Argentine – Fin du ripio parmi les volcans – J685 et J686

J685 – Vendredi 11 mars – Bivouac Lave à Laguna Nueva – 45km D+627m sur ripio


On s’est réveillé tard aussi ce matin. Bien plus tard qu’avant et comme dirait Raphaël « avant c’était à 5h, mais tu as raison plus tard! ». Alors, puisque l’on a raison, on en profite jusqu’à 8h, à tour de rôle, avec Emma qui finit la marche. Le petit déjeuner est pris dans l’abside ou dehors en fonction du démontage de la tente, avec vue sur le Rio Grande et les falaises derrière, les buissons et les oiseaux qui passent. On voit même 2 spécimens humains argentins, et cyclo passés! C’est Christian et Roberto qui descendent pour prendre de l’eau dans la rivière pour leurs gourdes. On leur propose de leur filtrer même si c’est un peu long, 7min pour 1litre d’eau. On continue de centraliser nos affaires éparpillées au sol pendant ce temps, et pouvons quitter le bivouac vers 9h30 pensant que nos collègues sportifs sont loin devant.


Nous entamons la partie plate de la journée, sur les cailloux bien sûr,  pendant une vingtaine de kilomètres. Alors plat, c’est dans nos rêves. Ça monte, ça descend, et ça use! Quand ça monte, les pneus glissent sur les cailloux qui roulent donc le vélo n’adhère pas et on doit redoubler de force pour gagner quelques centimètres. Quand ça descend, tout secoue, tout fait mal, Raphaël doit tenir sa gourde, les roues chassent parfois sur les côtés avec les cailloux qui roulent aussi, alors je freine pour garder un semblant de contrôle. Mais la nature est là pour nous faire oublier tout ça! Les laves projetées jadis par ces volcans autour de nous sont nos buissons du jour, noires, imposantes, déchiquetées, juste autour de la route et même jusqu’à la base des montagnes sur notre droite. La végétation a depuis repris du terrain et quelques touches de verts contrastes avec le volcanique. Nous roulons parmi des dizaines, des vingtaines de cônes volcaniques éteints, nous imaginant ce que c’était lorsqu’ils étaient en éruption!

Tranquilles aujourd’hui, on apprécie l’ambiance particulière des lieux même dans l’effort. Les argentins en voitures nous font encore des signes de sympathie, avec même un couple en van aménagé avec qui je discute, mais dont j’ai oublié le nom. Pardon! Loilera? Ils ont vu 2 cyclos derrière nous. Cool, peut être nous dépasseront ils? 20km ainsi, à osciller dans du dénivelé, à passer les bourrelets de la croûte terrestre pour aller voir plus loin, aller découvrir ce qu’il y a derrière, à faire des pauses vidéo, à bouffer de la poussière à chaque passage de véhicule, à regarder sa montre et à comprendre que l’on a mis 1h30 pour faire 9km.


Puis la route part plein ouest, et miracle, il n’y a pas de poussière derrière la première voiture passant par là. Serait-ce l’asphalte? Joyeux, on active nos pédales et arrivons plein d’espoir au pont passant dessus notre rivière. Quelle déception! Encore du ripio, encore des secousses, encore de la fatigue et de l’enfoncement. Mais pas le choix. Nous faisons une petite halte juste après en rencontrant un cyclo suisse, Martin, dans le sens inverse. Il arrive d’Ushuaia et part vers la Bolivie par la route 40 lui aussi. Nous échangeons quelques conseils et confirmation de changement de paysage plus au sud pour nous et l’on repart pour le repas.

Un peu d’ombre derrière des buissons à l’écart de la route et du nuage de poussière des véhicules, et nous mangeons ce qu’il nous reste en pain et saucisson et arrivons largement à remplir nos estomacs. Près de nous, dans le sable, une petite chauve souris gît sur le sol, morte. Raphaël décide de lui faire une tombe avec les pierres trouvées.

