Pérou – Une belle petite côte qui se termine – J281 et J282

J281 – Jeudi 14 octobre – Flor de Huallhua à Bivouac aux cairns 23km D+1034m


Les jours se suivent et se ressemblent en ce moment. Le soleil vient nous chatouiller les yeux et me réveille. Où est-ce les enfants qui chahutent dans la tente en criant? Toujours est-il que le petit-déjeuner se prend dans l’abside à l’ombre car ça nous chauffe déjà le visage! Tout le monde est en t-shirt et même certains en short. La préparation des sacoches est identique à la veille avec le tartinage de la crème solaire 50+, avant un passage au restaurant pour acheter du fromage fait maison.


Pour ne pas nous effrayer de la journée qui nous attend (et à laquelle nous connaissons à l’avance le dénivelé et kilométrage à faire 🥴), nous la découpons par 2 heures. Comme en voiture en fait lors des grands trajets! Alors on entame la montagne, comme hier, par virages, avec des ânes en pâture, des herbes grillées et jaunies, des buissons qui apparaissent, et même quelques arbres. Le rythme est constant, sans arrêt, sauf toutes les heures (on n’est pas des tortionnaires tout de même!). Juste avant le premier à 9h30, une berline nous double, le Couillot, s’arrête sur la route et par la fenêtre passager, me tend une canette verte. Non pas de Sprite, mais bien la cerveza Pilsen! Ils n’ont pas d’eau alors… (en même temps, vu l’état du passager torse nu et de celui allongé sur la banquette arrière qui sort un œil, je comprends!!). Lorsqu’ils doublent le vélo Panzer, eux ont droit au plastique d’emballage des bières terminées jeté par la fenêtre sur la route ! 😤


La route continue, aujourd’hui sans trop de lacets, plutôt rectiligne, et avec de part et d’autres de la route, une vue sur le précipice qui nous sépare des autres montagnes qui descendent vers la mer. Les teintes sont oranges, jaunes. Pas d’animaux en vue. Que des camions et des sourires de la part de ceux qui descendent. Ça fait chaud au cœur. Avec même un : »si puede! ». Celui là me rebooste, me motive, car oui on peut. Petit à petit. Comme quoi, même une toute petite phrase peut faire beaucoup! 😃
L’arrêt des 2 heures arrive à 8km de notre bivouac! Il était calculé et correspond au restaurant dans le hameau de Villa Tambo. Bonne surprise: il y en a plusieurs. Le choix du roi: nous n’avons qu’à demander ce qu’ils ont au menu pour maintenant, à 10h25! L’accueil d’un en particulier nous a tapé dans l’œil à Emma et moi. La jeune femme nous prépare 3 plats (dont des pâtes sautées avec oignons, tomates et poivrons cuits, un délice), nous permet de recharger les batteries de nos appareils et nous vend aussi quelques nourritures afin de tenir d’ici demain soir au prochain village. Nous y passerons 1h pile, laissant le temps à Sylvain de nettoyer les chaînes.


Et ça repart pour la règle de 2h et des 8km qui vont avec. Et oui, nous avançons à 4km/h. A fond les ballons! La route est inchangée, même panorama, même vue jusqu’à la mer de nuages derrière nous. Le Cerro Blanco est enfin dépassé. Juste, les fils électriques et les poteaux gigantesques qui vont avec, se trouvent en plein milieu de ces paysages. Nous avons enfin un peu d’espace sur le côté de la route. Cependant, lors d’un des 3 lacets, un camion se décale vers la gauche mais son arrière train se rapproche dangereusement de nous, et par précaution, je me mets dans le caniveau haut d’1m, enfin on y tombe. Fais suer, on écrase les paquets de chips… Mais la bière est intacte! Ouf!

On se sent bien, sans avoir mal aux jambes de la veille. Et puis, on décompte les kilomètres avec Raphaël, en faisant des mathématiques par la même occasion en retranchant ce qu’il nous reste à faire d’ici le kilomètre 16. Petite pause sucrée à l’ombre de la roche avant le dernier tiers de 2h. La fatigue se fait sentir, la motivation aussi. La chaleur y est pour quelque-chose. Pas un centimètre d’ombre. On remet la musique sur les 2 vélos. Et inlassablement, la route reprend, toujours en côte, pas une once de plat et encore moins de descente, sauf lors d’une épingle, sur 10m de long. Pas plus.


