Argentine – J646 à J648

J646 – Lundi 31 janvier – Punta de Balasto à Hualfin – 82km D+204m


Une longue et belle journée s’annonce pour nous en se levant au bruit de l’eau qui bouille, puisque nous espérons traverser une portion de plus 80km désertiques. Va y avoir du sport aujourd’hui! Le réveil, lui, ne l’est pas à 7h30 sous l’appentis de l’église. Le soleil réchauffe déjà Sylvain assis sur le béton pour boire son café, puis la tente où nous commençons à avoir chaud. Nous sortons avec Raphaël à l’appel de notre estomac et du Nutella qui a déjà pris une bonne claque depuis hier. Ce matin, chose rare, nous sommes 5. Romain n’est pas encore parti pour rejoindre le nord de l’Argentine, Cafayate sûrement pour ce jour (il nous en a fallu 2…). Il prend aussi son temps avec ses céréales et son démontage de tente. Alors, ensemble, entre discussion et rangement, et bien, ça ne range pas vite! Et dans les 2 équipes! Ce n’est qu’à 9h (après une photo de groupe!) que nos chemins, nos roues de vélo, nos voyages, se séparent quand il arrive à s’extirper de la discussion avec les enfants et moi (mais après avoir accepté de force, le Perroquet hyper lourd de Raphaël du nom de Mushu!). C’est une jolie rencontre qui aurait mérité de durer plus longtemps! Le devoir nous appelle aussi pour finir de fermer les sacoches. Comme souvent, je suis en retard! 30 minutes plus tard, nos pneus, pas crevés, foulent l’asphalte de la ruta 40 et quittent le village.


Ah, la chaleur, les montagnes de part et d’autre de notre vallée, le soleil, les buissons et arbrisseau, les ânes, nos amis les scarabées suicidaires, le sable, la rivière Santa Maria que nous remontons sur 17km, la solitude de cette route où nous ne croisons que peu de voitures. Mais elle est sujette à la méditation, au chant par Raphaël, à la photographie, aux sourires aux lèvres, à la liberté, aux souvenirs de ceux qui ont partagé un temps notre voyage…
Alors, les coups de pédalage, on ne les sent pas et on avance bien malgré la légère pente positive. On est ailleurs sur les premiers kilomètres avec les badenes parfois inondés, le soleil nous chauffe et nous fait mettre en tee-shirt. L’arrêt gustatif du matin est à la fin de cette légère pente, avant un passage de 2km pour passer le bourrelet du paysage. Ensuite, c’est l’amorce d’une belle ligne droite, sur le plateau, avec une légère pente en notre défaveur. Le paysage est inchangé, et ce qui est bluffant, c’est cette vision à 360 degrés sur des dizaines de km. Que de la nature tout autour de nous. Rien d’autres…

Alors on roule sans se poser de questions, dans notre univers, bien loin assurément de ce que vous vivez aujourd’hui. Mais, la réalité nous rattrape. Et la réalité à des traits de gros nuages noirs, de tonnerre, d’éclairs et de vent, d’abord de face en arrivant sur le plateau, mais de dos maintenant. Même les vaches s’affolent! Du coup, les nuages que nous pensions pour Romain, parti à l’inverse de nous, au Nord, arrivent sur nous! La pluie balaye le goudron, on voit sa démarcation, sa vitesse avec ce changement de couleur sur l’asphalte à 500m de nous. Ponchos rapidos, pantalon de pluie et veste pour nous aussi, mis en urgence, on est (presque) prêts à en découdre avec la nature humide. Tant que c’est de la pluie, ça va. Quand elle est froide, c’est moyen. Et quand elle se transforme en grêles, c’est la merde. Et là, on a eu les 3 étapes en moins d’une minute. Le paysage est bouché à l’horizon, on ne voit derrière nous qu’à 500m, que jusqu’à ce mur gris qui avale tout sur son passage, vers nous.

