Argentine – J660 et J661 – Nous entrons dans la province de San Juan

J660 – Lundi 14 février – Villa Union à Guandacol – 43km D+191m

Et oui, c’est fini cette rencontre, c’est aujourd’hui que nous nous séparons de nos copains cyclos. Mais avant, on se lève péniblement pour les enfants comme pour moi, on déjeune et on range en faisant presque la course avec eux, la famille Lama! Ils ont déjà tout plié et sont au petit-déjeuner lorsque nous peinons à sortir de la tente. On voit les professionnels! Ou bien est-ce notre fatigue voyageuse et l’air Argentin qui nous fait traîner un peu plus en ce moment? Mais on ne lâche pas et nous arrivons à tout boucler, à tout accrocher et dépasser un peu partout, en même temps qu’eux (eux, c’est drôlement bien rangé dans les sacoches!). 9h, on décolle du camping en convoi extra de 5 vélos, en direction de la supérette. Bah oui, il faut bien penser au carburant pour nous 8, même si c’est chacun de son côté. On n’a pas réussi à les convaincre de repartir vers le Sud avec nous, même une journée, ça aurait été trop cool pour tous. Mais, le voyage c’est aussi ça: des rencontres fortes et des aurevoir émouvants mais pas d’adieu. Rdv en France ou plus au Sud? Dans tous les cas, c’est au rond-point de la 40 après 2km ensemble à 5 bicicletas, que 3 vélos partent vers le Nord en faisant le tour, embêtés par un autre vélo qui s’est trompé de direction! Sérieuse, je reprends la 40 vers le Sud et les laisse au virage, le col Miranda en arrière-plan, et poursuit avec le Panzer qui nous attend, pour notre route du jour.


La ligne asphaltée est visible d’ici, un léger faux plat montant suit la base des montagnes rouges, s’engouffre parmi les buissons et le sable vers la gauche, puis disparaît de l’autre côté. Le premier objectif est donc ce passage entre les roches rougeâtres à 18km que nous entamons à 10h avec le soleil et sa chaleur. Le temps est long, pas de musique ce matin, Raphaël préfère chanter. Je préfère quant à moi, regarder en arrière, où les montagnes enneigées surpassent le col que doivent faire nos copains. C’est un sentiment bizarre que de les imaginer sur une route que nous connaissons, de savoir que chaque jour, nous nous éloignerons un peu plus, qu’ils sont peut être visibles en tout petit là-bas au fond, qu’ils sont de l’autre côté des collines… Un peu de nostalgie peut-être en repensant aux paroles de Sylvain des lamas: « Je veux pas y aller demain, je veux pas pédaler « . De se retrouver à 4 puis à 2 sur le vélo aussi est déroutant. On retrouve notre rythme, nos discussions, notre huis-clos aussi car ici, nous avons peu de vie sociale. C’était la minute philosophie, le vélo apporte aussi son lot de méditation!


Revenons à notre faux plat montant qui s’accentue pour devenir une côte avec ces « badenes », sorte de passage à guets où l’eau des rivières et de pluie ruisselle et qu’il faut traverser. Pas aujourd’hui, trop chaud et sec, mais de bons casse-rythme en l’occurrence. Le passage (pour ne pas dire le col) arrive après une petite pause rafraîchissante, entre 2 collines de couleur rouge vif, avec ses strates obliques, comme si elles ne s’étaient levées que d’un côté. Tout le reste du paysage est dans les tons verts: les buissons et plantes piquantes, les petits cactus… ou dans les tons beiges avec le sable. On est comme écrasés, comme des fourmis qui avancent dans cette immensité. Mais on avance et c’est bien ça le principal!