Alors à nouveau, en profitant du paysage naturel jusqu’à l’horizon, nous décomptons les kilomètres jusqu’au dernier, dans un virage avec des centaines de cairns. Ça y est, nous l’avons atteint cette fin de journée. Le site nous convient et trouvons même à l’abri de la vue de la route, un emplacement plat pour poser la tente. Parfait. Le soleil est là pour une heure encore, le temps nécessaire pour notre chantier quotidien, pendant que les enfants s’inventent des maisons ou un cairn. Le temps scolaire se fait dans la tente et juste après, nous profitons des derniers rayons de soleil du jour, qui s’éloignent derrière la montagne et les cactus. La fraîcheur prend la place instantanément, et réfugiés dans l’abside, nous finissons notre dîner.


Les enfants réclament un dernier moment d’école mathématicienne pendant que je relate les dernières 24h à 3504m d’altitude ce soir. C’est le retour des polaires et des duvets fermés!

J282 – Vendredi 15 octobre – Bivouac aux cairns à Mirador aux condors 29km D+681m


C’est la journée des cadeaux aujourd’hui… de toute part: de la nature et des humains. Et ça, ça nous fait avancer encore plus.
Ce matin, je sommeillais avec les voix de Raphaël et Emma, et me réveillais en douceur, comme souvent la dernière. Mais cette fois, la sortie de la tente fut fracassante. La raison? Non, ce n’est pas mon thé, ce ne sont pas mes flocons d’avoine, ce n’est pas le beurre de cacahuètes sur une tortillas. Et non, mauvaise langue. C’est Sylvain qui vient de voir un renard à cent mètres de notre bivouac. Ou un coyote? (Le mystère reste encore car la bête était plus proche en taille et couleur de la seconde hypothèse). Mais nous voilà tous en pyjamas/ culottes à l’entrée de la tente pour l’apercevoir entre les herbes hautes, dans la découpe de l’arête. Premier cadeau de la nature. On le savoure jusqu’à ce qu’il nous observe lui-même et passe sur l’autre versant.


C’est bon, on peut se recoucher! 🤣 Raisonnablement, nous ne l’avons pas fait et sommes passés à la cuisine pour le petit-déjeuner assis sur des rochers, au soleil, scrutant le retour de notre nouvel ami. Il est revenu en hurlant sur une autre montagne pendant notre rangement. Il rode autour de nous pendant que les enfants jouent à confectionner un cairn qu’ils laisseront ici (ouf! On n’amène pas de cailloux!) et que Sylvain joue avec son drone (qui subira un petit accident de rocher, sans trop de gravité heureusement).


8h30 et nous décollons de notre bivouac avec une légère pente, quelques virages sur le flanc de notre montagne à gauche et nous permet d’admirer la rivière asséchée sur notre droite, que nous remontons. Et cette remontée, s’ouvre sur un superbe canyon. Ouah. On est subjugué par le spectacle de la nature qui nous offre un second cadeau: 3 vicuñas. Mais c’est quoi donc? Non, ce ne sont pas des boissons alcoolisées locales (comme le Pisco Sour mélangé avec du blanc d’œuf), ni le nom du plat local à base de hamster (en l’occurrence le « cuy »). Tout simplement, 3 cousins du lama en train de brouter, dans la Réserve Nationale de Pampa Galeras de 65000 hectares, créée en 1967, suite à la situation en « danger d’extinction » de l’espèce. L’arrêt est obligatoire et salvateur pour s’hydrater avec ce beau ciel bleu, sans aucun nuage, sous la chaleur.


Le canyon s’élargit et la pente s’accentue pendant 6 kilomètres. A sa moitié, vers 10h30, nous grignotons ce qu’il nous reste car nous comptons bien arriver avant midi au musée de la réserve et à son restaurant! Encore quelques kilomètres de côte parmi des buissons, des herbes folles, les roches, les troupeaux de vaches, avec leurs « boucles d’oreilles » qui selon nous, permet de repérer leur propriétaire (il arrive même que les pauvres n’arrivent pas à nous voir avec le vent qui met les bouts de tissus à l’horizontale devant leur yeux!!) et sa fin arrive, à Crucero. Pour fêter cela, un chauffeur de camion nous offre une boisson énergisante et 2 autres nous félicitent depuis leur cabine pour être venus à bout de 96km de pente positive en n’ayant eu que 2km de descente. La nature aussi nous encourage à sa façon, avec le vol d’un condor juste au-dessus de nous à ce moment précis! 🤩
Comment ne pas apprécier l’instant présent? Comment ne pas être heureux et fiers d’avoir vaincus ce premier passage? Un peu émus aussi? C’était un sacré tronçon, exigeant car il ne nous a laissé aucune journée de repos, aucune journée plus facile, moins pentue, moins chaude… L’effort à été constant tout au long de ces 4 jours. Et on est fiers tous les 4, d’avoir pu tenir, d’avoir pu apprécié le paysage, les animaux, les rencontres et d’avoir « vaincus » ces 96km sur chaque instant.


