Bolivie – Une entrée pas sereine – J584 à J588

J584 – Mardi 30 novembre – Desaguadero à Tiawanacu 50km D+97m


Vais-je arriver à tout écrire? Toute cette journée? A ne rien oublier? Vais-je avoir le courage de vous dire la vérité? Sans que cela ne vous fasse peur… Je me lance, non sans appréhension.
Le réveil fut difficile pour les adultes. L’hôtel est plein et cette nuit la discrétion n’était pas là. Les voisins furent bruyants au point de se disputer sur le palier en pleine nuit. Il n’en a pas fallu plus pour que cela nous empêche de nous reposer. Alors pas frais, nous commençons la valse des matins afin d’être prêts pour 8h. Nous discutons quelques peu avec ces chers voisins; des vénézuéliens qui essayeront de passer la frontière bolivienne ce matin. Toute une famille. Ils espèrent rejoindre le Chili. Depuis l’Equateur, nous en avons vu des familles sur le bord de la route qui ont fui leur pays, qui ont toute leur vie dans leur sac à dos et sur leur poussette, qui tiennent leurs enfants sur le bord de la route dans le sable ou la poussière, des jeunes avec leur tapis de sol qui marchent vers le sud. Le parallèle est vite fait avec l’actualité française et ce drame dans la Manche, ces migrants qui désiraient quitter leur pays, qui ont osé se déraciner pour une vie meilleure. C’est ce qu’espère cette famille vénézuélienne avec leur 4 enfants dont 1 plus petite que Raphaël. Notre migration à nous vers le sud est un plaisir, un challenge, un rêve… un rêve aussi pour eux sans le côté festif. Nous les laissons en leur souhaitant bonne chance pour ce passage de frontière, vers 8h. Petite photo, la dernière du Pérou et nous traversons la ville grouillante de Desaguadero jusqu’à la rivière.


Des centaines de lanchas attendent dans la rivière de pouvoir amener des personnes et les innombrables marchandises: animaux, cartons avec TV très grand format, sac de 50kg de riz, palettes de boîtes de conserves… et deux tandems. Oui, nous passons la frontière symbolique entre le Pérou et la Bolivie ici. Pas de dérogation pour nous, pas de frontière terrestre ouverte pour le Pérou ce qui signifie que ce 11ème pays refuse que nous sortions de son territoire par voie terrestre. Alors on prend la voie fluviale comme des milliers de gens chaque jour, dans les 2 sens, juste sous les yeux du poste de frontière sur le pont. Les vélos mis debout sur la lancha, il reste peu de place pour nous 4, pourtant 2 personnes de plus se joindront à nous sur cette barque en bois. Le propriétaire pousse son bout de bois et les 50m sont navigués. 5min suffisent mais cela a amusé les enfants qui n’ont même pas eu le temps d’être malade! Une première chez les Dem. On décharge les vélos (chargés des sacoches que nous n’avons même pas enlevées pour l’occasion!) et foulons le sol bolivien pour la première fois. 12ème pays.

Mais cette fois, l’entrée est particulière. Moins tranquille pour l’esprit. Même celle du Nicaragua nous paraît moins stressante et pourtant, ils nous ont fait suer là bas.
L’officialisation, la régularisation se fera à La Paz au bureau de la migration avec nos passeports, nos tests PCR fait à Puno, nos formulaires de santé Bolivien rempli et même l’assurance spécifique de voyage que nous avons avec nous! Il faut juste que nous atteignons ce bureau avant toute vérification par les douanes pour être en règle avec le gouvernement et les lois boliviennes. Oui, nous sommes des « migrants » pour 48h. Cela ne nous amuse pas. Mais après 9 jours de bataille avec les instances françaises, après être allé voir le consulat bolivien qui voulait bien de notre venue sur leur sol, et le bureau de migration péruvien qui acceptait de nous laisser sortir avec un seul papier signé…. de l’ambassadeur français, refusé, nous avons cherché ailleurs une solution: l’avion. 2h de recherche à Puno, sans succès pour trouver des cartons (même petits) pour les vélos, nous avons pensé retourner à Lima (même si cela nous faisait mal!!!) en 28h de bus mais sans pouvoir emmener les vélos! Et enfin, les billets d’avion Cusco – La Paz étaient au même prix que notre retour en France, alors qu’ici il n’y a que 300km de distance! Ce qui compliquait la suite de l’aventure, amputé d’un tel budget (que l’on a dû déjà rogné pour entrer au Pérou). Comme la Bolivie nous accepte, nous avons décidé de forcer le destin et de s’affranchir de l’interdiction de sortie du Pérou par voie terrestre. A ce stade, il nous semble que c’est un risque à prendre pour la poursuite de notre aventure…