Jusqu’à cette belle descente de 26km, où l’on se retrouve de l’autre côté des montagnes, dans un autre plateau encerclé par des chaînes de roches, des barrières mais qui nous guident vers le Sud. Et nous voilà ici, en pleine descente à vitesse raisonnable, avec quelques « badenes » en eau et en boue, où l’on reste vigilant quant à une éventuelle glissade! On file vite, très vite à tel point que Raphaël n’a pas le temps de regarder sa montre. C’est tellement grisant, comme en snowboard. On ne met pas trop longtemps à rejoindre le rond point d’entrée pour le village de Guandacol, après la station service. On pourrait aller plus loin, il n’est que 13h, ce qui couperait la journée de demain de 78km. On va en discuter à la pause repas que l’on veut faire plus loin, sur la place principale.

Mais bon, l’aventure reprend, et les ennuis techniques aussi quand le Panzer et son conducteur ne voient pas un gros trou dans la chaussée. Le pneu s’enlève de la jante par le choc. Arrêt brutal sur le bas-côté. Sylvain commence à défaire les sacoches pour s’occuper de la roue et je pars avec Raphaël trouver de l’eau et des boissons fraîches à 3km, à toute vitesse car les tiendas ont l’habitude de fermer entre 13h et 18h. Raphaël a l’œil sur sa montre et espère un petit miracle. Première tienda, ouverte: demi miracle. Ils ne vendent pas d’eau, seulement des sodas de 3 litres. Une seconde tienda, ouverte également, vend les mêmes sodas, pas d’eau et du lait. J’en prends, ça peut toujours faire plaisir aux enfants. C’est fou cette absence d’eau! Je demande à un automobiliste s’il sait où je peux trouver un endroit où on vend des boissons et de l’eau. Il connaît et il veut nous guider jusque là-bas avec sa voiture qui a beaucoup de mal à démarrer et qui franchement, ne passerait pas le contrôle technique français! On le suit mais pas aussi rapidement qu’il le pense. Des voitures et plusieurs centaines de mètres nous séparent quand j’aperçois une tienda, devant laquelle je pile. Je fais signe à notre bienfaiteur, en vain. Le miracle a quand même eu lieu: elle est ouverte et a de l’eau fraîche, de la glace et des boissons gazeuses dans une taille raisonnable, en plus de barres de nougat. Bingo. On fait le retour en vitesse, plus facile car en pente en espérant croiser le Panzer qui aura pu réparer… Mais rien, pas de tandems sur la route… pendant 3km. Mais, les voici à la sortie de la ville, dans le virage après le camping municipal. Nous sommes soulagés qu’ils aient pu repartir avec une nouvelle chambre à air qui avait explosé.

Direction un lieu pour le pique nique: les tables et barbecues dans l’espace ombragé nous paraissent bien: c’est le camping municipal, sans clôtures. On s’y installe pour le repas et pour réfléchir aussi sur la suite de la journée: restons-nous ici? Ou commençons nous les 78km de demain? L’absence d’eau pendant les 78km, et la présence trop fréquente de cactus et piques qui nous crèvent nos pneus dans les bivouacs, nous font pencher pour rester où nous sommes! On a de l’eau, des tables pour déjeuner, de l’ombre, de l’électricité et même des toilettes dans la nature. Un palace! Alors, on déjeune tranquillement et commençons notre après-midi au soleil et à la brise. Petite sieste pour certaine, jeux d’eau avec le tuyau qui déverse non stop de l’eau (sans moyen de l’éteindre), tri de photo pour d’autres, jeux de boue et cuisine ludique encore pour les plus jeunes,  dernier aller-retours au village pour le repas du lendemain et pour découvrir une épicerie bio-santé avec des petits fruits secs, idéaux pour les pauses sportives. De belles occupations et il est déjà l’heure de penser au barbecue et aux pâtes du soir avec une belle crème aux oignons. L’air est plus frais et agréable pour ce repas à 4, non sans penser aux copains. Heureusement, on capte et nous avons pu correspondre avec eux: ils se trouvent dans un hôtel à 12km du col. Ce qui fascinant, c’est qu’on les imagine bien sur la route, sur « notre » ancienne route. Échange de photos et de conseils pour les prochains bivouacs, et c’est enfin l’heure du repos.