Un hameau devrait être sur notre route alors on appuie plus fort sur nos pédales, on met le cerveau en stand bye et on fonce. Ça marche! D’abord à l’abri sous des arbres, peu concluant en temps d’orage, on se réfugie sous la devanture d’une petite chapelle. David et Maria de Los Angeles, à moto, font de même, trempés. On est bien serrés là-dessous et la force du vent réduit l’espace au sec. David part vers la maison à côté et revient avec le sourire. On peut s’y abriter, leur garage est plus spacieux. Ni une ni deux, on brave la grêle et marchons dans l’eau qui recouvre tout le sol jusqu’à la maison. On essaye de se réchauffer avec les bonnets et polaires en enlevant nos vestes de pluie. Les enfants ont froid (Emma était en manches courtes sous le poncho) tout comme les motards. On partage nos bonnets et tee-shirts manches longues avec eux car ils sont tout aussi trempés que nous, mais sans rechange. David, encore lui, part demander s’il aurait quelque-chose à manger que l’on pourrait acheter. La réponse positive et le fait de savoir que le plat était chaud, nous réconforte. On passe dans leur salle à manger qu’ils ont mis à notre disposition, au chaud, pour déguster un « Guiso »: spaghettis en sauce avec viande et petits pommes de terre. Après une prière de David pour remercier cette hospitalité et ce repas, dans ce désert, 2 assiettes sont commandées, mais nous en prendrons une troisième, tellement le plat est excellent! Comme une recette de grand-mère. Discussion et découverte de ce plat, on se réchauffe en attendant que la pluie cesse. C’est le cas à 14h. Alors, chacun sur sa bécane, on sort du garage et poursuivons nos voyages, presque au sec. Vivement que l’on pédale (les adultes) pour faire sécher nos pantalons.


10km de côte jusqu’à l’aéroport, et ensuite normalement, ce n’est que de la descente. Tranquille quoi. En musique, avec le sourire à nouveau mais l’œil sur la droite, sur ces nuages gris accrochés aux montagnes… On n’est pas encore sortie des perturbations. Ne crions pas victoire. Le rythme, une fois passé l’aérodrome, passe à 20kmh, une aubaine. Ce que cela fait plaisir de filer à cette allure, sans efforts, et en enlevant quelques couches de vêtements. Toujours pas de village, que des vaches appeurées par l’orage qui passent en courant entre nos 2 vélos et des ânes en liberté. Les scarabées sont rentrés. On est un peu plus seuls sur la route jusqu’à Hualfin, en descente en suivant le Rio qui porte son nom.


Nous quittons un moment la ruta 40 pour nous engouffrer sur notre gauche, sur un chemin de sable comme on les aime sur 4km, en parallèle du fleuve, pour atteindre Hualfin, et surtout le point de bivouac encore après un passage en sable. Un camping, point de départ de randonnée et d’un petit canyon avec des petites piscines naturelles où nous pourrions nous baigner, se compose de table et bancs à l’ombre de nombreux arbres. Très bucolique, le site est propre et donne envie de s’y relaxer. Ça y est, on peut souffler.


Pendant que Sylvain monte la tente, je pars aux courses au village, en espérant ramener de la viande, car les feux sont autorisés et le barbecue près du campement est prêt à être utilisé. Mais les horaires argentins ne sont pas les mêmes qu’en France. La « carniceria » boucherie n’est pas encore ouverte à 18h30. C’est bien plus tard me dit-on. Je n’attendrais pas plus tard et rentre avec ce que j’ai trouvé. Tout est mis en place au bivouac quand un couple argentin vient discuter avec nous et nous offre une poche de fruits! Adorable.

Pendant que les enfants font école. Nan! Même pas. Ils jouent dans la réserve naturelle, parmi les chevaux qui passent et broutent, à cache-cache. On entend parfois l’un ou l’autre siffler pour aider son frère ou sa sœur à le trouver parmi la végétation. C’est très drôle. Nous sommes seuls quand nous dînons dans notre salle à manger naturelle, en bois, dehors à l’air libre. Seuls parmi les humains, mais bien accompagnés avec les chevaux et les insectes ravis de notre peau-viande.

Le soleil est présent mais commence à descendre dans le ciel derrière les collines vers 20h30 pour se coucher. Nous, ce sera moins d’une heure après avoir été dépités par nos fermetures éclairs qui n’aiment décidément pas le sable. Un peu de nettoyage et de tartinage de crème, et nous nous allongeons tous les 4 chez nous, sans un bruit, sans une lumière. La fête pour nous! Royal ce bivouac ce soir afin de récupérer de cette journée et de se remémorer tous les évènements pour moi, pour vous.

