Argentine – J687 et J688 – Le tour du Volcan El Tromen

J687 – Dimanche 13 mars – Barrancas à Buta Ranquil – 35km D+349m


Comment pouvions-nous prévoir que ce samedi, dans un village reculé, perdu dans les montagnes, un jeune de 15 ans fêterait son anniversaire jusqu’à 6h30 du matin avec de la techno, de la musique Argentine et un DJ à fond les ballons?? Conclusion: on n’a pas fermé l’œil de la nuit, juste ce matin.
C’est pourquoi Sylvain ne se réveille qu’à 8h, fait exceptionnel au point de le souligner. Je l’ai vu les yeux fermés dans le duvet, avec les enfants déjà prêts à aller manger! Incroyable ce que peut faire l’Amérique du sud sur certains. Par conséquent, tout s’enchaîne dans la même veine. Enfin s’enchaîne à un rythme lent: petit déjeuner dehors sur la table ronde au soleil dans le jardin, envoi d’un article de blog, marché jusqu’au kiosco pour les courses du jour mais en vain, réparation de la 52ème rustine sur la chambre à air de la roue avant du Couillot, démontage de la tente, jeu de Tétris avec nos sacoches (ça, seuls les moins jeunes mais chanceux de l’avoir connu, peuvent comprendre!!). Devinez à quelle heure nous avons mis le pied sur les pédales?? 11h! Record battu. Avec le soleil, dans cette partie quelques peu désertique, c’est parfait. On est bon là. Quelques photos par les propriétaires des lieux, dont une a couru derrière nous en trouvant le porte-monnaie de Raphaël au campement. Vraiment adorable. Elle ira même jusqu’à nous trouver un raccourci pour rejoindre la ruta 40 en enlevant les pierres du passage. Ah, ces Argentins, ils sont très forts dans la bienveillance.


Alors, 11h05, on est sur notre trajet direction le Sud. L’échauffement de la courte journée se déroule dans une côte, nous donnant l’occasion de jeter un dernier regard à Barrancas et à prendre bien en considération son éloignement, son isolement avec le paysage qui s’étend sur 100km avec 3 plans successifs de collines et de volcans jusqu’à la neige sur un dernier sommet au loin. Quelle géographie!


Notre route s’élance entre les accidents de la terre, les bourrelets, les collines, les vallées traversées d’une rivière donnant une touche de vert à ses rives dans ce milieu si ocre, si jaune, si rouge, si minéral. Nous oscillons entre côte et descente, à droite ou à gauche, mais avec toujours du sable, un petit vent de dos, de la luminosité avec du ciel bleu sans nuages et du soleil qui réchauffe. Puis enfin, une longue descente comme je les aime, sur 7km. Pas de pédalage, juste de l’admiration de la nature, de son serpent qui passe devant notre vélo, s’arrête au milieu de la route en même temps que nous (pour le détailler) et qui rebrousse chemin derrière notre vélo. Rapide, fluide, fin, petit mais énigmatique. On continue la route sur un semblant de plat qui nous fait suer. Alors, autant prendre une petite pause pour sortir le drone bien au chaud dans sa sacoche. Personne autour, vous le verrez sur les images, juste 2 tandems pédalant à l’unisson, vers une côte qui s’annonce, dans un paysage de cailloux, de sable, de roches… Quelque voitures passent, on aurait pu les compter aujourd’hui vu le petit nombre.

On avance, en musique mais nos estomacs nous rappellent  qu’il est déjà 13h. Alors, à 25km de notre départ, entre 2 rochers de plusieurs mètres de haut, nous pénétrons et trouvons une alcôve pour s’asseoir et grignoter nos restes (le kiosco était fermé). Ça a dû bon car on retrouve plusieurs paquets ouverts de gâteaux salés ou sucrés qui sont enfin terminés ce midi! Plus de saucisson ni de fromage… Les temps sont durs. On fait avec, le site est joli, caché, à l’ombre.


Plus de 14h lorsque l’on quitte cet espace ressemblant à un canyon de l’Utah, pour notre dernière côté de la journée… On voit d’ailleurs au loin, sur les hauteurs du volcan El Tromen, le village de Bura Ranquil. Ce volcan est impressionnant, massif, son cratère bien dessiné, mais surtout ces flancs sont soit vert dû à la végétation, soit noir, tortueux, en boule… C’est la lave qui est sorti, s’est exprimé comme sur un tableau naturel. Elle a encerclé certaines parties de la pente, comme un câlin avec ses bras. C’est superbe et nous nous sentons privilégiés de pouvoir le contempler et de bien l’enregistrer en prenant notre temps pour le décortiquer. Un dernier sursaut pour en finir avec aujourd’hui.