Le « camping » est calme, mais en espace public, sans clôtures, des familles peuvent venir s’y détendre ou bien 4 jeunes vers 22h, qui imitent bruyamment une chèvre ou autre animal pour aller chercher du bois pour leur barbecue à 20m de nous! Cela nous réveille forcément, en attente de savoir ce qu’ils font. Rien de mal, alors on s’endort pour notre nuit!

J661 – Mardi 15 février – Guandacol à Huaco – 78km D+255m


Une grande journée démarre aujourd’hui, déjà sous le soleil, à 7h15 quand mon réveil me secoue! Alors petit rangement de l’intérieur de la tente en réveillant à mon tour les enfants. Routine habituelle du matin avec un petit-déjeuner dehors à table, sous l’ombre des feuilles jaunies des arbres, seuls à nouveau, avec de l’eau bien chaude grâce au barbecue. Il nous faudra 2h pour tout ordonner dans les sacoches et vérifier que nous n’avons rien oublié derrière nous.


En sortant du camping et de l’ombre des arbres frais, nous retrouvons la chaleur, déjà ! Le soleil (heureusement, nous nous sommes bien crémés), l’asphalte, le désert, la route 40 en reprenant au km 3727, les buissons, le sable, l’isolement aussi. Encore une journée où l’on médite, où le temps ne passe pas au même rythme, où l’immensité nous fait réfléchir sur notre taille, notre importance, notre trace, notre empreinte (carbone ou non) sur ce monde, comme celles laissées par les dinosaures non loin d’ici. On pédale vers le Sud, par la seule route entre les 2 chaînes de montagnes, beige, marron ou rouge. Aucune autre ne part de celle-ci à part celle en terre pour la mine, la seule du jour.


Monotonie de la route, de la ligne droite au seul virage sur près de 80km. Toujours le même paysage, toujours les mêmes passages de rivière à sec ou en boue (pour le plaisir de mon dos et des vestes accrochées à l’arrière qui profitent d’un peu de boue, vu que je n’ai plus de gardeboue), les mêmes buissons, les mêmes rapaces. On avance, on trouve un arbre pour de l’ombre, 27km après notre départ vers 11h. L’endroit est parfait pour quelques fruits secs ou frais avant de sortir de la fraîcheur pour la canicule. Chaleur quand tu nous tiens, tu t’y maintiens! La route est plutôt montante avec ces casse-jambes, ces creux qui rompent notre allure, et qui me fatiguent au point de ne plus suivre le Panzer, même de vue. Les bornes défilent jusqu’à celle de 3678, au sommet d’un passage, d’un raidillon, à côté d’un arbre où Sylvain et Emma nous attendent à 13h pour manger. Un chauffeur de camion citerne s’arrête juste avant notre arrivée à ce lieu, et nous offre une boisson fraîche, légèrement congelée de 2litres. La bonne idée qu’a eu César en nous voyant par cette chaleur, que nous remercions intensément! Le repas est d’autant plus apprécié avec cette boisson qui ne survivra pas, un petit banc confectionné maison et le tarp. Même une petite sieste de 10min s’invite à l’ombre.

Mais il faut repartir dans l’atmosphère suffocante, chaude et un tout petit peu venteuse. Ne reste plus que 30km. Une broutille dans ce spectacle naturel avec la légère pente qui se dégage de notre GPS, mais c’est sans compter la fatigue par la chaleur et le mal de tête. Nous mettons pas moins de 2h pour rallier le rond point à 6km de la ville, toujours sur la route 40.

On prend la piste cyclable, bien qu’il y ait très peu de circulation. Toutes les tiendas sont fermées, comme le moulin historique. Les copains avaient campé sur son parking, mais il n’y a pas d’eau (ni au moulin, ni près des appentis), beaucoup de poussière et de sable, ce qui ne plaît guère à la tente et à Sylvain. On se laisse tenter par le village et les appréciations des précédents voyageurs et continuons sur 3km encore. Le village n’a que des chemins en terre, sauf l’accès à la place principale, en herbe, sous les arbres avec son lot de jeux pour enfants. De l’eau, une tienda ouverte pour acheter des boissons fraîches, de l’herbe pour planter la tente, l’autorisation pour le faire et des copains à 4 pattes. C’est bon, on est fixé pour cette nuit après avoir bu et dégusté de bonnes glaces pour le goûter de 17h.


