Pérou – Tests de résistance pour la tente… J568 et J569

J568 – Dimanche 14 novembre – Machu Huasi à Quesca 62km D+35m (non, non, on n’a pas oublié de zéro !)


1ère réveillée ce matin, et ce n’est pas un poisson d’avril ! 5h40, les yeux bien ouverts mais aucune envie de sortir de mon duvet bien chaud, je laisse Sylvain se lever 10min plus tard et aller chauffer l’eau pour le thé/café. Il a plu toute la nuit. Les enfants se réveillent également et on profite de ce dimanche pour avoir le petit-déjeuner au lit! Céréales et bol de thé sont passés par l’ouverture de la fermeture éclaire. Un vrai luxe que nous apprécions dans nos duvets. Sylvain préfère prendre en photo le panorama autour de nous… et il a raison! Il a neigé à 100m au-dessus recouvrant les montagnes sombres d’un léger voile blanc. Magnifique! Même Raphaël et Emma font des photographies. On pourra bien le contempler en rangeant nos affaires avec le soleil qui grapille et arrive à notre tente. Il est 7h35 lorsque nous quittons ce bivouac près de la rivière pour redescendre sur la route asphaltée.


Machu Huasi et Picchu sont les 2 premiers villages que nous traversons au bord de la rivière qui, cette fois, descend! C’est bon signe pour nous en ce début de journée: nous descendons avec le soleil, et tous nos vêtements longs et chauds qu’il est possible d’enfiler. Alors commence 7h de vélo parmi l’altiplano péruvien: des montagnes et collines jaunes d’herbes, des sommets de la fin de la cordillère enneigés, abrupts, sombres par leurs rochers saillants, des maisonnées éparpillées, des ruisseaux et cascades venant de toutes parts. Et on va vite parmi ce décor sublime, montagneux… jusqu’à la fin de cette belle descente, trop vite arrivée pour moi. Maintenant, il faut pédaler! Mais heureusement, le photographe s’arrête souvent et nous aussi! On se sent privilégiés de déambuler parmi ces paysages, comme s’ils étaient là rien que pour nous. Nous ne rencontrons pas grand monde sur la route, juste quelques chauffeurs de camion et des agriculteurs. Le soleil cogne bien et les vêtements enlevés, sont accrochés un peu partout sur les vélos, à l’aide des tendeurs ou de ce qu’il en reste.

La matinée passe vite jusqu’à Santa Rosa, le grand village du jour où le ravitaillement est nécessaire pour la famille. Et elle a faim la famille, comme moi pendant les achats! Lait, pains, pains au fromage (cuit au feu de bois), chocolats, bananes, pommes de terre chips, jus de fruits! Un vrai buffet que nous entamons à la sortie de la ville dans un petit parc au soleil à 10h, après 27km. Ça fait beaucoup de bien de rôtir au soleil sur le banc. C’est juste après que le vent s’en mêle et de face évidemment. Nous longeons la voie ferrée qui fonctionne encore avec des trains de marchandises. Un train d’ailleurs s’arrête à un passage à niveau, à Chuquibambilla, dernier lieu-dit avec 2 guitounes servant de supermarché, où viennent les conducteurs de ce train! Nous aussi, nous nous arrêtons avant les 20km de ligne droite déserte. L’occasion se présente pour remplir 18litres d’eau potable. Les quelques rivières que nous avons approchées sont soit à sec, soit polluées de déchets en tout genre.

La prochaine ville se trouve à la fin de cette ligne droite, mais nous préférons nous arrêter avant si possible, dans ces contrées plus naturelles, en évitant à gauche les gros nuages noirs qui se déversent et les nuages blancs à droite qui font de même. On a ressorti nos vestes de pluie pour les averses ponctuelles. C’est limite un jeu de cache-cache avec la pluie et le soleil durant tout l’après-midi. De passage devant une fabrique de fromage et yaourt, nous nous y empressons et ressortons avec 1kg de fromage d’ici et 1litre de yaourt à la fraise fait-maison. Il ne faut pas lâcher une famille de morfale n’ayant pas suffisamment mangé la veille dans des magasins!

On devient plus sérieux sur les quelques kilomètres suivants où nous devenons chasseurs de bivouacs. Pas facile, tous les terrains sont privés, cultivés ou occupés par du bétail. Si seulement les nuages noirs qui s’accumulent à notre gauche n’allaient pas dans notre direction, nous serions plus sereins. Mais c’est la saison des pluies maintenant, on le sait. C’est pourquoi à 14h30 on demande à des locaux de pouvoir dormir dans leur champ. Ce n’est qu’après la seconde tentative, un coup de fil, une attente du propriétaire sur sa moto puis une discussion, que nous pouvons planter notre tente à 100m de sa maison, dans un champ vide, contre une propina (pourboire). La tente est rapidement montée et tout est organisé à l’intérieur quand la pluie nous tombe dessus.

