deviner les panneaux en sens inverse, à relever les jambes à chaque passage à gué pour éviter de se mouiller jusqu’aux genoux, à chanter la Marseillaise, à se chatouiller (en toute sécurité bien sûr)…


Sayan, carrefour en sortie de montagnes, permet un ravitaillement sur le bord de la route pour le repas du soir, accompagné d’un petit bonbon. 😉 A la suite, nous ne longeons maintenant plus que des monts bien arrondis et des cultures verdoyantes d’oignons, de choux ou de maïs.


Andahuasi, village où la recherche du bivouac commence et s’échoue. Le terrain de basketball favorable pour y passer la nuit pour certains, ne nous rassurent pas du tout. Notre instinct nous envoie demander à des péruviens, gardiens de barrière, qui nous refusent l’accès, en centre ville ou à la sortie. Après des allers-retours sur le rond point d’entrée, et un vague campement possible à 1km (selon une suggestion), nous pédalons en doutant de la véracité et réalité de l’information. L’inquiétude s’installe mais on le savait en quittant les montagnes que les recherches seraient plus difficiles. On avance mais ne trouvons qu’un « non » de la main de loin pour ce parking désert, potentiel camping. On repart et l’allure ralentit, au profit d’yeux de lynx à l’affût du moindre sentier qui traverserait les champs cultivés vers la rivière… En voilà un en terre/ poussière, Sylvain à gauche, moi à droite à pied, et nous abdiquons de force, de ne pouvoir trouver mieux à cette heure-ci et si près de la civilisation, devant une langue de poussière entre un canal et un champs de canne à sucre.


Les tentes sont montées le regard à l’horizon prêts à prévenir les autres d’une arrivée motorisée éventuelle, signe d’un dégagement soudain de notre parcelle pour??? On ne sait où.
Une seule voiture passera, sans s’arrêter. Les tentes vertes kakis se sont bien camouflées dans le paysage. Ouf! La pénombre arrive et nous rassure. Plus aucune visibilité! Un peu d’école, un peu de jeux dans la poussière, un peu de Uno avec Sylvain ou moi, un peu de rangement, de matelas gonflé, et l’heure du dîner a sonné sous l’abside. Il fait frais mais pas froid.

La séance de cinéma (de découverte) d’un nouveau film pour papy a débuté, avec des rires, des yeux qui se ferment (pour les adultes fatigués) mais qui se terminera 30min plus tard, quand tous les yeux seront éteints au son du ruisseau près de nous. Seul un portable est encore allumé pour vous raconter notre journée…

J257 – Lundi 20 septembre – Andahuasi à Huaral 50km D+279m


Réveil en douceur ce matin (après une nuit chaude en température pour Emma), sans trop de fraîcheur mais avec un beau soleil… et quelques insectes suceurs de sang qui sont enfermés dehors avec Sylvain et Alain, déjà au petit-déjeuner. Ce que l’on est bien au chaud dans nos duvets (pas encore bien réveillés), à sentir l’odeur du café… 😁


Faut ce qu’il faut: on se met au repas, assis sur le bord de la tente tous les 3, après avoir rangé les matelas dans leur sac, les duvets dans les leurs. Le relais est laissé aux 2 hommes qui, à leur tour, s’attellent au rangement des sacoches. Tout s’enclenche dans la poussière, les cannes à sucre coupées et avec les piqûres des insectes. Même pas encore 8h30 lorsque nous sortons de notre chemin d’accès pour arriver sur la route goudronnée.


