Pérou – En route pour les montagnes aux 7 couleurs – J563 et J564

J563 – Mardi 9 novembre – Cusco à Ttio 61km D+ 481m


Quel bon réveil après une bonne nuit au chaud avec le soleil qui me réveille et Sylvain à 6h30… Cela nous a fait un bien fou d’être entre 4 murs mais surtout d’avoir 2 chambres et plus d’intimité, plus d’espace, comme à la maison! Mais notre drogue nous reprend, l’appel du Sud, Puno en ligne de mire. Un bon petit-déjeuner entre adultes puis les enfants pendant que l’on essaye de rassembler toutes les affaires mises aux 4 coins de l’appartement, sous les meubles… On est autant capable de passer des cols que de mettre le bazar dans 60m2. Mais efficacité nous voilà, et à 8h30, nous quittons ce cocon.

Cusco est une ville très étendue, dans ce fond de vallée entourée de montagnes comme on les aime… et en descente, encore plus! Quasiment dès le début, une piste cyclable nous permet en sécurité d’avancer dans ce milieu urbain, parmi les voitures et feux tricolores. La ville retrouve les traits des autres villes péruviennes, de la musique, des couleurs, des échoppes au même thème dans la même rue, des fresques Incas, des petites maisons sans prétention, des femmes en habit traditionnel, des taxis à fond, des vendeurs avec leur dictaphone… et nous! On déambule, tranquillement, on rattrape les pistes cyclables, et on longe l’aéroport international de la ville. Pour en sortir côté sud-est, nous prenons la « Via Expressa », 2×2 voies avec ces petits ponts à remonter qui nous surprennent par leur petite côte, tout comme les innombrables dos d’ânes, véritable tape-cul!! Et il y en a beaucoup qui nous casse notre vitesse pour sortir de cet entonnoir.

La banlieue de Cusco se résume sur cette portion à des magasins qui vendent du bois, des briques ou des matelas, à des villages qui sont de véritables capitales nationales de quelque-chose:
Tipon, Capitale nationale du Cuy  (cochon d’inde qu’ils cuisinent), d’où les innombrables « cuyeria » sur le bord de la route.
Oropesa, Capitale nationale du pain, avec là aussi, tout autant de panaderia vendant des pains ronds, plats, aux céréales, au lait ou au chocolat (et que nous dégusterons!) mais taille XXL. Beaucoup de trafic, de mouvement et de pot d’échappement aux fumées noires sur cette portion qui passe très vite mais où l’on se sent essoufflés. 


Puis la vallée se rétrécit. Cusco n’est presque plus, les montagnes donnent l’impression de nous barrer la route. Mais il y a bien un passage derrière un petit col. Avant cela, nous cherchons un endroit calme pour se poser un peu. Il est 10h30 et on a très bien avancé ce matin. Rien ne sert de se presser. 30km ont déjà été foulés. C’est fou comme parfois ils passent rapidement ces kilomètres. Raphaël comme moi avons l’impression de n’avoir pédalé que 10km. Mais vaut mieux que ce soit dans ce sens-là ! Alors, la pause se fait auprès du lac Huacarpay, sur l’herbe, à l’ombre, avec un peu de vent. Très bucolique et reposant avec ces montagnes autour. Comme un cratère de volcan rempli d’eau. On souffle, on prend le temps.


Le soleil cogne beaucoup depuis ce matin, et lorsque nous remontons sur la route après cette pause, le vent du nord nous rafraîchit bien pour terminer les 2km de côte avant les ruines de Rumiqullqa. Le site ne paraît pas très grand, mais ces ouvertures dans ce mur nous impressionnent. De véritables portes d’accès à la vallée et à la ville de Cusco en venant du Sud, on imagine aisément la fonction de ce mur érigé ici. La vallée étant si étroite à cet endroit que le mur touche les 2 versants, que les montagnes sont reliées par cet édifice. Une belle surprise.


La route continue en descente maintenant, vers la ville d’Urcos et sa lagune (possible halte pour la nuit, mais sa situation dans la ville ne nous rassure pas pour une nuit sereine). Nous ne sommes plus seuls à présent. Des nuages gris, noirs nous poursuivent, avec le vent qui nous les ramènent encore plus vite… Les vestes de pluie sont mises à l’arrêt suivant en plein centre ville, sur la plaza de Armas avec sa monumentale statue d’indigènes (dont Mickaela Baptistas), le temps d’y faire quelques courses en y oubliant l’eau. Et quand on n’a pas de tête, on a des jambes, alors j’y suis retournée pour cela. Mais la perte de temps de nous enchante pas. Ici, c’est orage tous les jours depuis l’entrée dans la saison des pluies.