Le village, la partie haute, est enfin à nous. Les premières maisons ne sont pas terminées, les rues ensablées par le vent qui nous pousse sans trop d’arbres pour s’abriter du soleil. Nous apercevons un grand kiosco, un paradis où je passe un temps fou car tout me donne envie. On prend pour ce soir et le petit déjeuner de demain car nous n’avons vraiment plus de réserves, ni de produits de base. Nous reviendrons demain matin pour les réserves des 2jours suivants (passage de 90km sans rien, juste du dénivelé, alors on prendra en conséquence au cas où l’on mette du temps). Le cœur du village se trouve en contrebas du kiosco aussi par un chemin en terre/sable que nous empruntons en descente. Le reste du Buta Ranquil est arboré, très en ombre, avec des maisons de rez de chaussée, résidentiel. Nous le traversons sur 1km pour sortir plus au Sud vers les buissons, la chaleur et le camping municipal… fermé! Des cadenas ne me donnent pas envie de transgresser et de s’installer sur le site sans eau, de surcroît. Une voiture passe et nous la questionnons sur ce site public. Il ne sert que lors de grandes occasions, festivals mais un autre camp en plein centre ville peut nous accueillir, sans eau et sans toilettes. Il faut se décider vu l’heure, vu la fatigue alors on y redescend. C’est ombragé, très ombragé, très « barbecuté ». Ça ne se dit pas mais cela vous donne une idée de ce que nous trouvons ici au nombre de 32. Pas de chaises ni de tables, juste des blocs pour faire du feu et des camions citernes qui feront la queue pour se remplir avec l’eau de la rivière.


Les enfants y joueront après avoir donné à manger au cheval. On ne les a pas revu avant le dîner. Emma a grimpé à l’arbre, très à l’aise, et Raphaël faisait flotter des bouts de bois dans le courant. Les pieds, les pantalons, les chaussures ont dû passer au lavage pour la boue par papa, pendant que je faisais les courses des 2 jours pour gagner de l’avance demain matin et partir plus tôt!!


Le feu est préparé et allumé pour faire sécher les chaussures des loulous, mais aussi pour l’eau bouillante des pâtes, que nous mangerons autour d’une souche de bois, assis sur des pierres. La pleine lune remplace le soleil, les frontales s’allument pour finir ce dimanche. Pas de lumière au campement, pas d’électricité, un robinet pour l’eau potable, mais pas de bruits non plus! Ouf. Juste des joueurs de tennis puis de foot que j’entends jusqu’à 23h, alors que tous s’endorment. Même Emma pour une fois, en seulement 10min sombre dans le sommeil. Mais ce soir, c’est particulier: la petite souris doit passer dans la tente pour sa dent perdue ce matin sur le vélo! Et comme dit son frère, il faut dormir sinon elle entend du bruit et elle ne passe pas à minuit! Alors, bonne nuit, je vais me transformer en petit rongeur…

J688 – Lundi 14 mars – Buta Ranquil à Bivouac Auquinco – 46km D+773m


« Heureusement que l’on a pu éloigner le chat qui déchiquetait notre poubelle sinon la petite souris n’aurait pas pu emmener les bonbons sous la poche de vêtements d’Emma! » Foi de Raphaël. C’est trop mignon de l’entendre répéter cela. Ce fut le seul incident de la nuit, bien calme, jusqu’au matin, à 8h réveillés par Sylvain qui s’époumonnait depuis 30min. Le barbecue a pu être rallumé pour les eaux chaudes et les baskets de loulou encore mouillées du lavage de la veille. Et le petit-déjeuner a été pris dans notre salle à manger du jour assis sur les pierres autour de la souche. Après les rituels quotidiens, il restait beaucoup de choses au sol qui devaient indéniablement se retrouver dans une des quelconques sacoches déjà fermées. Ce Casse tête argentin se termine à 9h45 lorsque nous traversons le village de Buta Ranquil, par son parc de jeux enfantins, ces kioscos et boulangeries dans la rue principale ombragée.

Nous rattrapons la ruta 40 à la suite et commençons notre descente dans le « désert » de 90km. Aujourd’hui encore  l’appareil photo est de sortie puisque la nature, son immensité, son silence nous encerclent pour notre plus grand bonheur. Le dénivelé s’enchaîne après des descentes, la lenteur après la vitesse, mais toujours sous un soleil de plomb. La présence animale de cette portion ne fut que les rapaces tournoyant autour de nous, rien d’autres. Les voitures et les motards défilent dans les deux sens, même un cyclo Luis, un vrai baroudeur de l’âge de nos parents, part seul en direction de Mendoza où il habite (Alain, Mounette et Mamie-No vous savez ce qu’il vous reste à faire…).

Mais et ce paysage? Qu’avait il de particulier? Des couleurs, des strates, de la luminosité, des formes obliques comme des plaques soulevées, immenses. On s’est senti tout petit encore aujourd’hui d’être parmi des km à la ronde, seuls, de voir au delà de ces collines, de voir la succession de montagnes, de tourner autour du volcan El Tromen et d’apercevoir de la neige sur son versant sud. Après 20km, nous avons tout de même consenti à nous arrêter après une jolie côte pour poser les vélos sur le bas côté, assez éloignés l’un de l’autre pour y aposer le tarp sans qu’il s’envole avec le vent, et déjeuner à l’ombre. Et on a de quoi sustenter notre faim! Quelques minutes plus tard, un bruit connu nous fait sortir de dessous… celui des roues et du souffle d’un cyclo : Roberto! Alors là, c’est une surprise, nous qui pensions qu’avec son copain ils avaient déjà atteints Chos Malal hier soir. Quelques minutes plus tard c’est au tour de Christian d’arriver. Ils ont fait une journée off hier étant invité chez un argentin à manger. On le laisse rejoindre son acolyte et nous finissons notre repas. Il est encore tôt, 13h, lorsque nous entamons la partie soi-disant plate. Enfin ce qui s’en rapproche le plus sur cette portion. Ce sont juste des va et vient en hauteur, qui coupent les jambes, qui nous grisent, qui nous font nous reconcentrer sur la route les mains bien serrées, qui nous font suer, qui nous font remonter le tee-shirt de chaleur, qui nous font sortir la cordelette…