La tente montée en plein milieu du parc, chacun vaque à ses occupations: jeux au toboggan ou à l’arrosage de plantes, rangement, écriture ou dessin. La place ne se remplit de locaux qu’après 20h à la nuit tombée, lorsque nous avons fini notre repas commandé au restaurant du coin, lorsque nous nous sommes brossés les dents au robinet du centre de la place, lorsque nous avons fini de discuter avec Julian, un jeune de 11 ans en vacances, lorsque nous avons dit bonne nuit à la ribambelle de chiens du quartier.


A cette heure, ici, il fait encore bien jour et bien lourd. Alors, une petite séance de cinéma est improvisée dans la tente avec « Retour vers le futur 2 » pendant 1h, le temps que papa s’endorme. Un sursaut et l’ordinateur est éteint, les yeux des garçons également. Les filles, nous ne fermerons les nôtres qu’après 22h15, au son des discussions espagnoles autour de nous.

6 commentaires sur “Argentine – J660 et J661 – Nous entrons dans la province de San Juan

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  1. Encore une belle rencontre sur votre voyage à pouvoir partager votre passion commune avec la famille « Lamas ».
    Le courant passait forcément très bien apparemment très bien entre vous tous d’où cette tristesse passagère ressentie à vous séparer (provisoirement).
    Bisous.

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    1. Une belle rencontre comme on en a eu auparavant, mais la dimension vélo, effort, voyage, famille, nous a beaucoup plu. Forcément. Mais comme tu dis, la séparation n’est que temporaire… nous nous retrouverons bien sûr en France lors de nos retours successifs pour cet été!!!
      Bisous

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  2. Chronique philosophique autant que géographique. La question soulevée est celle des traces, de notre empreinte sur cette Terre. La question est d’importance, métaphysique même. Celles laissées par les roues de vos vélos sur le sable ou dans la boue s’efface derrière vous. Celles qui restent sont en vos mémoires, certes fragiles, mais surtout en ces chroniques auxquelles Lætitia se consacre au quotidien, dans un souci de vérité et de ressenti. Ces traces-là sont indélébiles, transmissibles, partageables. Vous les partagez déjà et plus tard, vous les transmettrez. Les dinosaures ont laissé l’empreinte de leur pas dans la boue, vous, vous laisserez celles de vos plumes sur le papier. Je vous souhaite encore plein de sourires partagés, de superbes panorama… et quelques virages pour varier un peu. Bises au quatre oiseaux migrateurs.

    Aimé par 1 personne

    1. Le voyage est aussi bien dans ces pays, ces paysages, avec ces locaux qu’intérieur, pour une meilleure connaissance de nous-mêmes, de ce que nous faisons ici, sur cette planète, sur ce que nous voulons laisser, partager, quelles graines nous désirons transmettre…
      Le temps passant trop vite, c’était important aussi pour nous, d’écrire, de photographier ce que la vie et ce voyage nous donne. Il nous donne tellement que nous voulions attraper un peu de ce bonheur, de ces inquiétudes, de ces émotions pour égoïstement, les poser et les arrêter dans le temps.
      Si nous pouvons au moins laisser des empreintes positives sur nos enfants pour qu’ils évoluent dans ce monde et l’embellissent, ce sera un pari de gagner!

      Aimé par 1 personne

  3. Que ces grandes lignes droites m’impressionnent, je ressens votre ténacité face à cet horizon plane , votre mental pour aller toujours plus loin…….je vous vois savourer ces belles rencontres , inoubliables et enrichissantes , très fortes en émotions mais qui font partie de votre voyage. Prenez soin de vous. Bizz

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