C’est ainsi, que non sereins (surtout moi en fait), nous cherchons un bus pour nous emmener le plus rapidement possible à la capitale à 100km. Mais les 2 barrages sur la route complique notre affaire. Il faudrait mettre les vélos sur le toit du bus, que l’on descende du bus tous les 4 avant les postes et que le bus nous attende après le poste. Rien ne nous garantit qu’il nous attendrait après avec nos affaires. En tout cas c’est un risque démesuré que nous ne prenons pas. On décide, à contre cœur, de poursuivre à bicyclette sur la seule route qui rejoint La Paz.


Le paysage est beau, mais je n’y suis pas. Je n’en profite pas. J’appréhende. Je ne savoure pas ce lac toujours à nos côtés, ces collines où les petits villages construits sur ses flancs se succèdent, où les champs sont retournés avec des tracteurs pour le bonheur des mouettes rieuses, où les mains et les sourires reviennent ! Un sacré changement pour nous que ces femmes et hommes en habit traditionnel coloré et chapeau nous souhaitent la bienvenue.
Une belle ligne droite, cette « RN1 Desaguadero El Alto » jusqu’à Yanari où nous posons nos fesses douloureuses dans un champ pour notre goûter matinal. 15km à 11h. Enfin, à 12h nouvelle heure. En Bolivie, nous nous rapprochons de la France et ne sommes plus décalés que de 4h avec vous! Enfin, 5h car vous êtes en horaire d’hiver. Les téléphones sont remis à l’heure bolivienne avant de reprendre notre itinéraire.
La route est nettement plus agréable que les 2 jours précédents puisque nous avons un espace sur la droite, un shoulder, pour être bien en sécurité. Et les automobilistes sont moins rapides, moins proches et parfois même nous saluent. Je me détends un peu sur cette portion de 10km à profiter un peu plus et de réaliser que nous sommes ici. La péninsule bolivienne d’où est parti Théo avec ses 2 coéquipiers est en face. C’est juste après que nous quittons définitivement cette étendue d’eau navigable, la plus haute du monde, pour passer par le village de Guaqui.


Nous évitons le premier shakepoint militaire à 500m, comme 2 minibus arrêtés sur le côté qui laissent descendre des dizaines de personnes et leur bagage. Le détour de 7km se fait par les ruelles en terre et flaques d’eau, parmi les écoliers du village, les chiens et les cochons. Nous réintégrons la route principale avec de gros nuages gris au-dessus de nos têtes. Bien que nous ayons changé de pays, la météo et la saison des orages sont toujours d’actualité! Et comme nous ne faisons pas les choses à moitié, 2 orages nous surprennent. Ça gronde à tribord et à bâbord, comme un concert, comme une compétition pour savoir lequel des deux gronde le plus fort! On ne les départagera pas, on va surtout essayer de pédaler plus vite qu’eux pour passer entre, par cette petite fenêtre de tire que nous avons en face. Vainement. La pluie gelée nous rattrape, nous obligeant à enfiler coupe-vent pour les adultes et ponchos/pantalons de pluie pour les loulous. Comme une punition, nous pédalons avec le vent, les grosses gouttes qui nous fouettent les mains et le visage et nous font mal, les camions qui par leur passage nous soufflent toute leur eau sur nous de la tête aux baskets déjà trempées, (comme les sous vêtements!) et le moral dans les chaussettes (elles aussi mouillées). Alors c’est le craquage pour moi, les larmes ne se voient pas de toute façon! Il fallait que ça sorte, la fatigue, le stress de notre situation, l’inquiétude des orages qui continuent autour de nous alors que nous ne pouvons pas nous abriter dans les champs, le froid, la faim et cette ligne droite qui n’en finit pas.