J647 – Mardi 1er février – Hualfin à La Puerta de San José – 46km D+106m

Les réveils sont de plus en plus cool chez la famille Dem. Surtout après une bonne nuit sans bruit, mais avec quelques chauve-souris et des étoiles pour celui qui se lève la nuit. Ce matin, les garçons sont réveillés et levés bien avant nous, les filles, qui faisons la grasse matinée. Sylvain part même faire des photographies du canyon au-dessus du campement. Alors, vers 8h, nous rejoignons Raphaël à table et prenons notre petit-déjeuner sous les arbres avec les rayons du soleil qui percent, seuls au Yacu Canyon. Le rangement est long et permet aux enfants de se préparer sans hausser le ton. N’ayant que de la descente aujourd’hui sur les 60km prévus, nous prenons bien évidemment notre temps pour aller découvrir à notre tour ce canyon et sa rivière qui y coule, pendant que Sylvain découvre 2 crevaisons sur les 2 roues avant (nommées Belote et Rebelote par Sylvain, dépité) et qu’il les répare. Et une 7ème rustine pour celle de Couillot et une découverte de chambre à air montée en étant pincée (et ayant roulée plus de 150km comme ça!) par le mécano de Cafayate!

Ce n’est qu’après 10h que nous sommes sur nos vélos en train de rouler sur la Rn40. C’est en suivant le Rio Hualfin puis le Rio Belen que nous fonçons vers le Sud. Oui, « fonçons » car en descente continuelle sur les premiers kilomètres, on se grise de cette vitesse et rapidité à laquelle le paysage défile. Une superbe sensation de légèreté et d’insouciance. Toujours concentrés bien sûr, nous avançons sur la chaussée ou sur le shoulder de plus d’un mètre de large sur notre côté droit. Une bonne nouvelle pour notre sécurité. Bien que peu de véhicules nous dépassent, nous sommes plus sereins ainsi. La rivière sur notre gauche, les collines à droite nous rappelle des canyons en Bolivie ou aux Usa. La couleur ocre/orange et ces colonnes sont si reconnaissables. Quelques buissons et arbrisseaux complètent le tableau avec le ciel bleu et la chaleur.

A midi, nous avons parcouru 30km, la moitié de notre journée. Trop contents après juste quelques arrêts sur le bord de la route pour des photos ou se désaltérer pendant que des automobilistes ou des motards en road-trip nous klaxonnent et nous saluent. Pas de village ni de hameau, pas de civilisation par ici encore aujourd’hui. La vallée se resserre comme un entonnoir vers le sud, avec un passage à l’horizon vers lequel se dirige la route. Avant d’y accéder, nous pensons à nous arrêter dans un abri de bus sur une ligne droite après avoir été bien aidé par le vent de dos! Nos prières et les vôtres ont été entendues ce matin. Mais pas cet après-midi. Une bonne collation ce midi avec ce qu’il nous reste et nous repartons avant 13h, foi de Raphaël.

Du soleil, des nuages blancs sur notre gauche mais vaut mieux ne pas regarder à droite: de gros nuages gris non annonciateurs de beaux temps. Et pour ajouter à cette belle recette, un vent de face qui nous fait douter de la descente  pourtant bien inscrite sur notre GPS. Impossible de ne pas pédaler. Impossible d’écouter la musique tellement le vent est fort et bruyant. Impossible d’avancer comme nous l’espérions. Alors, petit à petit germe une idée: et si nous nous arrêtions avant à ce camping avec piscine à La Puerta de San José ? Et si? Bah oui, on y est allé pour voir et on y est resté!
Les maillots de bain des enfants ont été mis plus rapidement que la crème solaire sur leur visage ce matin!
On a eu le temps d’y aller tous les 4, de monter la tente, de commencer à mettre en place un article pour le blog, de lire quelques pages du roman de Marc Trévidic « le magasin jaune », de rire, de manger une glace ou des gâteaux sucrées, de jouer dans les structures de jeux pour enfants, de prendre une bonne douche froide (mais ça, ce n’était pas voulu), d’aller à la tienda du hameau pour le repas du soir, de boire une bière, de ranger les sacoches… pour nous amener au soir.


