Pérou – C’est parti pour une côte non-stop de 100km – J279 et J280

J279 – Mardi 12 octobre – Nasca à Mina de Oro – 20km D+657m


Le soleil vient de se lever… enfin pas pour Sylvain, lorsque l’eau chauffe et qu’il prend son petit-déjeuner dans notre chambre d’hôtel. Raphaël arrive en second à la table et nous terminons le classement avec Emma. Le tri de la veille devrait nous aider à rentrer facilement toutes nos affaires dans nos sacoches… presque! Un petit passage au marché pour des crudités et des fruits, de l’eau et nous quittons Nasca par l’Est en passant au dessus du Rio Tambo Quemado, à sec. La route devient plus étroite, et est moins fréquentée, tant mieux car nous n’avons plus de shoulders pour être à l’écart des véhicules. Nous traversons le quartier de Cajuca et Buena Fe sur notre droite avec ses maisons en rez-de-chaussée, ses rues propres, alors que sur notre gauche nous longeons la vallée verdoyante et les cultures. Nous sortons enfin de la ville quand le panneau bleu des sites archéologiques péruviens nous ravit!

C’est le site des Aqueducs de Cantayoq datant de la communauté de Nasca, il y a 2000 ans. L’hésitation n’est pas longue, nous avons eu la chance de voir son étendue par avion hier matin! On y tourne et on s’y retrouve seuls (avec le gardien). Le site nous a enchanté tous les 4. Un vrai coup de cœur. Et il a attisé notre curiosité, nous avons envie d’en savoir plus (vivement une connexion internet !). En attendant, nous avons l’autorisation de pénétrer parmi ces aqueducs en vélo. Un enchantement de pédaler à côté de la source d’eau qui en vient, et de poser nos tandems à l’ombre près du premier édifice. Ces aqueducs servaient de puits et d’escalier en rampe d’escargot pour capter la source d’eau qui passait il y a 2000 ans ici, et encore aujourd’hui. Une source claire et POTABLE. 🤩 Incroyable ces descentes en colimaçon en sable et pierres rondes jusqu’à l’ouverture rectangulaire où l’on peut plonger notre main et toucher cette ressource. C’est ce que nous faisons tous les 4, à tour de rôle, chacun à son rythme, en contemplatif, ou en courant (devinez qui!!!🤣), ou encore en s’interrogeant sur la construction même (facile aussi…). Nous restons dans cet endroit paisible, calme, avec les danses des oiseaux voletants en tornade pour descendre eux aussi jusqu’à l’eau, avec les fleurs roses des ibiscus, les montagnes de roches claires et le Cerro Blanco, cette dune de sable de 2078m de haut, la plus haute du monde. Le cadre nous plaît. Nous y photographions, filmons, dessinons, rêvons, apprenons puis laissons ces monuments historiques qui ont traversé 2000 ans d’histoire au silence. Vraiment heureux d’avoir pu découvrir ce lieu.


La route nous attend mais nous ne profiterons d’elle que durant 1km, pour déjà la quitter pour un autre site: des géoglyphes. Montée sur le mirador naturel, interrogation sur la belle conservation de ces lignes dans le temps, face au vent et à l’éventuelle pluie, et nous retournons à l’asphalte sous un soleil de plomb.

La chaleur est étouffante mais un léger vent grandit, dans le bon sens pour nous (le bonheur!!) et qui ne nous lâchera pas de la journée, tel un ami, un entraîneur, une aide pour la côte interminable d’aujourd’hui (et des 4 prochaines semaines 😅). Pas d’habitations, juste des buissons, des pierres et du sable, des montagnes aussi, les prémices de la cordillère qui nous accueillent. Le Cerro Blanco est toujours sur notre droite et ne se cachera qu’après notre arrêt, 6km après les lignes, au restaurant qui porte son nom. C’était l’heure du repas, pile au moment où le Couillot crève à l’arrière, et que nous devons le porter sur les derniers mètres pour ne pas abîmer le pneu. 1h sera nécessaire pour que le mécano de la famille le répare et mange en même temps son almuerzo.