Nous repartons à la suite car un gros morceau arrive. Enfin, c’est nous qui arrivons à lui, mais pas rapidement. 18km de ripio encore (on en a déjà 60km dans les cuisses et le fessier), pour 600m de bosse. Le soleil cogne fortement, il est plus de 14h. On aimerait atteindre le goudron ce soir, histoire d’en finir avec ce passage pas évident.
La route suit le profil des montagnes, essaye de les esquiver, en évitant les virages en épingle. La vue est superbe quand nous nous élevons, donnant un panorama sur le côté du volcan, le sommet enneigé d’un pic, et toutes ces autres montagnes aux reflets rougeâtres ou gris. La pente est constante, mais la couche de cailloux change terriblement. Nous slalomons vers les parties qui nous semblent moins pourvues de cailloux, moins en sable ou plus dures par leur revêtement.

L’équilibre est précaire voir incertain quand je rends les saluts aux conducteurs! Mais, cela nous fait tellement plaisir. Et quand ce sont des motards, le plaisir est décuplé. On en a bien croisé une dizaine, tous klaxonnent, saluent, nous félicitent, nous encouragent d’un pouce. On revoit même 2 motards qui campaient à côté de nous à Malargue. Et puis, ils n’hésitent pas à s’arrêter, à discuter, comme dans ce virage où ils nous offrent des sourires, des gâteaux sucrées, du jus d’orange, un autocollant et une casquette aux couleurs de leur clubs de catamarca: « Condores Catamarqueños », un bocal fait maison de pigeon aux carottes. Que vous dire devant autant de gentillesse de ces Argentins? De vraies leçons d’amabilité, d’hospitalité… que nous prenons en plein visage et en plein cœur.

C’est à ce moment que nous découvrons les 2 cyclos derrière nous qui nous rejoignent dans la pente: Christian et Roberto ! Ils n’étaient pas partis ce matin à 9h30 buvant leur mate et prenant leur temps. Du coup, on les charrie, on rigole et malheureusement, on les démoralise en leur disant les 8 km restants de côte et de ripio! Mais tout ça avec le sourire! Faut que l’on reste motivé nous aussi, et c’est moins évident. On en a assez, les adultes comme les enfants. Un virage qui nous cache la suite, des voitures qui jouent au Paris Dakar et nous empoussièrent, encore une belle côte et un virage ouvert puis une petite descente, et un mirage au fond. La voiture qui arrive ne fait pas de nuage derrière elle sur quelques mètres mais beaucoup en arrivant sur nous. Est ce la fin des cailloux? On n’ose se réjouir avec mon binôme. Mais si, alléluia! La libération a bien lieu. Il est 17h passé, c’est le moment de chercher notre bivouac. Deux lacs doivent se trouver juste à la suite.. ainsi que nos 2 cyclos argentins, appuyés sur la barrière de sécurité en train de déjeuner. Oui, oui, vous avez bien lu, ils prennent leur repas du midi. On n’aurait pas pu attendre aussi longtemps nous! L’occasion de discuter ensemble, de se prendre en photo, de se dire juste au revoir car peut-être que nous passerons devant leur bivouac demain matin, quand ils seront encore endormis, à 11km d’ici (c’est leur objectif, un hameau avec son magasin, obligation pour eux dès aujourd’hui).

Pour nous, l’épuisement parle: un bivouac peut se jouer au-dessus du second lac à 1km. C’est suffisant pour clore la journée. Alors, aurevoir les gars, bonne route et suerte! Nos vélos suivent les rives des 2 lagunas, avec leurs troupeaux de chevaux ou de vaches sur leur lit d’herbe bien verte. Les couleurs sont intenses à cette heure. Notre chemin sur la gauche se profile, on s’y engoufffe et trouvons un grand espace en petit cailloux gris. C’est tranquille, plat… mais sans eau. Il ne nous reste que 6 litres et demi pour nous 4, boire après cette dure journée, cuisiner, se laver les mains et dents, se débarbouiller et penser aussi à demain matin. On monte la tente et Sylvain part avec Raphaël résoudre ce problème.