Un bon repas sous l’appenti qui va avec l’emplacement pour ce soir, autour d’une table nous permet de réfléchir à demain. Allons-nous jusqu’à la ville de Belen à 15km, mais avec 20000 habitants? Ou restons-nous ici, au calme… mais avec un manque certain de nourriture? La réponse viendra avec la venue d’une cuisinière de gâteaux. Elle est passé au camping pour vendre ses tartes et autres gourmandises faites maison. On a craqué pour un premier cake délicieux, et nous avons dû lui courir après pour lui en acheter un second! En discutant, on lui expose notre souci de rester ici sans se restaurer… et elle nous propose de nous cuisiner un repas pour demain midi qu’elle nous ramène ici. Excellente idée! La voilà notre réponse: on reste!
Le repas terminé, après avoir tout nettoyé (merci Emma) et tout rangé, on se met à l’abri dans la tente. Car devinez quoi? L’orage arrive! Il nous rince lorsque nous regardons le dessin animé « Moi, Moche et Méchant 2 » sur la forte demande des enfants qui tenaient à nous le faire partager… et qui commentent tout à l’avance! L’orage passe et il est parfois difficile d’écouter les personnages. La suite sera pour demain et nous éteignons tout notre attirail, ne laissant que la musique de l’officine près de la piscine fonctionner jusqu’à plus de 23h…

Le lendemain, le J648, mercredi 2 février, nous passons la journée à travailler pour l’école à 3, à nettoyer les vêtements et les faire sécher, à profiter des jeux/toboggans et structures le matin, à aller à la piscine l’après-midi et en sortir bien tard (aïe, aïe, aïe, pour les yeux d’Emma), à écrire et mettre en place un article pour le Blog, à manger le très bon repas de notre cuisinière avec de bonnes sauces bien savoureuses, à faire la vaisselle pour Raphaël cette fois, à découvrir une tienda pour ce soir, à lire et à téléphoner à la famille!

10 commentaires sur “Argentine – J646 à J648

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  1. Encore de bien belles photos prises dans ce canyon argentin où le bronzage de Laëtitia me fait penser aux premières habitantes du continent ….
    Tu vas faire des envieuses dans ton cercle d’admiratrices en cet hiver maussade ici ma belle fille !!!
    Un gros bisous à vos beaux petits ,au mécano surmené parfois et à notre fidèle chroniqueuse bien sûr.

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  2. Bonjour les aventuriers,

    Encore des paysages à couper le souffle , ces couleurs orangers sont magnifiques. J’apprécie aussi , (pas vous bien sûr), les gris blancs noirs des paysages d’orage, la photo noir et blanc est superbe.
    Et que l’accueil des argentins est sympathique , les repas aussi d’ailleurs.
    Vous avez des mines superbes ,orange comme le canyon, Raphaël avec son tee shirt et yeux bleus est craquant. Pauvre Emma ses beaux yeux rougis par l’eau de la piscine .
    Je me régale et voyage grace à vous,photos et chroniques me font partager votre aventure.
    Plein de bisous à tous les 4

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  3. Rien à ajouter après mes frère et sœur. J’adhère entièrement. N’oublions pas les chevaux ni les vaches ni les cabris, vos compagnons de voyage là-bas. J’ai l’impression qu’Emma a sacrément grandi ! N’est-il pas ? Il me reste à embrasser les Dem. Les Dem saluent chaleureusement les Dem, donc !

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  4. Merci encore une fois (je me répète mais je ne peux pas faire autrement) pour les photos de ces superbes paysages et vous resplendissez tous les quatre, alors continuez de bien profiter de votre voyage/aventure… à bientôt
    Annie-France

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  5. Coucou, une « petite Emma zombie » , le regard sérieux de Raphaël, son application à laver la vaisselle, vos belles attablées, de quoi nous faire sourire et compatir pour Emma . Merci pour ces moments partagés et merci à toi Tis de prendre du temps et du sommeil pour nous faire partager votre aventure. Bon courage, prenez soin de vous. Bizz

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