A cette heure là, nous avons déjà fait 11km:  🥳 ou 😵? Tout dépend si on voit le verre à moitié plein ou à moitié vide. De toute façon, nous le savions que ce serait difficile de réamorcer l’approche des montagnes. Pour atteindre la prochaine ville située à 157km de Nasca, il nous faudra faire 4900m de dénivelé positif. Et ce dénivelé est concentré sur les 100 premiers km… Alors 🤷‍♀️ on repart.
Les montagnes de roche et de sable nous entourent et nous ouvrent la voie de petits passages, par lesquels tous les camions foncent! Mais beaucoup ont de jolies expressions pour nous encourager: des mandarines pour Carlos qui descend sur Nasca (et qui remonte demain… peut-être le reverrons-nous?), des pouces, des klaxons pile à notre niveau (histoire que nous fassions des arrêts cardiaques 🤣), une fois une tête surprise voir limite flippante pour nous 😳😲 (on ne sait pas si c’est parce qu’il est surpris, car nous avons fait un peu de dénivelé ou parce qu’après, le gars, il sait ce qui nous attend!!), et même une proposition pour nous emmener plus loin (moi j’ai compris la ville suivante Puquio à 140km) que nous avons déclinée (car l’on venait de commencer notre traversée de la cordillère et donc on ne se voyait pas abandonner le vélo de suite). Sauf que le gars il nous proposait Cuzco en destination, à 650km de là (Sylvain me l’a dit le soir)! Ça change tout. Demain on aurait pu se réveiller dans la vallée sacrée pas loin du Machu Picchu, où on aurait pu faire la rando du Salkantay avec les enfants pour y accéder… 🤦‍♀️🤦‍♂️ Ouep. On mérite des baffes parfois. Et puis, non en fait, on a très bien fait! Mais sur le coup, sur la route au soleil, on était quand même bien de se dire que le soir on allait bivouaquer tranquille pas loin, et que chaque jour on avancerait comme ça, petit à petit pour découvrir les villages et les habitants de ces coins reculés. On n’était pas en galère, on n’avait pas la nécessité de se faire 20h de camions dans une benne fermée au chaud, et d’éviter tous les temps difficiles qu’on est fiers de surmonter. Alors il a continué sa route et nous aussi, à pédaler dans les lacets, le vent de dos (et de rares fois de face) jusqu’à apercevoir un « col » et la dureté pour y arriver.

Ce n’est pas vraiment un col vu que nous devons monter tout le temps, mais un passage bien raide d’ici, qui impose la pause. Et nos yeux cherchent instinctivement le bivouac.  Le plat sans cailloux. Ça ne nous évite pas la difficulté, juste reculer et prendre des forces avant demain. Les garçons descendent de plus près entre les buissons et les cactus. Une heure nous sera nécessaire pour trouver le spot qui réunit plusieurs critères: être loin de la route, ne pas être visible, ne pas avoir trop de cailloux/rochers/épines, être plat. Celui-ci est presque top: le plat n’y est pas et on y remédie en aplanissant et renflouant une surface suffisamment grande pour nous 4 allongés !


Les troupes sont fatiguées ce soir. Elles ont envie de dessiner, de jouer au mirador (pour eux, l’accueil d’un site historique) ou à la marchande, de déblayer autour de la tente et de jardiner, de monter la tente, de rêver dans le hamac (pour les enfants), mais ont moins envie de remplacer le rayon qui a pété avec grand bruit quelques kilomètres en aval, ou de faire école. Bizarre…


