Argentine Patagonie – Un peu de solitude encore – J734 à J738

J734 – Vendredi 29 avril – Los Tamariscos à Bivouac Rio Senguer – 55km D+63m


Le réveil est presque naturel dans cette petite chambre, un peu fraîche mais sèche, pas comme notre tente. Ma bouillotte est encore tiède de la nuit. Sylvain est debout à 8h et ne s’habille pas trop pour aller directement dans la pièce à vivre chauffée au poêle à bois de Liliana et Maxi. Il a déjà commandé les chocolats chauds pour les loulous et notre eau chaude pose dans leur bouilloire par-dessus le poêle. Nous venons rapidement tous les 3 rejoindre Sylvain pour le petit-déjeuner. Nous sortons nos biscottes et pain pendant que plusieurs passagers d’un minibus de Sarmiento descendent pour acheter quelques souvenirs, comme des pelotes de laine que Liliana fait elle-même avec ses moutons! On y resterait des heures ici, tellement on s’y sent comme à la maison. Mais le temps passe et la météo clémente pour aujourd’hui nous intime le conseil de continuer la route. L’objectif est Rio Mayo demain soir, puis Perito Moreno la ville 3 jours après. Pendant que certains jouent dans les flaques d’eau gelée du parking, d’autres rangent la chambrée, sortent les vélos, achètent le pain fait maison de Liliana ainsi que tout ce qu’elle peut vendre, comme les autocollants de la route 40 avec un nandou et le nom de Los Tamariscos écrits dessus, des gâteaux… Sa générosité continue après avec un autocollant offert à Raphaël, elle nous donne 2 pochons de raisins secs et noix, un délice et de l’énergie pour la journée. C’est un plaisir que de participer à une donation pour qu’elle puisse aller voir le Machu Picchu, un rêve pour elle. Nous avons beaucoup apprécié nous arrêter ici, comme un refuge dans la nuit, ou dans les montagnes. Un petit coin chaud où se protéger du froid, du climat et de la route. Merci à Liliana et Maxi pour leur accueil, leur sourire, leur chaleur et leur générosité de vivre ici à 100km du moindre village pour aider les autres, surtout les cyclos!!!


A 10h30, la famille Dem est sur le parking, en train de prendre des photos de nos hôtes avant de quitter ces lieux isolés. La route 40, sa belle ligne droite, son immensité, sa platitude, son soleil, sa fraîcheur, ses clôtures, ses buissons, ses teintes de gris. On avance bien sans vent. A 11h15, nous avons parcouru 9km. Sur cette distance, nous n’avons croisé que 18 véhicules en 45min. C’est vous dire le peu de circulation, le peu de bruit, le peu de marque de civilisation humaine. Mais par contre, on est entourés d’animaux! 19 nandous qui essayent encore de passer par les clôtures mais qui parcourent tellement de mètres avant d’y parvenir et en perdant des plumes (Liliana nous a expliqué que certains mouraient de froid, les pattes gelées), des guanacos, des moutons, des chevaux, des rapaces et autres oiseaux… Nous pédalons dans ces paysages de collines au loin, très loin, sur ce plateau si large de 40km. Lors d’une légère côte, nous faisons une halte photographique et vestimentaire.

Au moment du départ, Sylvain est déjà loin devant lorsque j’entends un miaulement. Un chat sort du bas-côté des rochers gris et traverse la route vers nous. Il se frotte au vélo, nous le caressons, il ronronne, il miaule en regardant le Pino, il pose les pattes avant sur le cadre et essaye de s’y hisser. J’aperçois sa patte arrière qui est blessée et dénuée de peau. On le caresse de nouveau et partons. Il nous suit. Que fait-il ici à 15km de notre refuge du matin? Où va-t-il aller? Je le prends dans mes bras et le hisse sur les genoux de Raphaël, on l’embarque pour aller le faire soigner à Rio Mayo (à 100km) et le donner à une famille. Mais il ne reste pas sur les genoux. On réessaye. Rebelote. La mort dans l’âme, on pédale dans la côte, il nous suit et miaule… Je m’arrête, ce n’est pas possible de le laisser seul ici. Tentative de le mettre sur la sacoche arrière… Il n’y reste pas et saute au sol. Plusieurs fois encore, nous tentons de l’emmener avec nous, à l’avant du vélo dans les bras de Raphaël. Mais, il n’y reste jamais. La dernière fois, lui, sautant au sol, il s’effraye avec le passage d’une voiture et s’enfuit dans les fourrées. On a beau l’appeler, nous ne le revoyons pas. Sylvain est loin devant, il doit s’inquiéter… alors les larmes coulant sur les joues, je m’en vais, non sans l’appeler encore et encore. Mais point de touffes de poils blanches et rousses.  Encore ce soir, je pense à lui, me reprochant de ne pas avoir réussi à le « coincer » dans une sacoche. Au premier virage et sursaut, le Panzer est en vue. Sylvain faisait demi-tour d’inquiétude. Je lui explique, en pleurant. C’est de concert que nous poursuivons la route, lui me rassurant sur l’avenir de ce matou.
Midi passé, en haut du plateau, nous voyons la ligne droite sur des dizaines de kilomètres devant nous ainsi qu’un renard gris traversant le goudron. Il nous observe, immobile sur la chaussée. Ses oreilles et sa queue sont bien reconnaissables, même lorsqu’il s’éloigne dans le champ d’à côté. C’est une journée animalière plus qu’humaine. Nous prenons nos quartiers pour le déjeuner quelques kilomètres plus au Sud, à l’abri de rochers. C’est le seul lieu que nous avons trouvé tant soit peu surélevé pour nous protéger du vent froid. Un bon pique-nique ensemble avec le pain maison de Liliana et son chocolat Aguila, et nous repartons sur nos vélos.

ll nous reste tout de même 28km de ligne droite sympathique. Pour passer le temps et ne point songer aux kilomètres, nous comptons déjà depuis ce matin les véhicules rencontrés sur la route, tout autant que les nandous. 123 motorisés pour 55km sur 6h de pédalage: ce sont 2 véhicules à chaque kilomètre. Contre 37 nandous, une trentaine de guanacos, une centaine de moutons entre autre. L’après-midi passe plus vite ainsi, à admirer et compter ce que le paysage nous donne.

La vigilance est de mise mais parfois, même vigilant, même sur le shoulder, une voiture sur la voie en face double un camion, ne prend pas attention à un vélo tandem pourtant bien visible avec un sac rouge vif sur le côté et frôle le Panzer. P… de loin, je l’ai vu ce rapprochement dangereux. Le vélo est reste debout, Sylvain et Emma vont bien. Passé le soulagement, je fais signe à cette voiture que j’ai vu ce qu’elle a fait, en la pointant du doigt (c’est tout), en montrant mon mécontentement. La femme à côté me fait un doigt d’honneur. Bravo! Après avoir failli renverser un vélo, pas d’état d’âme. Je lui retourne son doigt sans ménagement. Vigilance, même à 3km de notre bivouac. Sylvain a eu le bon réflexe en haut de cette côte de se mettre sur le shoulder. Il arrive à se reconcentrer après cette frayeur, même si ce n’est pas évident, jusqu’au montage de la tente.

On arrive à notre pont surplombant le Rio Senguer. Une voiture qui fait une pause de maté, nous confirme le bivouac possible mais sur l’autre versant, il est plus joli. Nous passons donc le pont, et entrons sur le chemin de terre pour descendre à la rivière. Le soleil est encore là, il fait moins froid qu’hier, nous le sentons bien. Les enfants en profitent pour s’imaginer une cabane dans l’arbre, et crapahutent déjà dedans. Nous montons l’extérieur de la tente au soleil où ressort même des bouts de glace de notre bivouac neigeux. Un peu de séchage, de photo, de vaisselle dans la rivière, de mise en place de la toile intérieure et des affaires. Sylvain organise un petit feu pour de l’eau chaude et notre thé à tous les 2 et enchaîne sur le repas du soir.