Mais elle n’est pas seule! Je transformerai la phrase plus haut en : « c’est la saison des orages maintenant ». Et celui-là, il est venu, il a vu, il a vaincu notre tente bien sèche. Si ce n’était que de la pluie, des éclairs, du tonnerre, du vent, on ne se serait pas inquiétés. Mais la grêle a déferlé pendant 30min, en rebondissant sur la toile de tente (avec l’inquiétude qu’elle s’éventre), en s’accumulant au sol sur 10cm tout autour de la tente, en faisant toucher les 2 toiles de la tente… La peur a commencé à venir. Peur pour la tente qui nous protège, vu la force des impacts. L’orage arrive, l’orage est sur nous, l’orage gronde et fait trembler tout autour de nous, accroupis sur nos duvets, sur nos matelas pour être isolés du sol, les pieds joints. J’en profite pour faire de l’école ludique pour distraire les enfants. L’orage passe… mais n’est pas terminé? Des éclairs encore arrivent. Plusieurs orages ont éclaté, à l’Est et à l’Ouest et ils passent à tour de rôle pendant 1h au-dessus de notre tente. On l’a bénie. On est heureux de l’avoir achetée, car elle a résisté à tous ces assauts, jusqu’au vent qui s’engouffrait, jusqu’à ce craquement énorme à quelques mètres de notre maison si fragile ce soir. Elle a tenu, elle nous a protégés même si elle a pris un peu l’eau par en-dessous. On fera avec! Les grêlons sont toujours agglutinés aux abords. Alors Sylvain, avec une de nos assiettes en plastique (on n’a pas de pelle bien sûr, trop lourd!), les éloigne pour éviter le trop plein d’eau qu’il y a déjà, lors de la fonte. Il renfonce les piquets et retend la tente. Il est trempé en rentrant dans la chaleur de notre « chez nous ». On se met tous sous les couvertures, les enfants faisant école dans ces conditions, puis de la lecture. C’est qu’en plus de l’humidité ++, il fait très froid. Nous sommes à 3939m d’altitude. On réagence nos affaires et le repas est pris à la suite, pour une fois, à l’intérieur de la tente, sur les matelas qui nous protègent maintenant du sol trempé. Un bon repas, serré, mais qui nous réconforte avec la pluie qui ralentit. C’est le signal pour foncer aux toilettes. Tout le monde s’est retenu pendant des heures. On finit de manger par des petites touches sucrées bien sûr. Il nous manque un bon thé ou café bien chaud, ce sera plutôt des câlins. On range tout comme on peut, en protégeant les vêtements et les livres des parois et du sol. A 19h, ce dimanche, la pluie a cessé, on entend les oiseaux, on entend les enfants tourner les pages de leur livre respectif, puis on éteint tout 30min plus tard, fatigués. 

J569 – Lundi 15 novembre – Quesca à Pucara 41km D+33m

Bien dans nos duvets, nous avons du mal à en sortir ce matin, mais il le faut bien, et puis l’envie d’avancer vers le sud est bien plus forte que cette fraicheur humide. Nous petit-déjeunons dans l’abside et la tente sur les matelas qui nous protègent de l’eau accumulée dessous, attendant le soleil pour nous réchauffer et sécher nos affaires. Il arrivera le temps de se brosser les dents, le temps de ranger ce qui est sec, le temps de mettre sur nos vélos nos matelas trempées, le temps que les enfants s’éclatent. Eux, nous surprennent. Ils sont heureux avec n’importe quoi, ils profitent à fond de ce que la nature leur donne, ils ont la banane tout le temps! Et donc ce matin, c’est un matin de Noël avec les restes de grêlons qui ont un peu fondu dans la nuit et ressemblent à de la neige. Il n’en faut pas plus pour faire des bonhomme de bois ou des Olafs.

Notre départ est tout de même effectif à 7h30. Pas mal, non? Et en plus, le ciel est dégagé, il y a peu de monde sur la piste puis sur la route asphaltée et le plateau péruvien est plat!

On commence la route tranquillement sur 8km seulement, jusqu’à une place sur la ville d’Awari. On arrive pas loin de Juliaca (ville dont la réputation dans le milieu de la cocaïne n’est plus à faire) et nous voulons savoir où nous dormirons en avance, pour une fois. Cet arrêt est aussi utile pour Sylvain qui essaye de confectionner le support du téléphone que j’ai cassé en prenant son vélo avant Cusco. Pas de pièce en plastique trouvée, alors notre « MacGyver » taille dans un os creux, la dite pièce. Les enfants comme toujours, jouent avec les bancs au soleil et la structure en béton pour s’en faire un toboggan… Mauvaise idée : les poches de leur pantalon de randonnée n’ont pas survécu. Heureusement, je suis devenue expert en couture, et j’arrive même à rester assise, concentrée et calme pour le faire.