Avec Emma, nous nous chargeons de dépouiller les vélos de tout, sacoches, babioles, appareil photo, casque et de mettre en place tous les lits,  vêtements et duvets sur chaque. Un peu de lecture pour la miss pendant que je prépare l’apéro pour nos chercheurs d’eau. Ils reviennent presque bredouilles: l’eau récoltée ne peut être bu ou utilisée pour la cuisson même après filtrage. Pas grave, elle nous servira pour notre toilette et la vaisselle. Mais leur escapade leur a offert un beau cadeau: une renarde et son petit à 20m d’eux. Une jolie vision pour conclure l’aventure du jour. Sylvain parvient à faire fonctionner le réchaud et c’est parti pour la soupe aux vermicelles et le pigeon cuisiné, avec des saveurs retrouvées.

Nous ne ferons pas long feu, et serons plus rapides que le soleil pour nous coucher dans notre chez nous. A 21h, c’est fermeture des yeux aux sons des aigrettes qui passent au-dessus ou des vaches dans les champs en dessous, au calme quoi!

J686 – Samedi 12 mars – Laguna Nueva à Barrancas – 38km D+427m


Heureusement que je peux relire le jour d’avant et me remémorer notre lieu de bivouac précédent, car parfois, comme ce soir, je suis perdue. Je ne savais plus d’où nous étions partis: le lac!
Et oui, ce matin, bien tard comme d’habitude, mais plus tôt que le soleil arrivant sur notre tente, nous sortons de la tente. Il est 8h bien tassé. Les doudounes sont mises autour du petit déjeuner pris sur le sol caillouteux gris, avec nos restes de céréales et de pain d’il y a quelques jours. On tient bon et avons assez en nourriture et en eau pour nous faire un double café/thé. Un de mes moments préférés de la journée. Une institution aussi! On remballe tout en étant quelque peu pressés de retrouver un kiosco (tienda) à 11km, notre prochaine halte. Lors de notre 1h et demi de battement pour agencer les sacoches et remettre notre vie en place dedans, nous apercevons au loin 2 cyclos dans le sens Sud-Nord sur la ruta 40. Ils s’arrêtent même… mais sont bien trop loin pour une quelconque rencontre. Dommage. On poursuit et vérifions notre emplacement avant le décollage par les graviers pour sortir de ce flanc, de ce creux de montagne où nous avons dormi, face au lac.


Et comme échauffement tranquille aujourd’hui, 1km500 de côte direct! Ah la bonne blague pour nos jambes, elles s’en souviendront plus tard et se vengeront de douleur. A l’ombre pour sa partie basse dans la pente la plus raide, la route nous offre le soleil à la sortie avec un beau panorama où tout autour de nous n’est que montagnes ou volcans. La végétation est rase, jaunie, sans arbres. Juste du vent, de la descente, des virages… seuls. Seuls au monde devant et derrière. La liberté qui pourrait faire peur vu l’isolement. Mais on s’y sent bien, on navigue sur le goudron, on profite de ces courbes jusqu’à Ranquil Norte, hameau avec son kiosco. L’accueil y est comme toujours adorable, et en plus, il y a plein de gâteaux sucrés! Nous les dévorons en face à l’ombre assis par terre, avec quelques chiens autour. Pas de copains ici, pas de tente ou de vélo, Roberto et Christian ont dû partir tôt aujourd’hui!

Nous partons à notre tour et traversons le village ancré dans les montagnes. C’est en sortant, par une belle côte parmi les roches orangées que nos jambes se vengent de ce matin. N’ayant que 27km encore à rouler parmi ce spectacle, nous le prenons avec philosophie, chacun à son rythme, tranquille, l’esprit serein de s’arrêter dans peu de temps. Puis, nous retrouvons un autre plateau, qui nous amène parmi d’autres volcans dont le volcan Colchiquito. Son cratère et sa forme, nous ravissent les yeux, comme beaucoup autour de nous. Ça a dû être impressionnant quand ils ont explosé, peut être au temps des dinosaures. Et dire que depuis, rien n’a changé ici.

Les coups de pédales ne se sentent plus, la tête est ailleurs, surtout avec une route dans l’ensemble descendante. La dernière dizaine de km nous fait descendre au plus bas jusqu’au Rio Barrancas, frontière entre les provinces de Mendoza et de Neuquen, porte d’entrée de la Patagonie. La pause se fait près d’un panneau de bienvenue dans la province et de deux chiens (baptisés pour l’occasion Couillot et Foufou) que l’on aurait bien adoptés et mis dans nos sacoches.