Peu de voitures, des cultures et leur système d’irrigation naturel en rigole de terre, fait-maison avec cailloux et bâches plastiques, des roches sur notre gauche, des monts beiges qui nous suivent sur cette route quittant la vallée pour s’enfoncer vers le Sud, en passant par dessus deux d’entre eux (rien de bien méchant mais qui nous réchauffe). Le paysage de fond de vallée derrière nous existe encore pour quelques mètres avec des champs de canne à sucre… qui restent au fond quand la route se redresse petit à petit vers ce passage de col rocailleux. Ce qu’il fait chaud à pédaler si proche de la paroi beige, sans ombre ni verdure, dans cette pente, même pour Alain en VTT. Mais, sans parler entre nous, on pédale en mesure, on avance et on se rapproche du « col » pour basculer dans la descente, avec un joli vent qui nous rafraîchit. La vallée suivante est verdoyante, par ces culture de mandarine, de poivrons, de piments, de citrons verts, de maïs, de canne à sucre. Un homme retourne son terrain avec son cheval et son poulain. Le photographe de notre aventure ne peut pas ne pas s’arrêter. Il y va suivi d’Alain et de Raphaël lorsque le propriétaire les invite à venir discuter avec lui! Pendant ce temps, nous les femmes, faisons tourner la tête et la moto d’Edgar, venu en sens inverse. On discute, et il nous prévient qu’il repassera après son petit tour sur cette même route, au plaisir de se recroiser…


On repart, parmi les champs cultivés, sur le fond plat. Aucun mélange de couleur dans les 2 espaces de ce paysage, entre le sol verdoyant, intense et les montagnes qui l’entourent, elles bien sèches, bien sableuses, beiges, uniformes.
Puis la vallée se rétrécit… Cela se voit sur la carte satellite que je contemple les soirs (histoire de ne rien mélanger et ne rien oublier…), où les parcelles bien délimitées sont beiges ou vertes. Pas d’habitations, seules des cahutes de surveillance. Nous suivons notre gps, notre bitume quand soudain, la route se termine à Tiwinza, et tourne sur la gauche pour venir mourir sur des falaises de roches, avec autant de sable que de cailloux. La route en 2 voies bien larges, n’a plus la place que pour un passage « secret » de caillasses. Autant vous dire que l’on a roulé à petite allure et avons été très secoués mais morts de rire de ce changement radical sur une route si importante. On descend dans le nuage de sable et de poussière avec 2 ruisseaux canalisés de chaque côté de nous. Un virage en angle droit vers la droite… des camions chargés de matériels et d’hommes sur le dessus, nous doublent. Alain est ravi: encore une nouveauté. Ça en vaut le détour ces quelques mètres! 😅


Pour rigoler ensemble, rien de tel qu’un arrêt juste après (et pour compléter notre petit-déjeuner matinal): pain avec oeuf au plat, mini bananes, mangues et chips (oui on a craqué!!).

Entre les décharges sauvages et les lignes électriques, Edgar et sa moto nous dépassent sur un arrêt « toilettes » et nous offre quelques réserves alimentaires et du nécessaire hygiénique! Grosse partie de rigolade. Juste quelques paroles échangées plus tôt sur le bord de la route, et cela suffit à ce péruvien pour nous acheter tout cela… sans retour possible! Que dire?? On est juste incrédule, c’est tellement incroyable cette générosité qui nous laisse pantois.
Un nouveau tour de roue qui nous emmène plus loin dans l’étroitesse de la vallée. Elle laisse ensuite le terrain à un désert, mais un désert de dunes, venteux, de déchets. Rude mais c’est la triste réalité: on les retrouve en énorme quantité… mais triés! Un comble. Et on en passe du temps à les dépasser, avec ces quelques zones interdites aux étrangers. Il y a même des terrains en vente sur notre droite, entre les détritus et le désert…??? Des terrains sont sécurisés, avec de grandes bâches opaques, surveillés, pour protéger les serresplus éloignées de….? Nous ne saurons pas.


La route continue avec une Réserve de dune de sable et, étrangement, une dune verte. Pas de source d’eau pourtant dans ce coin. C’est assez étrange cette petite pellicule verdâtre sur la surface de la colline. Presque irréelle, ou humaine?

On attaque ensuite la ville et le repas du midi avec une Emma fatiguée et sans appétit. 42km déjà avalés ce matin sous un soleil de plomb, avec une circulation éclectique : motos, camions, voitures, mototaxis, ânes. C’est à foison! Alors ce retour à la civilisation se fait en mouvement, en changement de direction, avec des informations qui nous viennent de partout, des choses à voir: des maisons non finies mais habitées, des chemins de terre dès lors que nous sortons de la rue principale, du linge qui sèche sur le trottoir de droite appartenant aux maisons de l’autre côté de notre route, des chiens allongés sur la route, des gens partout et enfin une petite place, au calme avec des jeux pour les enfants.