Les derniers kilomètres de la journée sont pour maintenant et comme récompense, nous avons 5km de descente dans la vallée jaunie, réalisée en 2 temps, pour photographier un troupeau de vicuñas, paisibles. Bientôt midi lorsque nous arrivons à Pampa Galeras, 3974m d’altitude, 2 maisons, un restaurant, un musée et des camions. La surprise vient de l’état du musée (un peu délaissé) qui doit accueillir des vicuñas si besoin et dont le prix élevé de l’entrée nous stoppe net. L’endroit devait aussi être notre camping du soir, pas du tout avenant. Alors réflexion oblige autour d’un repas en face. La conclusion arrive vite pour nous: nous préférons continuer dans ces contrées grandioses après quelques emplettes à la « supérette » du restaurant et 12litres d’eau en plus.

L’après-midi passe vite sur 6km seulement de légère côte, avec des klaxons d’encouragements, du soleil, du vent dans le dos, et un petit éperon rocheux avec son cairn sur notre droite sur la plaine péruvienne. Ce sera là le bivouac du soir face à ces montagnes sombres à l’Est, à plus de 4300m. C’est évident.

Le mirador des condors l’appelle l’appli, nous, nous l’appellerons notre « chez nous ». Et c’est parti pour le montage de la tente, les jeux imaginaires des enfants avec une touffe d’herbe et des os séchés qui deviennent une maison, les photographies de notre monde de ce soir… et la quiétude des lieux à contempler.


Le soleil ne fera pas de vieux os, la chaleur non plus à cette altitude dès sa disparition, ce qui nous obligera à ressortir polaire, doudoune et bonnet. Pas grave, la beauté des lieux nous réchauffera comme les nouilles, préparées dans la cuisine au panorama extraordinaire! 19h et nos doigts ont froid, nos têtes nous réclament du repos, alors direction notre antre dans les duvets et sous les couvertures à 4200m. Et dire qu’il y a 4 jours nous partions de Nazca à 520m d’altitude…. on se couche avec la fierté de l’avoir fait !

9 commentaires sur “Pérou – Une belle petite côte qui se termine – J281 et J282

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  1. Salut les amis ou plutôt Holà!
    Merci une nouvelle fois pour ce récit d’aventure! Je dois dire que je trouve ces dernières étapes magiques! Une sorte de « stairway to heaven » terrestre sous forme de rampe bitumée désertique! Sublime! Sympa de voir vos 4 têtes bronzées et heureuses sur la même photo! Buena ruta! Yannick

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  2. Mille bravos pour cette belle côte non stop sur 96 kms , 4 kms heure , chargés comme le sont vos vélos c’est super .Votre persévérence ne faiblit pas ,vous êtes trop fort.
    Que c’est beau vos bivouacs en pleine nature et vos couchers de soleil à travers la tente font des photos magnifiques.
    Je comprends que les vigognes soient protégés , les chiliens nous parlaient de laine des dieux , plus douce et chaude que la laine des lamas.
    Encore mes félicitations pour ce sommet à encore plus de 4000m.
    Plein de bisous à tous les 4

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  3. Félicitations ! Vous pouvez être fiers tous les 4 ! 96km de montée dans ce milieu désertique avec vos vélos plus que chargés … chapeau et en plus encore un sommet à très haute altitude ! Vos bivouacs sont beaux et les enfants s’amusent de peu . super d’avoir vu des vigognes !

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  4. Un nouveau récit plein de bonheur, de force, d’admiration, de réussite, de challenge, de beauté de la nature, de rencontres humaines, de « hola », ou « buenos dias » de personnes admiratives et épatées de votre ascension, de cadeaux sympathiques…….
    « Gracias » à vous de nous laisser partager ces moments inoubliables que vous vivez et transmettez via les photos et vos commentaires toujours très passionnants . Prenez soin de vous bizz

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