Alors on file, pour la dernière petite côte de la journée jusqu’à l’intersection pour la route de Puerto Maldonaldo, portail de l’Amazonie. Ensuite? Une jolie descente sur un flanc de montagne, en suivant la rivière Vilcanota parmi les cultures de maïs, le bétail, les maisons disséminées, la forêt. 9km ainsi, sans pouvoir bivouaquer, sans pouvoir aller au fond d’une petite vallée avec l’entreprise de bois (comme espéré). On ne le sent pas, et faisant confiance à notre intuition, nous continuons pour 7km encore sous quelques gouttes. Ttio. 14h41. Une hacienda ouvre ses portes aux travailleurs bénévoles contre le gîte ou aux voyageurs pour camper. Pile notre profil! Accueillis par des chiens, Luis, le propriétaire des lieux nous propose même un toit pour la nuit, une chambre dans un établi où nous montons la tente pour avoir notre cocon du soir. Notre propre bulle.

Et nous faisons le tour des lieux avec lui qui recueille les chiens errants. Les enfants s’y habituent bien, et ont même leurs chiens préférés : Coco, Negra et Beiji, dont ils ont inventé les noms. La cuisine ouverte est utilisée par tout un groupe de jeunes américains, allemands et finlandais. Nous mangeons enfin notre déjeuner/dîner parmi eux, pendant une partie d’échecs. L’ambiance est cool. Les chiens viennent pour quelques caresses, alors c’est difficile de manger en même temps pour Raphaël et Emma.

L’après-midi est bien entamée entre les jeux des enfants, les chatons à voir, les chiens à caresser, un film à regarder, une journée à commencer à écrire, des jeux à inventer avec les chiens, le feu allumé pour les pierres du sauna à admirer dans la pénombre, les étoiles et la lune à contempler… 20h déjà lorsque nous nous mettons au lit après une petite fringale dans la chambre, à 3214m ce soir.

J564 – Mercredi 10 novembre – Ttio à Checacupe – 38 km D+ 555m


Comme chaque matin, l’ordre de réveil ne change pas pour le premier : Sylvain, qui lorsqu’il me réveille à 6h30, a déjà mangé dans la cuisine ouverte. Il profite du soleil devant la porte avec tous les chiens. Les vélos sont dehors, prêts à attendre les sacoches. Mais c’est nous qui mettons du temps à tout organiser. Surtout les enfants qui préfèrent jouer dans la tente sans s’habiller, sans plier leur duvet, mais bien en s’éclatant et mettant bien le bazar dans les affaires pendant que nous, les parents, fulminons après 15min de répétition, toujours les mêmes phrases non entendues! Enfin, les jeunes sortent et partent petit-déjeuner à la cuisine avec les chiens. Ouf! On est sauvé, on va pouvoir ranger, dire au revoir à tous ces « workaway » et partir à la suite à 8h52 très exactement.


Le Rio Vilcanota et la vallée entourée de montagnes nous montrent la voie aujourd’hui. Nous ne quitterons ni l’un ni l’autre, ni le ciel bleu au-dessus de nous, ni les nuages gris derrière nous, ni la légère pente croissante avec ces surprenantes petites côtes qui nous essoufflent, ni le vent dans le dos. Les teintes montagneuses sont dans les jaunes, avec à leur base des forêts de conifères, comme une impression du Montana. L’agriculture a pris la place dans le fond de la vallée que nous remontons. Le maïs y est roi, à l’inverse de l’amabilité de ses habitants. La surprise viendra de là, de ces regards noirs, de ces non retour à nos bonjours, de ces gringos criés pour nous. Plusieurs villages sont traversés par la route dont Quiquijana. Et dans ces lieux, l’ambiance est pesante, aucun sourire à l’horizon. Et de suite, on se sent mal, sans jus, sans motivation sauf celle d’arriver vite ce soir… oui, mais où ? Même les hôtels ont la même réputation. La journée va être gaie! Elle sera dure alors que nous ne ferons que peu de dénivelé. Mais sans cette chaleur humaine, l’aventure est vite différente.