La musique et le fait que Raphaël « ça va très bien » m’amène à me reconcentrer sur ce voyage et cette chance que nous avons. Et les forces reviennent car il ne faut pas lâcher maintenant. On doit avancer pour trouver un lieu pour protéger les enfants, se réchauffer et se nourrir.
Tiawanacu, sera ce lieu un peu plus loin. 4km à travers champ, sur des sentiers de cailloux parmi les troupeaux de vaches, avec un passage sur 2 rondins de bois pour passer une rivière avec ses canards au bec bleu et des jets de pierre des enfants dans la dite rivière, mais sans pluie. Sylvain fatigue, la mauvaise nuit accumulée au mal de tête et au manque de carburant depuis cette pause à 11h, les forces lui manquent. Le rythme diminue mais ce n’est pas grave. L’orage s’est éloigné, nous avons le temps.
La place principale est magnifique, avec son église de pierre taillée ocre, ses tiendas, son kiosque et ses nombreuses sculptures rappelant le site archéologique de la communauté. Il est 15h30 lorsque nous nous accoudons au restaurant Réal. La soupe maison me rappelle ma grand mère, la côte de porc et ses pommes de terre/RIZ nous rappellent les almuerzos péruviens. Pas de dépaysement de ce côté. On souffle enfin et réfléchissons à la suite, à ce soir. L’hôtel de la place est fermé. Les autres sont hors de prix. Quel repli?

Un bivouac! Il ne pleut plus, cela se dégage même et comme l’accueil est plutôt sympathique sur le bord de la route, on demandera l’autorisation à un agriculteur. Quelques courses en bolivianos (la monnaie nationale) avec un bon accueil et nous partons pour notre recherche sur la carreterra.
La confiance paye 5km plus tard, avec cette fermière qui ramène son troupeau de vaches et qui nous autorise à camper près du Rio Tantuyo, sur ses terres, sans aucune hésitation. Ce que cela fait du bien de ne pas se faire refouler, de ne pas avoir à argumenter ou supplier. Nous la remercions vivement car c’est vraiment salvateur. Les vélos poussés dans son champ, nous montons la tente au pied d’un talus, permettant aux enfants d’aller jouer au bord du ruisseau à quelques mètres de là! Du calme, pas de cris près de nous, ce qui nous fait du bien. Nous sommes littéralement H.S. ce soir. Alors une pause sonore est de bonne augure. Et eux? Ils s’éclatent. Ils ont trouvé et gravé des cailloux, nous en ont offert, ont joué les mains dans l’eau froide, ont construit une catapulte avec une motte de terre, un bout de bois et 5 cailloux! On a même droit à une représentation privée! La source d’eau fraîche nous permet de nous rincer les mains et de se débarbouiller avant de rentrer au chaud. Vu l’heure tardive, les lits sont installés, un grignotage dans l’abside est permis (avec de beaux petits pains) et au lit!

Sylvain s’éteint très rapidement et les loulous profitent de quelques minutes de jeux pour inventer un parcours sur leur matelas gonflable pour leur nouveau jouet personnel: une balle rebondissante jaune fluorescente achetée tout à l’heure à la tienda. J’écris pendant ce temps, sous la couverture polaire à 3894m. Les lumières seront éteintes pour eux avant 20h. La journée fut longue pour tout le monde, alors j’arrête une heure et demi après avec le son des camions sur la carreterra.