La recherche d’hôtel commence aux alentours et se termine bien au 3ème étage de l’hôtel Las Americas (allez encore un peu de sport avec les escaliers !!). On ressort avec Sylvain et Emma pour la pharmacie (Emma étant un peu dérangée du ventre, la pauvre pépette) et les courses pour le soir et le lendemain matin.
La douche chaude est appréciée comme si c’était la première depuis des mois et la dernière… On adore ces petits moments de luxe.
Apéro de petits gâteaux et pique-nique pour ce soir avec avocat et melon (pas envie de cuisiner et surtout le réchaud nous a lâché!). Séance de cinéma à 20h30 avec Astérix et les bretons, le film, dans la chambre de papy.
Bientôt 23h, le bruit de la ville sans doute me laisse éveillée pour vous décrire notre journée qui se termine à 148m d’altitude.

6 commentaires sur “Pérou – La descente des montagnes – J256 et J257

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  1. Bonjour les plus que 4 aventuriers ! Aujourd hui Alain est de retour , avec des souvenirs plein les yeux et dans la tête. De la descente mais pas facile d’arriver à 148m , quand je pense que vous venez de plus de 4700m ,incroyable ces changements . Des routes enfin des pistes ,des cailloux de la poussière et une route en poivrons …belle photo.
    Et Edgar et sa moto tellement généreux ,que de belles rencontres vous faites ! Petite Emma j’espère que tu vas mieux et que l’appétit est revenu .
    Heureuse de vous revoir et de vous lire je trouvais le temps long !!
    Merci de prendre le temps d’écrire et de joindre ces magnifiques photos après vos journées bien épuisantes .
    Gros gros bisous , prenez soin de vous .

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    1. Merci Annick.
      La descente fut un délice… la remontée est pour bientôt. Emma va beaucoup mieux. Le petit virus et les températures élevées sont partis. On est rassuré. Elle mange à nouveau affamée!
      Désolée pour le retard de publications entre la fatigue, et l’absence de connexion…
      Des bisous

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  2. En attendant d’avoir les commentaires oraux d’Alain bien rentré j’espère, je vous souhaite le meilleur dans la poursuite de cette aventure. La santé pour Emma et vous tous bien sûr. Passer de plus de 4000 m au niveau de l’océan, de 0°C à 35°C, de l’hiver à l’été en somme, et en quelques heures seulement, éprouvent les organismes, surtout que vos journées sont bien chargées en kilomètres et émotions. Je vous embrasse tous les quatre.

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    1. Alain est bien rentré et a même été chouchoute par Jeannette avec des croissants le dimanche matin!!! Il y en a qui sont chanceux.
      Emma va beaucoup mieux. Rien de tel qu’une maison et une plage à proximité. C’est sûr que nous étions bien fatigués physiquement et mentalement par ce changement soudain. La semaine fut bonne à Pisco.
      Pein de bisous

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  3. Aujourd’hui , je fais la lecture de votre récit en duo !!!! eh oui! je suis accompagné du papy qui est revenu en France, et j’ai droit aux commentaires approfondis de tous ces moments que tu relates et qu’il a vécu.
    Je suis navrée qu’Emma n’aille pas bien, sur les photos on la voit ko, un visage tout tristounet, un petit air désespéré ,j’espère que tu vas aller mieux ma chérie. mille bisous pour toi et un gros câlin de ma part.
    J’ai pu constater la motivation du papy sur le vélo, une photo exprime particulièrement cet instant : un camion bleu à la poursuite du papy ou un papy à fond la caisse pour rester en tête devant le camion bleu ; à vous de choisir!!
    Prenez soin de vous .Bizz

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    1. Merci maman d’avoir pris soin de notre papa/papy/beau-papa à la sortie de son avion. Je suis heureuse que tu aies pu partager cette lecture avec lui, en direct des commentaires et anecdotes.
      Emma va mieux, heureusement. On prend soin d’elle.
      Alain était très motivé et très préparé aussi pour ce voyage! Merci pour les croissants… pour lui!
      Plein de bisous

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