Pérou – Nos deux derniers jours au Pérou – J582 et J583

J582 – Dimanche 28 novembre – Puno à Site archéologique d’Aramu Muru 71km


Les (bonnes) habitudes reviennent à 7h: mon réveil par Sylvain, le réveil des enfants, le petit-déjeuner ensemble, le tri et le rangement de nos affaires traînant partout dans la chambre, sous les lits, dans les draps… mais quelle joie de savoir que nous repartons. Malheureusement, rapidement, on s’aperçoit que l’on a acheté trop de choses pendant ces 9 jours: rien ne tient dedans! Il y a un truc qui cloche. Tout dépasse et on n’arrive pas à les fermer. Pourtant, c’est juste 2 livres en espagnol que l’on rajoute, mais on fulmine car forcément il faut les fermer ses sacoches vu la saison des pluies maintenant, et cela signifie aussi plus de poids!!! Ah non!!!
Sauf qu’il y a une raison. (s’il y a des enfants qui lisent ou écoutent, merci de les éloigner pour quelques lignes de peur de leur briser un rêve, une magie de fin d’année…). Mère Noël a fait ses courses de Noël pour toute la famille, a caché les cadeaux dans une grande sacoche… mais ils prennent la moitié de 20 litres. Et ces litres en moins se répercutent dans les autres sacoches! Mais impossible de le dire aux enfants. Et il va falloir tenir 1 mois. (Les courses ont été faites maintenant car à part La Paz, nous ne traverserons que des villages perdus et on voulait être sûrs qu’ils aient les 3 petits cadeaux qu’ils avaient demandé!).
Alors autant s’arrêter de marmonner, autant mettre des étages sur les sacoches arrière, autant accrocher des poches sur les côtés aussi pour qu’à 8h30, les vélos chargés soient prêts dans la rue.


Nous sommes réellement heureux de reprendre la route, de se retrouver en selle, dans notre bulle, de pédaler. C’est ainsi que Puno se dévoile, se dégage ce matin. Beaucoup de circulation malgré un dimanche, les feux tricolores s’enchaînent, les non réponses à nos bonjours aussi. Mais nous gardons le cap au sud, en longeant le lac Titicaca, en essayant de s’extirper de cette zone urbaine. Mais il en faudra des kilomètres pour cela (au grand dam de Raphaël), pour se sentir tranquille. Il faudra la journée en fait!
Le Lac est sur notre gauche et à droite, une chaîne de collines, de roches s’élève et se rapproche de l’eau. Parfois le passage est étroit entre les deux. Mais au moins, la route est plate, pas de passage de col!! Ouf! Alors on avance rapidement, avec un peu de vent, un peu de nuages, un peu de grisaille et beaucoup de visages fermés. C’est vraiment effarant, au point que l’on a capitulé: on ne dit plus bonjour. Sauf en réponse à une famille sur le bas côté dans le champ ou à la file de cyclo qui nous double lors d’un arrêt photo. Et oui, Sylvain en a pris des photos quand même. Des viscaches notamment cachés dans les rochers qui sortent pour manger les poubelles jetées sur le bas côté de la route.


Les 2 jours avant et après une frontière sont souvent le condensé d’un pays. Une sorte de résumé de ce que nous avons vécu ou une introduction de ce qui nous attend. Aujourd’hui n’échappe pas à la règle: sur l’accueil, sur la pollution. C’est étonnant.
Pendant les 27 premiers km, nous sommes ainsi entre lac, terres cultivées et ciel gris. Mais notre moral reste au beau fixe. On la voit presque cette frontière bolivienne, elle nous attend pour un nouveau chapitre. En attendant, on roule vite. Au 33ème km vers 11h15, nous perdons de vue le lac et entrons dans Acora. Beaucoup d’animations, de petits stands de jus, de vente de fruits et légumes, et hop, une banane engloutie avec des cookies (pour certains) et une petite discussion à un motard/cyclo, la famille reprend la route.

Prochain objectif: Llave. C’est bien le nom d’une ville à 21km au bout de la ligne droite où nous pourrions déjeuner. On ne peut pas se tromper, il n’y a qu’une route… Mais ils ne furent pas facile ces kilomètres. Le physique est là, étonnamment 24h après  l’injection de la 2nde dose du vaccin. C’est le stress qui nous empare, la peur parfois aussi. Les voitures vont vite, il n’y a pas de shouders alors nous sommes sur la route, sur leur route. Et leurs coups de klaxon ne sont là que pour nous dire de dégager! Clairement. Et comme nous ne comprenons pas, un taxi blanc viendra même nous frôler à à peine 1m à 80km/h (en y réfléchissant, vraiment moins d’un mètre). Alors nos bras se lèvent et les injures fusent. La peur et la rage se mêlent. A quoi bon faire cela? Avec les enfants? Quel est son but? P….. Et les klaxons continuent à l’arrière, alors on se jette dans les cailloux sur le côté, au risque de tomber. C’est ainsi mais cela nous donne encore plus envie de partir d’ici. Heureusement, le paysage a un peu changé. Des fermettes sont éparpillées de part et d’autre de nous, avec leurs petits murets de pierres blanches. Et il y en a. Ces murets d’un mètre de haut sont la délimitation de parcelles de 100m2. Cela en fait des murets mais cela colore le sol en terre noire ou en herbe verte.


Llave arrivera ensuite, où l’on nous refuse l’entrée dans un resto: pas de queso frito pour nous. Pas grave. On est habitué maintenant. On trouvera ailleurs sur le trottoir et avec un sourire en plus! Un bon repas assis sur le trottoir ou les tabourets tout en discutant avec notre cuisinière du jour, le temps que les nuages gris noirs chassent le soleil. Nos vélos attisent les curiosités des passants et nous y répondons avec plaisir. L’ambiance se réchauffe, notre moral aussi.


C’est reparti pour l’après midi. Un autre objectif, peut-être le dernier de la journée (tout dépend de la réponse et la possibilité de bivouaquer en ces lieux): un site archéologique qui autorise les campements. Allez, on pédale de plus belle… Le ciel s’assombrit fortement, dangereusement et les grondements avec! Et oui! Normal. 15km seulement selon roulés et ça nous va bien. Les sourires reviennent, les mains levées pour nous saluer également. Chacun sur son vélo à pédaler, je me permets de méditer, de réfléchir à ses rencontres péruviennes si fortes, à ses instants où l’émotion est palpable, à ses visages heureux. Et nous voilà dans un chemin de terre parcouru sur 600m pour accéder au site.

Mais que vois-je ? Une porte gravée dans une roche de plusieurs mètres. C’est notre site archéologique et peut-être notre camping du soir…. Aramu Muru et sa porte des dieux Hayu Marca, sculptée sur 7m de haut et 7m de large. Cette porte est taillée dans la paroi. Au centre se trouve une petite alcove de 2 mètres de haut. Et au milieu de cette « porte » se trouve une dépression circulaire. Quelle superbe surprise!
Surtout que l’autorisation nous est donnée de camper par la jeune très sympathique s’occupant de l’entrée. Devinez où nous sommes autorisés à poser la tente ? En face de la porte!!! Incroyable. Fou. Mais on se raisonne car les nuages gris sont toujours là et on a une tente à monter avant la pluie. Il est 16h lorsque nous sommes prêts à découvrir les lieux à pied!

Et ce n’est pas moins d’une heure de marche, de grimpe avec parfois des marches sculptées dans les roches et avec un nouveau compagnon: un chien, que nous déambulons parmi les roches qui s’élèvent, qui se trouent, qui abritent des oiseaux. Le vent se lève, mais nous nous sentons bien à gravir les marches, les sentiers, les cailloux du chemin et à suivre la crête. Et nous voici au point le plus haut, heureux d’apercevoir les montagnes enneigées, la Cordillère qui s’élève derrière le lac Titicaca que nous retrouverons dès demain. La vue est splendide bien sûr dans ces rochers. Et notre compagnon nous a suivi jusqu’ici, grimpant lui aussi avec ses griffes sur les rochers! La redescente est rapide mais nous émerveille tout de même avec ses oiseaux qui volent autour de nous. Sylvain reste en arrière pour les photographier de plus près.


Il fait frais lorsque nous retrouvons notre campement. Juste le temps de donner quelques croûtons de pain à notre copain, de jouer un peu dehors avec la terre et des cailloux, de gonfler les matelas et de mettre en place nos lits et vêtements, de lire, qu’il est 18h. L’heure de préparer les…. pâtes! 9 jours que nous n’en avions pas mangés, mais elles ne nous avaient pas manqué! La nuit tombe pendant la préparation et nous mangeons dans l’abside avec le vent qui se fortifie. On retend la tente… mais trop tendue, les fermetures éclaires intérieur ont du mal à fermer! Casse-tête du soir pour Sylvain et moi.


La suite? Et bien, au lit rapidement, au chaud, tous les 4 dans nos 4m2, Emma à la lecture, Raphaël à l’endormissement, Sylvain à l’écoute d’un podcast et moi à vous écrire. Vous m’aviez manqué sur ces quelques jours…. Je n’ose imaginer dans 8 mois à la fin du voyage! Pour l’instant, bercée par le mouvement de la toile de tente, je sombre à mon tour malgré la lumière du téléphone à 21h.

J583 – Lundi 29 novembre – Site archéologique de Aramu Muru à Desaguaredo 77km D+370m


Les jours se suivent mais ne se ressemblent clairement pas. Réveillés à 4h30 pour une envie pressente, nous avons le courage avec Sylvain de sortir entre les gouttes d’eau… Il fait déjà jour! Autrement dit, la nuit est finie pour nous 2 et nous arrivons à nous reposer jusqu’à 6h30 (ou 7h???). La pluie a cessé, juste un petit crachin breton qui refroidit et humidifie l’atmosphère. Alors ce matin, on se couvre même si on a quand-même un peu froid pour petit déjeuner. Raphaël en profite pour recharger les batteries avec 2 grosses tartines de Nutella péruvien et Emma idem avec le beurre de cacahuètes. Ils vont pédaler ces petits aujourd’hui ! Le rangement se fait sous la tente en fermant bien les sacoches avant de les accrocher sous le crachin, vestes de pluie pour les enfants, bonnets rangés pour mettre les casques, une dernière photo tous ensemble devant la « Porte des dieux », et l’on quitte le site à 7h58.


Le début de route est monotone, sûrement dû à la ligne droite, l’absence de place pour nous à droite, les nuages gris, le vent, les doigts qui ont froid sur le guidon, les mêmes conducteurs rapides qu’hier… comme un air de déjà vu! Mais… le lac appelle nos regards. Les 12 premiers km sont vite faits jusqu’à la ville de Juli que nous décidons de ne pas contourner. On bifurque en plein centre ville, l’occasion d’y trouver du pain, du chocolat et des bananes, juste après une belle montée en direction de la Plaza de Armas. Et oui, on a quitté le lac et sa planitude! Pas de passage à ses abords mais bien un petit col pour passer au-dessus de ces collines qui ferment le plateau au sud. Mais qui dit col, dit côte et surtout superbe panorama, sur le lac et la rive de l’autre côté. La descente suivante nous ramène plus près du rivage et une pause pour garnir nos estomacs avec une belle vue. Les voitures roulent toujours aussi vite mais la différence vient de l’accueil des habitants, bien plus souriants, la main levée, le sourire avec! Ça c’est bon.


La pluie cesse: pour les adultes c’est une couche imperméable en moins. Et on n’aura de cesse de monter et descendre pour passer les collines, entrecoupé de passage plat. Les occasions seront nombreuses pour le photographe de photographier ce lac, ces fermes de truites et ce « playboy » en veste argentée scintillante qui, par 3 essais, chantera une chanson d’amour pour une amie devant le lac. Nous roulons vite et avalons déjà 33km.


La route s’éloigne par la suite de cette étendue d’eau, et commençons à entrevoir les contreforts des montagnes boliviennes: la cordillère royale. La ligne droite est le sport nationale ici… encore une sur 42 km!
Le plateau s’est élargi, les cultures et le bétail sont les activités premières ici, entourées de murets de pierres. Les villages se succèdent mais sans restaurant, sans tienda, juste beaucoup de réparateur ou vendeur de quincaillerie. Aie! C’est l’heure de manger! Et en plus, on a mal aux fesses. Rien à voir…. mais la longueur de cette route, son absence de virage m’oblige à toujours être dans la même position! Et mon fessier n’est plus habitué. Les retrouvailles avec ma selle en cuir ne se sont faites qu’après 9 jours d’éloignement. Et bien, je le sens bien! Sylvain aussi ça me rassure… mais n’y change rien! Juste que je mets plus de temps, j’ai mal mais je dois continuer.

Un restaurant ferme, sa tienda voisine nous permet de pique niquer du pain, du fromage (qu’on finit!!), du cake à la vanille… et hop, plus que 35km. Sylvain pense me motiver ainsi, perdu! Encore 35km sur cette selle avec un vent de face qui force. Presque du plat, malgré des côtes surprises, qui nous essoufflent (surtout moi!) Mais encore et toujours une ligne droite. On oublie que l’on n’a plus 20 ans et que nous sommes à plus de 3800m. Mais le mental n’est pas atteint. Absolument pas. Une hargne en nous nous fait avancer encore plus. C’est alors les derniers chiens péruviens qui nous aboient dessus, les derniers lamas dans les champs que nous voyons, la dernière gorgée d’eau péruvienne, les dernières photos du pays, les derniers regards sur le lac Titicaca qui est revenu près de nous. On apprécie nos derniers instants dans ce pays parcourus du nord au sud, sur 3000km en 4 mois quasiment. On en a mangé des almuerzos avec sa soupe aux griffes de poule et son riz!!! L’envie de découvrir la Bolivie se fait encore plus grande que nous la voyons de notre route sur le rivage en face. Desaguaredo, la ville frontalière se situe au bout de l’entonnoir que constitue les collines sur notre droite et le lac sur notre gauche. Un seul passage possible. Les bonjours sont toujours présents. On révise notre jugement de la veille.

Et on se trouve un hôtel dans les premiers mètres dans la ville. C’est le bon pour la soirée. Edwin, le gérant, très curieux et ébahi par nos vélos, après discussion avec Sylvain sur notre voyage, nous commandera notre repas du soir et nous propose de nous emmener demain matin à la frontière, à la rivière. Aucune envie de sortir, la fatigue sûrement, nous incite à prendre une douche chaude, brûlante et se mettre au chaud pour préparer les derniers documents administratifs pour passer la frontière (tests PCR, passeports, formulaires de santé bolivien, attestation d’assurance pour nous 4).

Le repas chaud arrive à 18h30 (le seul du jour) et ne fait pas long feu. Un dessin animé, un podcast, de la musique, de l’écriture plus tard et il est déjà 21h. Les lumières s’éteignent pour laisser place à la dernière nuit péruvienne. Demain la journée sera longue aussi, toujours à la même altitude.

6 commentaires sur “Pérou – Nos deux derniers jours au Pérou – J582 et J583

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  1. Je vois que ce n’est pas facile physiquement de reprendre après cette interruption et à cette altitude les corps souffrent mais le moral est bien reboosté !!! Encore des belles photos du Pérou en attendant celles de la Bolivie…
    Bonne continuation à bientôt

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  2. voici le bout du bout du Pérou parcouru … pas toujours facile avec ces moments où on vous fait sentir que vous n’êtes pas les bienvenus ! heureusement , il y a aussi de belles rencontres et de belles découvertes !

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  3. Derniers kilomètres péruviens, derniers moments dans ce pays, dernières photos (toujours aussi sensationnelles) , particulièrement des photos de vous quatre qui me réconfortent personnellement …. et hop ! bientôt la frontière, nouveau pays, nouvelles rencontres, nouvelles aventures… on vous souhaite le meilleur. Prenez soin de vous bizz

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    1. Derniers kilomètres au Pérou parcourus non sans mal, pas par la dureté du paysage et des côtes mais de laccueil.
      Mais c’est le voyage et en ces temps de covid, la défiance est parfois plus soutenue.
      On continue tout de même pour la Bolivie!!!

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