J585 – Mercredi 1er décembre – Tiawanacu à La Paz 73km D+542m D-1037m


« Le jour le plus long ». Un des plus longs sur le vélo c’est sûr, un des plus rudes car il a fallu puiser aussi dans nos forces physiques et mentales pour ne pas arrêter ou tout envoyer valser. Je n’ai d’ailleurs pas pu écrire le soir même, trop épuisée, n’ayant plus de force pour regarder la carte et me souvenir détail après détail de ces dernières heures pour vous les retranscrire. Ce n’est que le lendemain soir que j’essaye…
Le soleil est bien présent ce matin en sortant de la tente, sur le champ, et le petit-déjeuner est déjà prêt. Réveillée après les loulous, je suis prête et mange avant eux, le temps que Sylvain commence à plier et ranger. Les enfants ne viendront qu’après, préférant jouer entre eux et prendre leur temps pour s’habiller… au détriment de Sylvain qui bouillonne de ne pouvoir avancer (il faut dire qu’il est levé depuis 5h et trouve le temps long!). Mais tout s’organise ensuite comme une horloge, pendant qu’Emma et Raphaël vont s’amuser près de la rivière. Nous les récupérons au passage, et arrivons à passer la rivière sans tomber dedans ni se mouiller les pieds! On devient fort sur le Couillot.


8h à peine, lorsque nous empruntons notre route plane, pour l’instant, sur ce plateau et ses collines au Nord et au Sud. Le beau temps est revenu, le soleil nous réchauffe entre quelques nuages sur ces paysages nus de civilisation. Seuls les véhicules sur notre route sont signe de vie humaine. Les troupeaux paitrent de part et d’autre, des lamas ou des bovins, avec seulement un adulte pour les surveiller, assis sur le bord de la route, histoire qu’ils ne traversent pas. Nous pédalerons ainsi jusqu’à une jolie surprise de 300m de dénivelé. La route tourne vers la gauche pour oser affronter une de ces collines et passer au-dessus, bien sûr. La route est bien lisse mais n’est pas pour nous, car sur la droite l’espace nous est réservé, avec des cailloux ou des plis du revêtement. Casse fesses assurés! Alors on jongle entre le shoulder et la route, l’œil constamment au rétro. Et on la monte cette colline petit à petit, avec la chaleur arrivant.

Notre première pause se fait à 10h, à 4028m au mirador Lloco Lloco après 15km. La Cordillère Royale bolivienne se défend à l’horizon pour arriver jusqu’à nos yeux. Devant elle, des monts plus arrondis, puis la ville de La Paz, qui est cachée par Llaja, village à éviter… et notre ligne droite venant de notre positon avec une belle descente en perspective. Le panorama serait sympa s’il n’y avait pas cette décharge sauvage juste sous nos pieds au point culminant. Quel désastre… On décolle à la suite et foncons réellement vers le village de Laja. Un poste de police fait barrage sur la route à ce niveau. Pour mettre toutes les chances de notre côté pour arriver à la migration de la capitale, nous passons par le village par des chemins de terre qui nous font traverser la Plaza de Armas, remplie de locaux. On apprécierait cet espace, cette ambiance si nous avions le temps et si nous n’étions pas si stressés. On sort du village près des champs et reprenons la grande route.

La Paz, c’est tout droit. Le trafic s’intensifie. La poussière et le sable aussi. Tout comme les constructions non terminées en terre rouge. Nous avons roulé 14km encore, en légère côte constante, presque sans s’en rendre compte car l’esprit est ailleurs. Cette inquiétude est comme une ombre sur notre voyage. Comme un voile qui nous empêche de profiter sereinement de ce qui nous entoure. Mais nous devons rester concentrés à l’approche de la grande banlieue. Il est déjà tard lorsque nous nous arrêtons pour un almuerzo. Enfin pas pour tout le monde. Raphaël en a assez de manger ces plats avec le riz sec, au point d’en pleurer et préfère un sandwich avec un œuf que la cuisinière voudra bien lui faire, à défaut de lui en avoir trouver dans la tienda d’à côté.