Mais le gros morceau c’est après. On le voit bien d’où nous sommes: une barrière beige qu’il faut passer pour espérer continuer. Et il y a de la pente, sur les 11km, les 6 derniers se redressent. On en a bien conscience grâce à la visibilité accrue de la seule route qui monte, pas à la verticale mais quand même bien assez pour nous faire douter. Le courage, on l’a encore, mais la force… les jambes… les cuisses… le moral des enfants… Pas sûrs. La cordelette est ressortie pour m’aider à garder le rythme, pour garder une petite distance entre nous. On essaye de pédaler plus qu’avant pour ne pas être un poids trop lourd pour Sylvain et Emma qui pédalent. Ça marche. 4,5km de parcouru lors de la première pause. 2 de plus à la prochaine. 2,5 encore avant que le Couillot ne tombe sur la route, sans gravité pour Raphaël et moi, juste la frayeur pour la voiture derrière qui a bien stoppé. Cette pause est plus longue, histoire de reprendre des forces avec des tomates, des gâteaux, du pain… à 16h30 déjà. C’est que le temps passé dans cette côté s’étire et est proportionnel au nombre de coups de pédalages ou aux gouttes de sueur! On arrive à se détendre avec des petites pierres jaunes trouvées par papa qui pourraient servir de trésor pour une des histoires imaginaires des enfants.
On a repris du poil de la bête, et on se fixe la fin de cette pente à 2,5km de notre terrain de jeu, incompatible avec un bivouac malheureusement. Alors, on continue et on y arrive bien sûr! Et sans cordelette. La volonté fait des miracles.

Encore quelques kilomètres et nos yeux sont à l’affût de la moindre parcelle plate sans buissons piquants… Cela arrive au second essai, dans une descente avant le hameau de Laguna Auquinco. Une sorte de carrière de cailloux est propre et nue. Sylvain et les enfants y font un tour, pendant que je retiens le vélo dont la béquille ne tient pas dans la pente. L’endroit sera parfait pour nous ce soir. De la poussière mais vraiment vu l’heure, nous serons mieux ici tranquille, seuls, et les enfants ravis avec les tas de sable!


C’est parti pour le montage, la mise en place dans l’étuve de l’intérieur en plein soleil sans vent pour le coup. Et puis à la suite, pour éviter plus de saleté sur les vêtements des loulous qui se délectent de ce lieu propice aux explorations, aux sculpture, aux jeux d’aventurieres, vers18h30, on se réfugie devant le dessin animé: les aristochats. A force d’avoir entendu les chansons dans la playliste Disney aujourd’hui, Raphaël avait envie de le voir. Un retour en enfance pour nous aussi les parents avant de cuisiner dehors.


La suite fut rapide: le repas au chaud dans l’abside car la nuit est venue, le passage à la salle de bain dehors, l’écriture en musique dans le casque et le visionnage d’un film, le passage de 2 chiens errants qui ont fait peur à Emma en grattant près de son côté de la tente… Il est déjà bien tard lorsque j’éteins la partie « Notes » de mon téléphone mais pas la partie musicale pour sombrer tranquillement avec Tom Odell…

2 commentaires sur “Argentine – J687 et J688 – Le tour du Volcan El Tromen

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  1. Bonjour tous les 4,

    Insomnie mais pas grave me voilà repartie en Argentine pour 2 jours, pas de côte,pas de sable ,pas de vent, et pas de soleil pour moi.Par contre que de belles photos et explications sur votre quotidien.
    Vous êtes tellement petits au milieu de ces immensités colorées, mais grands dans la tête, encore de la tenacité pour gravir les dénivellés , malgré les bobos, la fatigue les kms sont avalés , bravo.
    Vraiment l’Argentine donne envie de voyager c’est trop beau et tellement émouvant .
    Merci de me faire voyager et gratuitement de surcroit!!
    Plein de gros bisous à tous les 4

    Aimé par 1 personne

  2. Maligne cette petite souris, qui brave tous les dangers, pour arriver à bon port, où que vous soyez, bravo à elle.
    J’espère que la chute n’a pas été trop importante pour vous deux , sans gravité et surtout pour le Couillot. Je vois que Sylvain est le roi de la rustine, je me mets à penser que le jante du vélo n’est plus qu’une rustine géante !!
    Prenez soin de vous bizz

    J’aime

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