18h30 sonne le glas pour toutes ces activités afin de se retrouver sous l’abside de la tente pour le dîner (après un lavage aux lingettes exceptionnellement). Demain ayant 24km, quasi comme aujourd’hui mais avec 1400m de D+, nous doutons de pouvoir arriver au premier point d’eau, un restaurant. Alors les 16 litres que nous avons pour boire, cuisiner, se brosser les dents, laver la vaisselle (au sopalin ce coup-ci), se laver les mains ou se laver tout court, doivent être judicieusement utilisées pour 2 jours pour nous 4.
La nuit vient de suite et nous en profitons pour admirer la lune qui nous éclaire ce soir lors du brossage de dent dans notre salle de bain naturelle. Un joli tableau se construit devant nous. La tente est éclairée de l’intérieur, son vert ressort, plus haut, plus loin la route avec les camions aux mille couleurs, plus haut encore un bloc, l’ombre d’une montagne noire s’impose, puis le bleu foncé du ciel fait ressortir les étoiles, la lune quand à elle, juste au-dessus se cache derrière un rideau de coton. Magique cette peinture naturelle. Alors le sourire aux lèvres, nous nous couchons à 20h, avec la couverture fluorescente sur eux pour les loulous (avec les pieds qui dépassent pour Raphaël qui a eu chaud aujourd’hui alors pas cette nuit), les écouteurs dans les oreilles pour les adultes pour s’endormir avec un podcast ou bien pour écrire en musique…. à 1277m d’altitude ce soir.

J280 – Mercredi 13 octobre – Mina Oro à Flor de Huallhua 25km D+ 1200 m (plus jamais ça 🥵😆)


Le soleil vient nous chatouiller le visage ce matin pour nous réveiller tout en douceur. Comme une impression de vacances avec le petit déjeuner sur la terrasse au soleil… ici sur des cailloux, un peu en retrait de notre campement dans le lit de l’ancienne rivière à l’ombre mais tout autour au soleil avec la chaleur qui commence à 7h du matin. Cet air de vacances profite aux enfants qui prennent enorrrrmément leur temps, au grand damne des parents que nous sommes qui papillonnent partout entre les vêtements, la tente, les tongs, les duvets, les matelas, et toutes les petites choses qu’on ne sait où mettre. Il ne reste que la sacoche de nourriture à refermer sauf que les enfants n’ont pas encore fini! 🤯 L’insouciance de la jeunesse!!


Le sérieux commence dès que nous foulons le goudron. Elle est à nous cette côte esquivée hier, jusqu’au col… qui n’en est pas un puisqu’à la suite pas de descente mais encore et toujours des lacets. Le pire est là: quand on voit ce qui nous attend, et ici c’est très visible avec la couleur des camions qui montent inlassablement. Alors on monte aussi, un lacet après l’autre, en évitant de penser à la journée dans sa globalité mais bien petit à petit. Heure par heure. Nous nous sommes fixés 6h de vélo par jour, et un arrêt chaque heure. Ce que nous faisons pour sortir le drone, s’hydrater, dessiner et admirer le parcours effectué depuis le bivouac de ce matin, 5km.

Allez, motivation pour la suite vers l’Est, visible encore d’où nous sommes. On zigzague entre les montagnes, passant de l’une à l’autre, parmi ce paysage minéral orange/beige, et appréciant les pouces et les sourires des chauffeurs. L’arrêt suivant sera une heure après sur le bord de route mais avec un panorama à couper le souffle. Des montagnes à perte de vue, le Cerro Blanco, toujours aussi majestueux, surplombant cette première barre de la Cordillère. Ça nous motive aussi cela!! Alors les vélos sont enfourchés après avoir liquidés chacun notre litre de boisson respective et la crème solaire, et l’on avance bien car la pente est constante lorsqu’un minibus nous double puis se gare sur le côté. Et ce sont des pommes qui sortent de la fenêtre arrière!! Un cadeau de bonne augure pour nous n’ayant que des mandarines en dessert, qui ne sont pas la panacée des enfants.


On se fixe encore une heure de vélo avant l’arrêt méridien, histoire de rogner au fur et à mesure cette bosse. Et à midi, satisfaction personnelle: nous avons fait 900m de D+ en 14km sur les 1200m envisagés jusqu’au premier point d’eau et de nourriture. Pause bien méritée entre les 2 vélos disposés de façon à former une cabane avec le tarp tendu entre eux deux. Et c’est à l’ombre que nous dévorons nos sandwichs maison, toujours subjugués par le paysage, quand Raphaël (pas le nôtre!) s’arrête avec son camion et accessoirement son chien. Il transporte des minéraux depuis midi hier jusqu’à Nasca. Il nous donne plus de 2 litres d’eau, nous qui voulions filtrer nos 5 litres restants. Un petit coup de pouce pile au bon moment. Extraordinaire!


L’après-midi me paraît vite passé. Les petites épines sont enlevées des mains d’Emma qui s’est rattrapée comme elle a pu lors du repas, les arrêts photos sont bien plus fréquents, le drone ressort une deuxième fois, les virages se poursuivent (et on est contents de les voir du haut- comme sur la photo!🤩), les camions défilent, les condors volent et nous narguent en partant dès l’appareil photo sorti (on a fini par l’avoir!), la lune nous accompagne, le ciel bleu aussi et seul le sommet du Cerro Blanco nous dépasse. Subjugués et motivés car cela nous semble bien faisable que d’arriver à ce restaurant ce soir!

Quand nous entrons dans Flor de Huallhua, l’ambiance est fantomatique. Les quelques maisons de part et d’autre de la route sont abandonnées… sauf une bodega (le supermarché du coin!) tenue par un vieil homme en béquilles. C’est le seul magasin à 40km à la ronde, alors nous le dévalisons en pain, chips, eau (20 litres) et chocolat: de quoi nous sustenter pour nos repas sur les 2 jours suivants (avant la prochaine bodega). La chance nous sourit quand il nous confirme l’ouverture du restaurant du village (les enfants trouvent que c’est exagéré ce mot, qu’il convient de dire plutôt « hameau ») 800m plus loin. Alléluia.


Et il est atteint à 16h30, éreintés.
3 menus seront engloutis avec le refresco (thé froid à la réglisse), et l’achat de la boisson locale faite à base de cactus: le sanky. La propriétaire nous autorise à camper sur son terrain habité par deux chiens aux canines accueillantes, une tarentule, des araignées noires venimeuses (non vues)… Cool! Parfait quoi comme terrain de camping! 🥴

La fatigue est laissée de côté pour monter la tente avant la nuit, avec un superbe coucher de soleil rose orangé surplombant les montagnes. 🤩 et à 19h, après le temps « jeux de pirates » des enfants, nous nous couchons avec les premières étoiles dans le ciel à 2450 m d’altitude.

10 commentaires sur “Pérou – C’est parti pour une côte non-stop de 100km – J279 et J280

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  1. Coucou tous les 4,

    Incroyable ces aqueducs, beau travail des anciens!
    Sympathique cette petite route sinueuse qui grimpe, qui grimpe , mais ce n’est pas ces quelques dénivellés qui vous font peur , votre courage continue à m’impressionner.
    Vous avez raison continuer à vélo, en plus Le salkantay et le machu picchu vous connaissez déjà!
    Bonne route vers les sommets ,prenez soin de vous.
    Plein de bisous à tous les 4

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    1. Les aqueducs valent le détour (que nous n’avons pas eu à faire!!!).
      Les dénivelés nous font peur avant de les emprunter… ensuite c’est petit à petit. Jour après jour, cela fait moins peur… et puis on est drogué! On veut absolument découvrir ce qu’il y a après!!
      Des bisous

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  2. Je peux comprendre qu’avec cette succession d’ouvrages et de merveilles découverts au fil de votre voyage, votre motivation à poursuivre ne soit jamais altérée… Mais quand-même,il vous faut être balaises physiquement et moralement pour résister aux épreuves vaillamment surmontées.Respect.
    Les aqueducs, magnifiques !!!
    Bisous.

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    1. La motivation reste la même… voire plus. Car on sent que c’est possible d’y arriver! Et puis, notre drogue quotidienne est la découverte dun peu plus…
      Tu sais maintenant qu’ un bon repas et un bon bivouac suffit à surmonter les « epreuves »!!!
      Plein de bisous de nous 4

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  3. Encore un paysage désertique, lunaire, sinueux de quoi rebuter le meilleur grimpeur du tour de France 🤭 mais qu!il n’altère en rien votre volonté et votre courage. Mais vous n’êtes pas seuls apparemment, accueillis spontanément par des chiens, des araignées , des condors …et des personnes généreuses prêtes à partager leur eau ou leurs fruits. Admiration, admirable réconfortant pour vous. Bonne continuation et prenez soin de vous. Bizz

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