La route s’accélère, le trafic devient invivable, tellement dense, chaotique, irrespectueux des feux tricolores. La vigilance est de mise à chaque instant, même sur la 2×4 voies avec cette cacophonie motorisée. Et c’est épuisant! Nous mangeons de la poussière et des effluves de CO2. Et dire qu’en face de nous, la cordillère royale s’élève toujours avec ses sommets enneigés. Comme une couronne blanche au-dessus de la terre rouge. Les 12km sont une éternité entre tous, pour atteindre El Alto sur les hauteurs de La Paz. On nous a recommandé de rester par là-bas et descendre en téléphérique pour éviter les 800m de descente dans le trou où est construit la capitale administrative la plus haute du monde et d’en ressortir forcément quelques jours après. C’est ce que nous faisons. Mais tout ne se passe pas si facilement. 15h nous y sommes, coincés dans les rues, qui chaque jour voient affluer des milliers de minibus blancs. Tout est tellement bloqué, que même les véhicules arrêtent leur moteur en pleine rue, que les piétons ont du mal à passer (et nos tandems aussi!), que nous pouvons discuter avec un motard sur notre gauche et un conducteur de ces minibus à droite. « C’est tous les jours comme ça! ». Pas cool. Tout reste ainsi quand nous décidons de passer par un autre chemin, en passant par des rails, entre des bus et des étals de marché, entre des véhicules stoppés sur la route. Jamais nous n’avons vu ça. Notre objectif, un hôtel recommandé, est à 900m. On ruse pour y accéder parmi les marchés de fruits et légumes. Mais on se fait refouler et on nous indique dans le quartier un autre hôtel. L’heure tourne et quand 16h sonne, nous n’avons toujours rien. Pire: Sylvain s’est fait refouler 3 fois, parce que nous sommes des étrangers. Pendant ce temps, des femmes d’un certain âge viennent nous recommander de faire attention et qu’ici, les hôtels ne nous aideront pas. Il y a trop de vols et de personnes non attentionnées. Bon, ok. On reste vigilants en attendant les recherches des garçons dans le quartier. Chou blanc effectivement. Solution de repli: chercher sur une appli sur internet une chambre d’hôtel et dégager d’ici. Sauf que nous n’avons pas internet. Nous avons pu ce midi avec la gentillesse de notre cuisinière, également propriétaire de la tienda d’à côté, acheter une carte sim bolivienne, et tenter de la mettre en fonction, sans succès. Alors, dans ce quartier, on tente de la créditer… non sans mal en nous baladant d’une pharmacie à une tienda, à sa voisine…. 17h. Internet dans les mains, nous réservons un appartement (moins cher qu’une chambre d’hôtel….) dans la Paz, à 15km, pendant que nous faisons les courses de végétaux avec Emma! Ça en fait des km en plus mais vu que c’est en descente, les doigts dans le nez qu’on y arrivera en 30min!


Commence l’approche, la vue sur la cuvette et notre destination, et la descente. Mortelle. Non pas pour nous, je ne serais pas en train de vous l’écrire, mais pour nos freins. Ils n’ont pas aimé les premiers mètres de dénivelé négatif. 10km et 800m de D- environ. Une bonne pente quoi, les freins à fond pour ne pas dévaler les rues avec nos chargements. Mais cela n’a pas duré. Alors? Et bien, on descend des vélos et on attaque à pied sur la route en retenant nos montures. C’est une 2×2 voies. Autrement dit, les voitures vont relativement vite. La galère. Obligés de s’arrêter plusieurs fois sur le côté pour qu’ils refroidissent (car même à pied en retenant, on est tenus de les utiliser…). Le jour le plus long…. on a mis 1h30 pour descendre jusqu’au centre puis remonter à pied aussi, en poussant nos tandems au vu de la pente catastrophique devant nous, jusqu’à cette zone résidentiel où est censé se trouver cette habitation. Je vous épargne les trottoirs montés à soulever nos 100kg de vélos pour éviter un peu la circulation ou à descendre du trottoir car le container de poubelle obstruait notre chemin. Je vous évite les trottoirs de terre où ont marché les enfants, les déchets sur les côtés, la fatigue qui nous gagne, le découragement croissant à mesure que le soleil s’éloigne. Heureusement, le sourire d’une commerçante chez laquelle nous achetons une boisson, et sa gentillesse en nous offrant des bananes nous font du bien, même si nous ne pouvons nous attarder. La nuit arrive. La nuit noire quand nous devons nous frayer un chemin sur la chaussée à partager avec les voitures. Ne pas lâcher. Ne pas regretter d’être descendue dans le centre. Avancer. Sourire pour encourager les enfants. Ne pas leur montrer notre inquiétude. Chercher sur internet l’adresse exacte de l’appartement qui se trouve chez un particulier. Arriver dans la bonne rue, la descendre, arriver au numéro 220 et se rendre compte que c’est au numéro 34 (du coup derrière nous dans la côte!).


Que ce fut dur de s’encourager, de rester ensemble pour y arriver, pour trouver sur maps.me la maison, juste après le numéro 226 (????). La délivrance d’une journée d’errance dans la ville. Marianela nous accueille et nous montre l’accès privatif où nous nous garons. Son fils et elle nous aideront à décharger les sacoches, à soulever les vélos pour les mettre dans la cour, à monter nos affaires un étage au-dessus chez nous. Oui, enfin nous y sommes.

Il est 19h30 quand nous réalisons que nous sommes partis à 8h ce matin. Une douche très chaude pour tous les 4, un bon dîner de: carottes, tomates, avocats, concombre, fromage et jus de citron, nous allons nous coucher pour clore cette journée interminable. Je ne peux à 22h assembler mes idées. La fatigue physique m’en empêche mais aussi mentale.
C’est pourquoi 24h ont été nécessaire pour coucher sur le téléphone, dans mes notes, ce mercredi, ce premier jour du mois de Noël. En espérant ne pas avoir oublié de retranscrire fidèlement ce que j’avais ressenti durant ce jour épuisant. Je dis bien « je » car c’est réellement ce que j’ai vécu en famille certes, mais Sylvain n’a pas ressenti ces 48h de la même façon que moi, bien moins stressé!

J586, J587 et J588 – La Paz

Nous avons pu pendant ces 3 jours dans la ville de 780 000 habitants, nous régulariser auprès du Bureau de Migration Bolivien tous les 4, dans le centre ville, en empruntant plusieurs lignes du téléphérique! Autant allier le plaisir à l’administratif ce qui nous a permis de prendre un peu de hauteur, de se promener, de visiter différents quartiers, de se fondre dans l’agitation urbaine, d’avoir l’impression d’aller au ski, de manger de bons hamburgers sans riz (ce qui est très rare…), d’avoir des cahiers de jeux sur les animaux, de se regarder des films ensemble, d’avoir de l’intimité dans l’appartement, de réviser les freins qui ont eu chauds, de laver les vêtements, sacs à viande et même les doudous, de cuisiner notre repas de Noël avant l’heure… Nous sommes fins prêts pour ce nouveau pays: il n’y a plus qu’à sortir de ce trou!

21 commentaires sur “Bolivie – Une entrée pas sereine – J584 à J588

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  1. Bonjour les migrants régularisés, ouf!

    Que ces derniers jours relatés ont été durs physiquement mais aussi moralement. Je comprends l’angoisse des parents enfin surtout de la maman ..devant cette situation pour le moins inconfortable en cas de contrôle.Une fois de plus votre courage et persévérance vous ont permis d’obtenir cette validation et de pouvoir continuer à profiter des paysages ,découverte de La Paz , mais aussi des rues bondées, du mauvais accueil, des poubelles , enfin la réalité de cette grande ville.
    Bon ,hier soir via nos échanges sur messager ,vous étiez en pleine réflexion sur la suite du parcours ? Sans doute votre choix est fait , maintenant ! Salar de Huyuni ou autre??
    Je suis ravie de voir que les sourires ont été retrouvés sur vos photos , et que Raphaël se soit régalé de son sandwich …sans riz!
    Gros bisous à tous les 4

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    1. Bonjour Annick!
      Oui, mon côté « dans les clous » est ressorti et le stress avec, malgré un an de lâcher prise! Ça y est, je me suis soignée avec la régularisation et un retour au « Cool ». Tout va bien et nous sommes au repos à Uyuni!!
      Plein de bisous

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  2. Rassurée par la fin de ton récit, je vous dis bravo ! Quelle étape ! Je vous souhaite plein de merveilleuses découvertes et rencontres dans ce nouveau pays. J’ai hâte de vous lire et de voir les photos, pour que mon voyage à travers vous se poursuive !
    Bises à vous 4.
    Faby

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  3. Je recherchais une définition du masochisme ; votre passage du Pérou en Bolivie raconté ici me la procure !!!!
    Mais où trouvez vous les forces tous les quatre pour résister à de telles mésaventures ?
    Je vous embrasse.

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    1. Non, non, Alain, nous ne sommes pas maso! Si on peut éviter, c’est mieux.
      Mais, parfois, il faut un peu plus de courage, de soutien pour y arriver, comme dans la vie!
      Le voyage forge notre caractère et notre force, et notre rêve nous aide à avancer!

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  4. Vous lire, quel stress pour moi ! Alors, pour vous qui l’avez vécu, je n’ose imaginer. En tout cas, bravo pour ce courage, cette détermination. Quand j’entends les Français râler pour rien, ça me laisse rêveur. Il leur faudrait bien aller voir ailleurs. Je vous souhaite des jours meilleurs en ce pays où l’altitude vous fait moins peur que l’administration. Bises aux quatre aventuriers.

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    1. Désolée de t’avoir stressé, tonton, ce n’était pas voulu! Mais effectivement, maintenant cela va mieux après notre régularisation.
      Notre rêve nous aide à avancer, et tu as raison, rien ne sert à râler, nous vivons notre rêve. Et quand on voit comment vivent les gens ici, et avec le sourire, cela fait réfléchir… et même pour notre retour en France!
      L’altitude n’est plus un problème ici, aucun effet, on est trop habitué.
      Des bisous

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  5. Leticia, Silvain, Emma y Rafael, desde la ciudad de La Paz, les mandamos las mejores energías para continuar su maravillosa aventura,.
    Los hermosos rostros, dulces miradas de Emma y Rafael quedan grabadas en nuestro corazón.
    Saludos y abrazos de Juan, Marianela, Andrés, Juanjito y Lucia.

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    1. Buenos dias Marianela!
      Muchas gracias por su mesaje. Es muy amable.
      También estás grabado en nuestro corazón por tu bondad. Estamos contentos de haberte conocido. Gracias por su apoyo. ¡Continuamos nuestro viaje gracias a personas como tú que nos ayudan!

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  6. Et bien les amis quel stress !!! vous êtes extraordinairement courageux, j’espère pour vous que la suite sera plus sereine afin que puissiez profiter au mieux de la Bolivie, de ses paysages et de ses habitants maintenant que vous êtes régularisés… bonne continuation et à bientôt 😘

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  7. Que de souffrance, que d’embûches, que de difficultés pour changer de pays… j’ai vécu votre récit avec beaucoup d’appréhension et de souffrance à vos côtés. Vous avez encore une fois bravé tous les dangers, les difficultés et pas des moindres…mais en serrant les dents, en puisant dans toutes vos ressources physiques et morales, vous nous avez de nouveau démontré votre force, votre volonté, votre courage et il en fallait…. Quel parcours sur ces quelques jours !! Admiration !! Mais prenez le temps de vous reposer, de vous retrouver, c’est important. Bizz

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    1. C’est grâce à notre famille et à notre éducation que nous surmontons les difficultés et avec le sourire, toujours!!!
      Désolée de t’avoir inquiétée Mounette, ce n’était pas le but. Tout va bien maintenant.
      On t’embrasse très fort maman.
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    1. Merci à vous pour ces compliments qui me touchent. Voyageuse à vélo, c’est facile, juste un peu de pédalage chaque jour, en bonne compagnie, et en liberté! 😀
      Chroniqueuse, plus en apprentissage et en tâtonnant sur le tard!
      Mère de famille… c’est à Raphaël et Emma d’en parler!😉
      On apprend chaque jour, et vos conseils et messages nous aident à nous améliorer!
      Merci encore et à très vite pour de nouveaux comptes-rendus !!!

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  8. Coucou mes « Pino Great Travellers » persévérants et … plus que méritants !!! Quel plaisir de vous admirer sur la dernière photo, sûrement plus heureux et moins … soucieux qu’au début du « reportage ». J’ai été marqué par la peine – bien cachée – et le « craquage » de la maman, avec le stress ( qui m’a accaparé également le long de la lecture ! ) , qui continue malgré tout, encouragée par son p’tit Raphael , en plus de tous vos soucis administratifs, mais peut-être moins « malheureux » quand même que tous ces pauvres migrants ( par obligation ) bravant tout pour trouver leur « idéal » , crise migratoire qui ne date pas d’hier . Bref, maintenant, un peu de calme, reprise du moral, nouveau paysage mais pas dans la chaleur … – sauf celle des habitants !!! Avec un peu de repos bien mérité, le moral et le physique bien remonté à donf, prêts à repartir dans ce nouveau pays, les Pinos remis en état, avec je l’espère, un peu moins de dénivelés, et des p’tits plats sans … riz pour Raphael !!! Merci pour votre gentil commentaire que j’ai lu avec joie hier . Bonne route, bon voyage et faites nous toujours rêver avec les photos toujours « magiques » du maître d’art – si si !!! – et la chronique toujours aussi palpitante et magnifique ! Faudra nous prévenir pour la sortie du livre l’année prochaine à la Grande Librairie !!! Pour tout ce que vous faites pour nous, lecteurs, malgré la fatigue, vous méritez bien nos bises ( de loin ! ) bien sincères. A très vite bientôt.
    Ps : si j’avais pu, je serais bien resté pour l’hiver au …. soleil antillais !!!!

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    1. Bonjour Didier,
      Merci pour ces lectures qu’on adore, ces messages que vous nous écrivez, avec beaucoup d’aisance. Merci! Désolée de vous avoir peiné ou stressé.
      On espère que les lectures suivantes seront plus calmes pour les lecteurs!
      Comme vous dites, nous ne sommes pas malheureux car c’est un rêve, un plaisir que d’être ici et non une obligation ou une survie comme tous ces vénézuéliens que nous croisons.
      Nous vous embrassons bien forts.
      Joyeux Noël à vous! Et bonnes fêtes de fin d’année!
      Une année 2022 encore riche en voyage!

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      1. Coucou à vous quatre, mais surtout à Laetitia, ayant déjà écrit mon « commentaire » principal ! Juste pour que Laetitia se rassure : suite au dernier message, vous n’avez pas à vous excuser de m’avoir « peiné ou stressé au long du commentaire » , j’ai trouvé tellement de sincérité dans cette peine dévoilée que, étant quand même « sensible » ( oui, pour les garçons, çà existe aussi … !!!! ) j’y aurais « participé » également mais de loin, sans tous vos soucis ! Maintenant, tout est bien terminé , et … tant mieux ! Plus jamais cela – au moins pour vous – …. Bises bien amicales .

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  9. Nos très cher•e•s croque-mitaines (et ces jours, encore plus!), ex-voisin•e•s et co-voygeur•se•s,

    Merci pour les récits et les photos et plein de courage et de force à vous! Je pense souvent à vous.

    Tout de bon à vous!

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    1. Sarah,
      Quelle très chaleureuse surprise!
      Croque mitaines, on s’en souvient pour vos filles! Elles doivent encore plus apprécier le minibus en lisant ces lignes… Vous nous manquez en voyage, sincèrement, que ce furent de merveilleux souvenirs à vos côtés. On pense souvent « aux Suisses »!!
      A très vite ma belle.
      Plein de bisous de nous 4 à vous 4 mais sans gluten!!! 😉

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