On repart sur notre plateau péruvien andin à traverser avec de superbes nuages blancs et du ciel bleu, sans avoir pris de décision pour un logement à Juliaca et sans nouvelle pièce, puisque l’os a cédé. Il nous reste encore un peu de temps… vu notre pédalage! Des travaux de goudronnage à la sortie de la ville nous font passer dans l’herbe avant d’entamer une belle ligne droite, elle aussi en travaux, sans arbres, sans habitations, juste du bétail, du vent, du soleil qui nous grille au milieu des collines.

32km ainsi. 32km sans se démotiver, en ne trouvant que 2 parts de cake dans une tienda isolée, en mangeant du pain et beaucoup de fromage (notre kilo de fromage s’est pris une claque), en ne croisant qu’un village Tuni Grande dont le panneau d’accueil (enfin la troisième ligne) nous laisse perplexe (si d’ailleurs quelqu’un peut nous traduire la deuxième ligne???), en passant près de bovins dans leur champs pour arriver à Pucara.

Lorsque nous arrivons sur Pucara, la chose la plus importante pour nous est: acheter du bon pain! Et nous en trouvons chez une petite mamie super souriante, hyper méga accueillante! Et sa joie est communicative quand Juan, un cyclo espagnol arrive également dans le village. Il démarre son trip, depuis Cusco, il y a 3 jours. Chercher l’erreur: on a mis 6 jours, nous!!!! Aucun commentaire svp.
C’est avec lui que nous faisons le tour de 4 hôtels, dont 1 seul sera réellement ouvert. L’orage arrive à la suite avec notamment 21 éclairs vus par Raphaël depuis la fenêtre de notre chambre. Ah, ce qu’on est bien là! L’hôtel comme la chambre, est modeste, rustique, avec sa salle de bain partagée, pas vraiment propre… mais on y trouvera de l’eau chaude, chose improbable ici. Une bonne surprise en somme.

L’après-midi est déjà bien entamée quand nous sortons pour déjeuner dans le village et pour quelques courses, entre 2 averses. Le temps est propice pour se mettre au chaud tous les 4, dans nos 2 lits d’une personne et demi. Peu large, nous essayons de nous serrer pour regarder un film en famille. Le repas suit la projection, et à 20h, nous sommes déjà au lit dans ce village de Pucara, qui selon la légende, grâce à un taureau que les habitants voulaient sacrifier dans les arènes, trouva de l’eau grâce à ses cornes. Les jeunes du village refusent maintenant les corridas et vouent un culte aux taureaux, d’où le nombre incalculable de céramique à son effigie.

3 commentaires sur “Pérou – Tests de résistance pour la tente… J568 et J569

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  1. Conditions de bivouac extrêmes auxquelles vôtre tente a fort heureusement résisté.Ce test grandeur nature vous rassure quant à la qualité du matériel choisi,mais on perçoit sur votre vidéo l’appréhension du futur sur les visages.
    Vous aurez tout connu,téméraires en toute circonstance.
    Ça finit quand la saison des pluies?
    Bravo aux enfants pour leur faculté à jouer avec ce que la nature leur offre.

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  2. De plus en plus fort ! Sous l’orage, la grêle, les bourrasques, résister en gardant le sourire, vaincre sa peur, protéger les enfants. Chapeau ! Sylvain, tu es de plus en plus fortiche pour les photos. Je retiens celle de la longue route toute grise avec la ligne jaune en pointillé, nuages noirs, montagnes au loin, et l’unique exemplaire humain si ridiculement petit. Une photo d’art méritant de gagner un concours ! Chapeau encore une fois. Ah! il vous plaît cet altiplano ! Bonne continuation les aventuriers

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  3. Nous continuons à partager vos aventures et vos photos. Celle de l’en tête est d’un contraste superbe, couleur paille pour le sol et gris et noir pour le ciel !! waouh !!!
    La plus saisissante et qui donne des frissons devant ce paysage angoissant, cette grande ligne droite sur fond gris et noir et au centre cette ligne jaune , je dirais juste «  »époustouflant » » merci au photographe et reste admirative devant votre courage et votre volonté face aux éléments qui vous maltraitent depuis quelque temps et sur ce parcours particulièrement. Bravo mes petits chéris , vous êtes fabuleux. Prenez soin de vous quatre. Bizz 🥰🥰

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