Les enfants ont réintégré la maison, et jouent ou continuent le baccalauréat commencé avec Sylvain. Nous mangeons rapidement dans l’abside et goûtons les pâtisseries de Liliana en dessert. La soirée n’est pas tout à fait entamée alors c’est jeu de Uno avec Emma, Raphaël et Sylvain alors que j’écris le début de cette journée. Les enfants continuent 30min de jeux de cartes avec les frontales sur le front, trop drôle. On adore les entendre rigoler ainsi et prendre plaisir. Nous entamons pour notre part, le visionnage de « La ligne verte » avec John Caffè… et l’un d’entre nous s’endort en ronflant. L’autre? Écrit pardi!

J735 – Samedi 30 avril – Bivouac Rio à Rio Mayo – 51km D+130m


Bien au chaud ce soir, je peux relater cette journée venteuse, très venteuse et linéaire. Ce matin, il ne fait pas si frais que ça, pas de neige, pas de givre à l’intérieur de la toile dans l’abside. On arrive même bien à se réveiller et s’habiller les jambes encore dans le duvet, sans trop d’efforts ou d’encouragements. Le petit-déjeuner est tout de même pris dans l’abside car le vent se lève, et le peu de bois ne permet pas un grand feu chaleureux. L’éternel rangement quotidien matinal se fait pendant que les enfants jouent dans leur arbre-cabane. Pas loin de 10h, et nous quittons les rives de notre Rio Senguer, seuls, sans avoir vu personne.


La petite côte à l’ombre pour sortir de cette cuvette, nous permet un bon échauffement du corps et des jambes, avant une claque venteuse! Une vraie bonne de face et en plus, celle là, comme on est maso, elle va durer. Déjà, de face sur 17km au milieu de nulle part. Un petit virage, léger vraiment, nous fait obliquer vers la gauche. La claque venteuse vient sur notre joue droite, direction de l’Ouest, du Pacifique.
On a le temps d’apprécier le paysage, toujours le même: plat, sableux, buissonneux, et parfois animalier. On a le temps de photographier, de s’arrêter sur le bas côté près de la rambarde de sécurité ou entre la route et la clôture à 20m. Mais que c’est long! De toujours pédaler sans que les collines au loin n’avancent ou ne bougent! Presque rageant. Alors après 17km de pampa vers l’ouest, nous avons fait 33km de pampa vers le Sud. Ça change tout! Non! Pas vrai, c’est la même chose. Alors, on regarde les animaux, les moutons, les guanacos, les nandous, les rapaces, les chevaux sauvages galopant avec le soleil derrière eux (quel tableau de voir leur crinière au vent à contre jour!), les entrées des estancias, ces fermes loin de tout, parfois à 4km du portail que nous voyons.


Au milieu des 33km, nous nous garons pour manger un petit bout, à l’abri du vent. Cette fois, nous n’utilisons pas les vélos et le tarp. Une petite butte suffit. Sur le gilet jaune de visibilité, on pose tout ce que nous pouvons déguster pour ce repas et on s’y lance. La pause est comme celle des jours précédents: rapide afin de ne pas se refroidir. Mais il y en aura d’autres de pauses, non voulues: le pneu avant du Panzer s’est ouvert sur le côté et ne tient que par les filaments internes. C’était cela le bruit puis la difficulté/le petit truc qui changeait dans la direction du vélo. Alors ça, c’est la tuile car on n’en trouvera pas à Rio Mayo. Il n’y a pas de magasin de réparation de vélo selon Google. Mais, il reste encore 7km, il faut que le pneu tienne!


La fin des 33km voit s’approcher une sorte de plateau, une colline plane en longueur, avec devant elle, un camion de gendarmerie et la statue représentant la commune de Rio Mayo, capital nationale de la tonte du mouton. On en fait le tour par le rond-point et descendons par quelques virages à toute vitesse, passons devant la caserne militaire, son lotissement personnel, et l’office de tourisme. On y va demander la position des cabañas de la ville et on en ressort avec le tampon officiel de la route 40 (comme dans certains Parcs Nationaux américains). On est tous très contents de cet ajout sur une des pages de notre passeport.


Rio Mayo est construite dans un canyon, la descente pour y accéder a son symétrique en face de nous, pour en ressortir. Mais ça, ce sera pour plus tard! On pédale dans la ville qui n’a que des bâtiments construits sur le rez de chaussée. Pas de premier étage dans les édifices. La ville est petite, 4 tiendas, une banque, un hôtel, une station service. Peu de monde dans les rues, mais beaucoup de chiens. Après une déconvenue sur l’hôtel dont toutes les cabañas sont prises et qui nous propose qu’une petite chambre sans cuisine, on part à la recherche du trésor, cette petite maison à louer (trouvée à l’office de tourisme). Pas évident, puisque ce n’est pas un hôtel comme précisé sur la carte de visite. Mais, les habitants de Rio Mayo sont sympa. L’une nous a recommandé une maison à 2 cuadras d’où nous sommes, où le propriétaire habite. On y va, toque mais, ce n’est pas ici. Toute une famille en sort et appelle pour nous le numéro de la carte. Nous pouvons y retourner, tranquillement à l’angle, ils nous y retrouvent.


En effet. Je visite la maison et n’en croit pas mes yeux avec cette pièce à vivre immense, la cuisine aménagée et les 3 chambres. Ni mes oreilles quand j’entends le prix. Adjugé! Sylvain me fait confiance mais il est tanné pour visiter avec les enfants ce lieu par le propriétaire. La boucherie juste à côté, touchant la maison, fait aussi tienda. On trouvera tout ce que l’on souhaite là-bas pour notre repas du soir!
Chacun dans sa chambre, chacun a la place de jouer, de se détendre, de se reposer dans le canapé, de cuisiner, de se laver à l’eau chaude, de lire ou d’écrire. Le plan, n’était que de s’arrêter une nuit et de repartir demain. Mais nous entendons bien nos corps nous dire qu’ils sont fatigués. Allez, on reste demain toute la journée.


Le propriétaire revient dans la soirée, un pneu à la main, de dimension 20 pouces pour la roue avant de Sylvain, qui lui avait raconté notre mésaventure de l’après-midi. Vraiment sympa, il est allé voir un atelier de pneu dans la ville, il a dû en appeler des gens pour le trouver ce pneu de vélo d’enfants! Merci à lui.
Nous terminons notre journée bien au chaud, chacun dans sa chambre. Demain, c’est grasse mat… et les 3 matins suivants!!
Déjà le J736 le dimanche 1er mai, pour du repos, de la pluie et le linge que nous donnons à Nancy, une habitante qui veut bien nous le laver. C’est notre propriétaire qui l’a trouvé! Incroyable, elle et son mari. Donc le linge part le deuxième soir, en catastrophe, nous n’avions pas trié notre linge sale! On en a profité aussi pour bien manger, de la soupe maison, des crêpes et deux fois de la mousse au chocolat à la force des bras, et pour finir des séances de cinéma.
Ensuite, le J737, après l’école, les courses, à imprimer l’école des loulous, on est resté tranquille à visiter la ville et le parc de jeux pour les enfants, en ce lundi du 2 mai. On était prêts à partir le lendemain… mais les vents à 90km/h nous en ont dissuadés. Allez, encore un jour ici, chez nous, dans notre petite maison, le J738 donc le mardi 3 mai à finir de se mettre à jour sur le blog, à regarder les maisons à louer sur la Charente pour notre retour! Et oui, il faut bien que l’on s’y prépare!!!
Promis demain, on repart vraiment, même si des vents sont annoncés à 60km/h, mais c’est toute la semaine comme ça.

2 commentaires sur “Argentine Patagonie – Un peu de solitude encore – J734 à J738

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  1. Merci pour ces bonnes nouvelles j’espère que la reprise s’est bien passée et que le vent s’est calmé… ici c’est l’été au printemps il fait 30° !!! Bonne continuation et à bientôt
    Annie-France

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  2. Toujours de grandes lignes droites à perte de vue mais beaucoup d’animaux qui agrémentent votre route, un petit chat 🐈 pour vous tenir compagnie momentanément !! te connaissant, je comprends ton désarroi face à ce petit animal qui très certainement n’avait pas trop l’habitude des humains, de leur gentillesse et leurs câlins… Vous avez bien fait de vous arrêtez un peu plus longtemps et reprendre des forces, n’est ce pas !!😉.
    Prenez soin de vous bizz

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