Alors on pédale, on ne s’arrête pas, juste pour aller aux toilettes. Mais, notre situation aurait pu tourner plus dramatiquement lors de l’un d’entre eux. Près d’Accopata, Emma sur le côté, nos 2 vélos sur la bande d’arrêt d’urgence (plus large à cet endroit, d’où notre arrêt plus « secure » ici), Raphaël après les vélos protégés, nous 2 près de nos engins en train de boire, nous nous posons. Quand une camionnette dans notre sens, sur sa voie, nous aperçoit et se met à rouler sur la bande d’arrêt, fonce sur nous puis bifurque au dernier moment sur sa voie, les 2 hommes dans l’habitacle le sourire aux lèvres de nous avoir vu paniquer devant leur manœuvre. Jusqu’où ira cette animosité envers nous aujourd’hui ? Comment peut-on trouver cela drôle? Dépités, on veut au plus vite quitter cette région.
Le paysage est juste regardé pour moi. On ne joue même pas au panneau avec Raphaël. Trop sensible, cela me touche que l’on ne nous renvoie pas nos bonjours ou nos sourires. Je me focalise sur mon pédalage et la musique. Pourtant « que la montagne est belle! ». Christophe a bien raison. Ou Nino Ferrer? Ou bien Jean Ferrat? (Une vérification de notre part sur internet sera nécessaire pour ne pas écrire de bêtises! Oui, je sais, honte à nous!). Elle en impose, elle nous cerne, nous guide, nous force à prendre l’itinéraire vers le sud par les failles qu’elle nous laisse. Et on se laisse aller, on suit cette direction sans faire d’écart, sauf pour les chiens qui nous aboient dessus dont deux qui verront mon bâton de près pour protéger Raphaël. Même les chiens s’y mettent!!


Allez, une petite pause avec pain et chocolat pour remonter les troupes et se fixer un objectif, le village de Checacupe 24km plus loin pour y manger. Alors on roule, pour rouler, pour prendre tout de même des photos, pour expliquer aux enfants l’importance d’être poli et son incidence sur les autres, pour se frayer un chemin parmi les maïs, parmi les moutons sur le bord de la route, pour fuir devant les nuages menaçants derrière nous, pour apprécier les premiers signes d’un autre district: une main levée. Au péage de Saylla. Du coup, on se sent mieux pendant les derniers 14km, car la suite est dans la même lignée: des buenos dias et tardes, quelques sourires, sur le bord dans les champs, sur les zones de travaux, les vendeuses… Plus que 2 villages avant d’arriver sur Checacupe.

Sur la route principale, nous profitons d’une spécialité culinaire du coin: le queso frito, fromage frit. Une première et on aime tous! Il est déjà bien tard quand nous finissons nos almuerzos, l’envie de faire les derniers 8km avant la bifurcation pour la montagne aux 7 couleurs de Palcoyo, a disparu. Quelques hôtels figurent sur la carte dans ce village de Checacupe, dans le centre ville. Nous tentons de les trouver en passant par la Plaza de Armas, face au temple de l’Immaculée Conception. La place est jolie, accueillante avec ces arbres et cet édifice religieux. Des hommes travaillant pour la ville nous entendent demander notre chemin et se proposent de nous emmener à un hôtel en vélo. Nous suivons l’un d’entre eux pendant que le second nous souhaite la bienvenue. Malheureusement, l’hôtel en question est du très haut de gamme, hors budget pour nous, que nous comprenons qu’après avoir visité la chambre dans une ancienne hacienda rénovée avec son patio. On s’est mal compris sur le prix, pensant ce qui est le prix de la chambre, est en fait le prix par personne. Dommage car la propriétaire était très sympa! Pas grave, on repart à la chasse, parmi les ruelles du village, les travaux de chaussée, les tas de gravats, l’aide d’un homme pour nous faire passer et trouver un hôtel, la visite d’un second hôtel, nous arrivons où nous dormons ce soir. Un restaurant fait également hôtel. Bon, ce n’est pas le même standing que le précédent. On est plus sur du « partage de salle de bain » et du « chambre dans la cave » sans trop de lumière. Mais la cour et le jardin sont rafraîchissants et la famille sympathique.