La fin de la route journalière n’est que la pâle copie de la descente précédente, mais en sens inverse. Le soleil chauffe bien les peaux et nous suons pour ce sursaut de positivité. Barrancas est déjà devant notre roue, village en longueur le long de la route principale, sur son côté droit. Le camping municipal est un peu sur les hauteurs, mais avant d’y aller, nous préférons trouver un restaurant. Une famille sort de la première maison après notre bifurcation, discute avec nous, nous prend en photo tranquillement et nous confirme la présence d’une « rotisseria » à un pâté de maison, ouvert encore à 13h30. Sylvain y est déjà avec Emma. Un bon repas à partager tous les 4, nous ragaillardit au bout d’une heure. Le temps passe et nous ne savons pas encore où dormir: le camping municipal sans toilettes ou le camping privé dans la cour d’un hôtel avec douche (pas pris depuis 4j de poussière et sable!) et toilettes. On passe voir le second et nous nous y arrêtons pour l’après-midi et la nuit qui s’en suit.

Comment résumer cette fin de journee: le terrain pour les tentes est en poussière et il fut illusoir de demander aux enfants de ne pas se salir. Eux, ce n’est pas grave, il y a la douche ce soir… mais les vêtements doivent encore servir 3j sans passer au nettoyage! Aie aie aie. C’était foutu d’avance. Mais ils se sont éclatés comme toujours. Pendant que nous montions la tente, faisions les courses, transférions les photos, mettions en place l’article du blog, répondions à la famille pour les rassurer, achetions un goûter, faisions école (OK avec eux qui ne jouaient plus!!)… On est vite arrivés à l’heure de la douche pour se décrasser de cette poussière puis à un temps pour se poser pour dessiner ou s’occuper de soi.


La nuit nous a rattrapés et sans avoir le courage de cuisiner, nous avons bien mangé autour de la table de pique-nique près de la tente. L’hôtel et son parking se remplissent en ce samedi soir… Le silence également! C’est discothèque dans le village. Qui l’eut cru!!! A des centaines de km de la ville la plus proche, on ne peut fermer l’œil de la soirée pour cause de tapage nocturne! Retour à la civilisation pour les petits vieux que nous sommes et retour au second moment préféré de ma journée: s’allonger dans le lit et détendre les jambes. Il est tard lorsque les enfants ferment leur yeux et oreilles, encore un peu peu plus pour certains…

4 commentaires sur “Argentine – Fin du ripio parmi les volcans – J685 et J686

Ajouter un commentaire

  1. Hi , i’m one of the bikers from Catamarca , i’m very happy of be here in your blog, it was very amazing meet You and all your family , You are an inspiration , i hope You all be allright and i’ll keep following all Your travel

    J’aime

  2. encore une importante portion difficile sur ces cailloux mais toujours la bienveillance et la générosité des Argentins !
    Heureusement qu’il y avait la douche !
    Pour les chiens, il va falloir trouver plus petits pour les mettre dans les sacoches qui débordent déjà 🤣

    J’aime

  3. Les photos sont impressionnantes, paysages lunaires, animaux vivants ou morts, humains accueillants. Quelle galère ce « ripio » ! Heureusement, la bonne humeur de tous vous fait digérer les km avec le sourire malgré tout. J’aime beaucoup beaucoup la photo des bovins près de l’étang marécageux avec la montagne en arrière plan. Les autres clichés aussi ; le photographe est très doué ! La Patagonie vous accueille désormais. Bonne route donc (je n’ose pas écrire : bon vent ) et je vous embrasse chaleureusement !

    J’aime

  4. Des cailloux, des cailloux, encore des cailloux toujours des cailloux …… dur!! dur!! pour vous, vos machines mais surtout pour votre « squelette », les douleurs doivent être très présentes. Une belle rencontre « canines » qui doit faire très plaisir aux enfants, dommage que ces animaux ne peuvent vous suivre plus longtemps. Prenez soin de vous Bizz

    J’aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :