Argentine – Un petit peu de rouge – J655 à J659

J655 – Mercredi 9 février – Chilecito à Camping Miranda – 37km D+675m


C’est mathématique: quand on se lève tard, on petit-déjeune tard, on range tard et on quitte tard l’appartement. Aujourd’hui ne déroge pas à la règle qui sévit sur le territoire argentin pour nous depuis 1 mois maintenant: on se laisse aller. Ce n’est qu’à 9h15 après notre routine de rassemblement des affaires que nous démarrons la journée de sport à travers la ville de Chilecito en direction du sud pour récupérer la Ruta 40. Déjà du monde et de la chaleur, mais nous avons anticipé en ne mettant qu’un tee-shirt manches courtes et un short! Petite pensée pour les français et certains américains sous les couches de vêtements et de neige par 3 degrés! Par ici, c’est 3 dizaines de degrés. Comme un petit air de vacances…


Alors, voilà, les vacances elles se méritent et va falloir envoyer du lourd en ce mercredi en conséquence. (J’avoue que je ne savais pas quel jour de la semaine nous étions ce matin, encore moins la date, j’ai triché ce soir!). Tout débute par un échauffement sportif en descente sur de la 2×2 voies sur une portion de 17km, en retrouvaille de montagnes aux sommets enneigés, de buissons verdoyants, de sable, de chemin de fer abandonné, de forêts sur les horizons et d’une piste cyclable trouvée. Les muscles des jambes se réveillent en même temps que nous, qui nous sommes couchés bien tard chaque soir. Sylvain ose chantonner le générique de Tom Sawyer, histoire de nous mettre la chanson dans la tête… ce qui fonctionne avec Raphaël! Pas besoin de radio musicale. C’est en boucle. Alors, pour briser ce son entêtant, nous discutons et mettons notre playlist! Sauvés ! Au dernier kilomètre de cette ligne droite descendante, des rapaces tournent autour de nous puis descendent sur la clôture près de la route, ce qui attire nos yeux. Une dizaine attendent patiemment chacun sur leur piquet. Impossible de ne pas les photographier pour Sylvain, et de ne pas les dessiner pour Raphaël.


La bifurcation entre la 40 et la 74 se fait à Nonogasta. Petit village où nous nous stoppons pour remplir notre poche d’eau, par sécurité, et pour acheter des légumes frais. La suite de la route se passe en montagne, éloignée de la civilisation et de la première ville à 94km, dont 30km avec 1200m de dénivelé. Une éternité que nous n’avons pas passé de col en montagne. Le dernier normalement, foi de Romain, cycliste qui revient de Patagonie. On s’y lance, vers 11h en entrant dans la nature, en ayant comme écran devant nous, cette barrière montagneuse, ces rocs qui s’étendent sur plusieurs plans, les uns derrière les autres. On devine le cheminement pour s’y enfoncer, les virages, l’accès jusqu’à la montagne la plus haute. Sans se décourager, nous avançons à 5km/h. La chaleur et la pente, la lourdeur de nos véhicules et notre fatigue générale aussi, nous empêchent d’aller plus vite. Pas grave, on a 3 jours pour aller à Villa Union où nous avons rendez-vous, tenez vous bien, avec une famille voyageuse, française et à vélo!!! On a le temps de s’arrêter, de photographier notre voyage, de boire nos eaux chaudes, d’écouter les perruches qui passent au-dessus de nous ou de déjeuner à l’ombre.


Et à quelle heure nous mangeons encore ce midi? A midi pile, à l’entrée d’un hameau avec un espace de jeux pour enfants sous les arbres, 11km après notre bifurcation 300m plus bas. Nous savourons un bon pique-nique, assis sur un muret, à l’abri de la chaleur, où chacun choisit ce qu’il désire dans le buffet.
Il en reste des km et du dénivelé. 20 exactement avant le passage du col et la descente de l’autre côté. On découpera l’après-midi en fonction du bivouac en vue à 14km d’ici. 5km/ une pause/ 5km encore/ une pause/ 4km du final. Et c’est parti, la route et sa pente s’accentuent. Le soleil aussi sur nous. C’est en cadence que nous rognons petit à petit la distance jusqu’à une maisonnette d’information pour les touristes. Un peu d’ombre, un tuyau d’eau ouvert que les enfants utilisent pour s’arroser légèrement, de l’herbe pour une petite sieste, des bancs et des jeux pour notre quart d’heure de pause. Pas plus. 14h15 et nous pensons encore mettre bien 1h30 avant le bivouac.

Les 5km suivants sont tout aussi difficiles mais avec l’aide d’un vent de dos, ça ne se refuse pas. Toujours aussi désertique autour de nous, les abords du Rio Miranda se resserrent de part et d’autre de la route. On pédale, on pédale et on admire ces parois si rouges, ces falaises qui se dessinent en granit. Et à 9,8km exactement de notre point de pique-nique, un mirador sur le pont au-dessus de la rivière ne sera pas dépassé.

Quelques photographies du canyon que nous survolons, de la lecture sur le panneau d’information concernant un combat qui a eu lieu ici en 1867 (à rechercher un peu mieux plus tard, c’est ma curiosité qui parle! et qui expliquerait le second nom de cette vallée : la ruta de Los martires), la recherche de points d’ancrage d’escalade (on en a vu un!)… et des interrogations. Il nous reste 4km avant notre bivouac lorsque les enfants voient et entendent des gens en profiter dans la rivière dessous. La réaction ne se fait pas attendre: « C’est comme si on nous mettait une piscine sous le nez, et qu’on pouvait même pas y aller!). Ok, ok, la mutinerie. On sent que la motivation des plus jeunes n’est plus. Alors on se dirige vers ce « camping » sur une propriété privée, où des tables, bancs et barbecues sont à disposition. Plusieurs groupes sont déjà installés et nous leur demandons si nous pouvons camper ici. Les propriétaires ne sont pas là, mais c’est autorisé en fin de semaine, donc il n’y a pas de souci aujourd’hui non plus. Nickel. Les vélos sont posés près du futur espace pour la tente, les maillots de tous les 4 enfilés et la famille Dem fonce à la rivière. Il est 16h.
C’est l’éclate dans l’eau, dans les remous, avec les cailloux projetés pas loin des autres pour les éclabousser, avec le sable jeté, avec les barrages faits (une pensée pour ceux de Pors Ar), avec le courant qui emporte les 2 loulous avec sa force, avec le massage de la nuque et du dos à contre courant pour Sylvain, avec la fin (pour moi) de la lecture du livre « Enquête au collège » piqué à Emma, avec l’endormissement sur un gros rocher au chaud, avec le réveil en sursaut à cause de chenapans qui ont osé m’arroser (et ça, je ne supporte pas, toi non plus Sarah, hein?)… enfin, un bon moment au soleil et à la fraîcheur du torrent limpide.


La tente n’attend pas plus longtemps pour se faire monter et organiser en son intérieur, ni la route du Panzer pour se faire rustiner une énième fois! Ça devient quotidien! Le reste de la journée tourne autour du hamac, de l’écriture, du jeu de frisbee avec le couvercle trouvé d’un pot alimentaire (l’autre a été oublié), du jeu de courses entre garçons, du coloriage, de l’écriture (bis) par Emma dans son cahier, de l’écoute d’un conte, de la confection d’une limonade naturelle, de la promenade en longeant la rivière pour accéder aux falaises d’escalade par les garçons, de la photographie bien sûr!


« Repas du soir, bonsoir », mais il nous en aura fallu du temps pour le faire cuire. Le réchaud nous abandonne une nouvelle fois, la pompe qui rend l’âme et libère tellement d’essence, laisse la place à la recherche de bois dans les barbecues du camping, délaissé à cette heure tardive et à la trouvaille d’une superbe grille de barbecue, confort ++. Un petit feu nous régalera les babines bien plus tard mais avant le coucher du soleil. Quant à la lune, elle n’est pas loin quand nous passons à la salle de bain naturelle. Tout le monde au lit à 21h, certains ne mettent que quelques minutes pour s’endormir (la « piscine » naturelle, ça creuse et fatigue), d’autres finissent leur film italien, et enfin, je finis l’écriture de la journée sous l’œil de notre fille, à 1633m, avec une demi-lune, des étoiles, des lucioles qui s’envolent et le bruit du vent dans les feuilles et celui de la descente de l’eau douce près de nous…

J656 – Jeudi 10 février – Camping Miranda à Villa Union – 74km D+676m

Seuls dans cette nature, on se réveille doucement mais sûrement, avec un peu beaucoup de fraîcheur. « Et je n’aime pas trop beaucoup ça! » comme dit Jamel. Le soleil déjà présent, on se met autour de la table bancale de notre « camping » de fortune, avec un petit feu de barbecue pour l’eau de nos thés/cafés. La rivière à côté qui coule, le soleil qui éclaire les falaises rocheuses et rouges, la végétation qui se balance dans le vent, nous émergeons doucement pour retrouver notre copine du jour: la route 40 et ces 10km de côte bien pentue, toujours seuls à 9h.


Les rayons touchent déjà la route qui monte, nous l’avions vu du campement et anticipé! Donc les adultes, on a enlevé déjà nos polaires et pantalon de sous-vêtements techniques pour commencer. On a eu le nez fin: la pente nous fait suer. La musique, la montée avec Raphaël, la hauteur des falaises et montagnes, l’épreuve sportive du jour, la fatigue croissante… tout cela nous porte, nous oblige à rester concentrés, à nous encourager, à nous emporter encore un peu plus haut. On tient le mental car on sait que l’on va faire une pause dans 5km, à la moitié, après le passage de cette route construite sur des tabliers en béton, faute de roches stables suffisantes, après les virages en épingle, les chapelles rouges et leur bouteille d’eau. C’est court 5km mais il nous faudra 1h pour les atteindre. Petites photographies et rafraîchissement, et l’on ne se décourage pas pour continuer. On s’est fixé le col au km 3827. Et il arrive après bien des virages, après bien des regards en arrière sur la vallée d’où nous venons, sur la route plus basse en S, sur la rivière où nous nous étions baignés, sur le parcours fait…


2040,50m. Un panneau nous voit arriver rempli de stickers de voyageurs, de bikers et motards. C’est le 1er col. Et oui, un autre s’ensuit à moins de 2km, mais déjà c’est notre petite victoire du jour. Une photo et une pause un peu plus longue nous font du bien, avant d’enquiller le reste. C’est-à-dire une superbe vue sur ce nouveau plateau. Les forces reviennent, les sourires aussi avec la descente grisante, fun, courbée, paysagère sur 24km. On ne les fait pas d’un tenant, histoire de savourer cette partie sans pédaler (je suis adepte du moindre effort quand il fait chaud!) et de faire une halte à la tienda, pile à la moitié de notre descente. C’est dire aussi qu’il est midi! Et nos estomacs n’ont pas l’habitude d’attendre des heures. Alors une petite boisson fraîche, un chocolat qui doit avoir 10 ans vu la couleur, un fromage au goût de rien et caoutchouteux… voici notre butin pour compléter nos savoureux sandwichs et repartir de plus belle vers l’Ouest et finir cette pente en notre faveur sur une dizaine de kilomètres encore. Ça nous va bien le vent dans le visage, les mains bien serrées sur les freins, le regard concentré sur les virages.


Mais toute bonne chose a une fin… à mon grand désarroi entre le plat qui arrive et les 40km restant avant Villa Union. La douche froide! Si seulement, car ici, il fait chaud. Rien pour s’abriter du soleil, ni de la chaleur. Il faut juste avancer et profiter de cette partie déserte, des buissons, de la barrière de montagnes devant nous, de celle derrière enneigée, des chevaux en liberté, du renard, des perroquets, des rapaces et des voitures! Une Citroën Xsara, une Peugeot 106 rouge (ma première voiture qui a rendu l’âme après 11 ans de bons et loyaux services) et même une Visa. C’est marrant comme des souvenirs apparaissent de suite, comme après l’écoute d’une chanson, ou l’odeur d’un parfum qui nous renvoie 20 ans en arrière… La Visa m’a renvoyé de l’Argentine à l’île de Ré, où je passais mes étés avec la bande de copains… et la Visa de Luc. Énorme! En 1/4 de seconde, tout revient de ces étés à 16 ou 17ans! Alors, je continue ce plat, un petit sourire aux lèvres, heureuse! Mais là, il faut tout de même pédaler car ça ne se fera pas tout seul. Nous passons un pli, un petit ressaut de montagne et accédons au paysage derrière: un autre plateau en contrebas et le village.
On y est presque à 14h30 lorsque la route nous fait un petit cadeau: une descente pour les derniers 18km. Et comme on est joueurs, même fatigués par la journée, on joue. Mais on est malins, les parents. Car ceux qui jouent, ce sont Emma et Raphaël. Ils font la course mais ne veulent pas que nous pédalions. La bonne idée! On ne se fait pas prier. Et donc, sur plusieurs kilomètres, ils jouent, ils pédalent à fond, les mains sur les genoux pour mieux appuyer sur les pédales. « Jusqu’au prochain panneau! », « jusqu’à la touffe d’herbes, ah ah! ». C’est nous qui sommes morts de rire, les pieds sur le cadre, tranquillement assis, à voir défiler les bornes. Quand ils le veulent, ils ont de la force.


C’est ainsi que s’achève notre journée sportive, au rond-point de bifurcation entre la 40 et la 76, à 2km de l’entrée du village. Un point touristique dans un restaurant nous indique la présence de plusieurs campings, et nous profitons de l’arrêt pour se désaltérer et faire des photos avec un dinosaure. Nous en informons la famille de voyageurs que nous devons retrouver ici et qui arrive demain de notre future recherche dans Villa Union. Le premier camping est désert, loin de toutes commodités et les canettes de bières ainsi que la sono mise en place nous laissent perplexe quand à la sérénité des lieux pour nos 2 familles. Un second camping se trouve plus au centre du village, le Liz Grey, nous y allons et découvrons plusieurs tentes et vélos ! Au vu des tee-shirts d’une jeune fille, je pencherai pour la famille française. Bingo! Ce sont eux qui sortent de la sieste. Pas la peine de chercher plus loin, on reste ici.
La tente est montée, les enfants en maillot de bain dans la piscine avec leurs filles, et le soir même nous dînons tous ensembles, avec Nathan et Élise aussi, un couple de cyclo en route vers le Nord puis vers toute l’Argentine (ils font une grosse boucle dans tous les sens!!). Une table d’adultes et une pour les enfants de l’autre côté de la tente (afin que l’on soit plus au calme). C’est le début des « vacances »! On n’a pas vu le temps passer sur ces 3 jours et 4 nuits avec eux, Sylvain, Magalie, Zoé et Emily, les « Lamas Cyclos ». La suite bientôt!


10 commentaires sur “Argentine – Un petit peu de rouge – J655 à J659

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  1. Superbes paysages. Un sacré bon coup de rouge en effet ! La Rioja, oui, mais pas celle d’Espagne et ses célèbres crus ! La Rioja argentine, celle où la roche, le sable, les vélos, les joues, le soleil au couchant je suppose se teintent de rouille. Encore que, vers l’ouest, les montagnes vous cachent le Pacifique. Belles rencontres aussi qui doivent vous dynamiser pour la suite. Que je vus souhaite aussi chaleureuses. Bises.

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  2. Du rouge en effet , c’est magnifique avec le ciel bleu ,et les montagnes quel beau paysage.
    A nouveau des cols et des descentes et aussi des crevaisons qui me semblent hélas quotidiennes voir plus.
    Profitez bien de ces quelques jours de repos et en compagnie des cyclos français ,c’est super de partager vos expériences.
    Bisous à tous les 4

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  3. Bien beaux paysages en effet dans ces rougiers argentins avec lesquels je me délecte d’imagination au travers vos photos et récit humoristique et nostalgique de Laëtitia.
    Grosse ambiance j’imagine également avec vos nouvelles rencontres de cyclos français ,de surcroît …
    Et les petits toujours joyeux pour parfaire le tableau.

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  4. Comme toujours vos photos me font rêver, un joli bivouac accueillant, un ciel bleu, des roches et contours rouilles une belle route accessible et pour finir des nouveaux copains,.
    Qu’il est doux de se retrouver entre  » expatriés « , profitez, profitez. Bizz

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    1. C’était vraiment super et exaltants de se retrouver nos 2 familles là bas à l’autre bout du monde, sur la même longueur d’onde!!! On se retrouve dans la pensée, dans le style de vie du moment, dans la conception de la vie, de l’éducation, du peu qui nous rend heureux, loin du matérialisme….

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  5. Que de belles images de ces paysages flamboyants ! Super pour vous ces rencontres chaleureuses les enfants sont comme toujours radieux on voit qu’ils sont heureux, que de magnifiques souvenirs ils emmagasinent en attendant de faire de même… Belle et bonne continuation à bientôt
    Annie-France

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