Les enfants y passeront du temps à jouer au ballon ou à bricoler sur une table, tranquille. Puis, ayant trouvé un moyen de locomotion pour le lendemain pour aller à Palcoyo, nous nous promenons dans le village à pied, parmi les monticules de terre, véritable terrain de jeux pour Emma et Raphaël. De retour auprès du temple, de la place, nous découvrons le Pont des Incas, pont fait en bois et en peau d’animaux. Les enfants adorent passer sur la passerelle à tour de rôle, pendant que Sylvain photographie. Je profite du moment pour m’asseoir et écouter l’eau de la rivière dessous. Je ne ferai qu’une traversée avec la forte odeur d’animal dans les narines.

Une sculpture de condor attire nos regards au-dessus de nous. Nous y montons et découvrons tout un parc de sculptures faites uniquement de pneus, taillés, coupés, tordus et peints. Très artistique, on est bluffé par le travail effectué et le rendu de ces indigènes, lamas, félins…


Retour vers l’hôtel après des passages sur la passerelle aux poils d’animaux, une pause sur un muret sur la place pour flâner, des achats de fruits et de légumes pour demain notamment, des jeux par-dessus les tas de gravats au milieu de la rue et une petite promenade pour profiter de la vue sur les montagnes. Ce petit village nous a beaucoup plu, parusines architecture, sa douceur et son accueil tres sympathique. Douche pour les garçons, finissant à la tombée de la nuit, nous les filles, serons moins courageuses au vu de la fraîcheur actuelle. Ce sera pour demain!


Préparation de la salade dans la chambre pendant que les enfants lisent leur livre chacun sur leur lit, sous les tonnes de couvertures et polaires. A 19h30, les lumières seront éteintes officiellement mais des petits résistants continuent de lire ou de regarder un film ou d’écrire… jusqu’à 20h à 3441m ce soir.

Demain on se lève tôt (trop pour moi: 5h!), nous allons visiter le site de la communauté de Palcoyo: les montagnes aux 7 couleurs et la Forêt de Pierres… en voiture!

6 commentaires sur “Pérou – En route pour les montagnes aux 7 couleurs – J563 et J564

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  1. A ce que je vois l’accueil n’est pas le même partout et ça doit être dur de ressentir cette hostilité même envers les enfants heureusement depuis que je vous suis c’est plutôt rare et vous reprenez vite le moral grâce aux beaux paysages et aux belles personnes… merci pour les photos
    Continuez bien à bientôt 😘

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    1. Nous le savions qu’au sud de Cusco l’accueil n’était pas au top (sur une appli de voyageurs, beaucoup l’avait marqué). Mais nous faisons avec!! Comme vous dites, c’est rare, heureusement, mais pas toujours compréhensible pour les enfants.
      Merci et à bientôt

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  2. bonjour! j’ai été un peu absente ces derniers temps … mais je vous suis toujours et ai tout lu
    quel courage pour arriver à Cuzco !
    Là, la route est moins dure si je puis dire mais vous avez traversé un territoire hostile humainement parlant : peur du virus ? ou bien ils n’apprécient pas les étrangers ?
    J’espère que ce sera mieux par la suite .
    bon vent (dans le dos)

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    1. Bonjour Anne!
      Et oui, on se disait que cela faisait longtemps que l’on n’avait pas de nouvelles de vous!! On est heureux de vous lire.
      Enfin, Cusco, notre objectif…maintenant c’est la Bolivie en ligne de mire.
      La route est moins dure, mais le moral est parfois en berne quant à l’accueil. On ne sait pas trop la raison, même si déjà avant le virus, des voyageurs avaient ressenti cela.
      Merci et à bientôt!!

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  3. Bonjour les aventuriers,
    Encore de beaux paysages qui adoucissent le comportement irresponsable de certains locaux .
    Je ms souviens des ruines impressionnantes de Rumiqullqa ,mais de Cusco à Puna j’étais en bus local , aucun mérite!!
    Bonne continuation à vous, bisous bisous

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  4. Quel travail d’artiste : ces sculptures d’apparence humaine et magnifiques à admirer, les enfants ont dû être ébahis devant ce « musée » à ciel ouvert, très original !!! Depuis le début de cette aventure rares ont été l! animosité de certaines personnes à votre égard, heureusement mais la vie est ainsi faite, pas facile pour vous je le reconnais, courage et gardez le sourire !!!!😃😃
    Prenez soin de vous bizz

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