Argentine Patagonie – J766 et J767 – Jonction El Chalten -> El Calafate (1/2)

J766 – Mardi 31 mai – El Chalten à (Bivouac bord de rivière) Puesto Cangrejo – 56km D+70m


Ce soir, assise sur un gros cailloux, le ring devant moi, l’eau en ébullition dans la casserole avec le feu dessous, j’écris. Il est 17h40 lorsque je commence et le soleil se couche derrière le Fitz Roy que nous apercevons encore. Cela fait déjà 1h30 que nous ne nous occupons plus des enfants, partis jouer près et dans la rivière à côté, avec les plaques de glace. Mais comme dis Emma, « la glace c’est glaciale »! Bah oui!
Reprenons à ce matin. Nous nous levons à nos heures habituelles, 8h, pour petit-déjeuner tous ensembles à table, rassembler nos affaires et les ranger dans les sacoches. Nous sommes dans nos temps, mais nous allons en perdre lors du paiement de nos nuitées. Ce n’est que vers 11h, que nous sortons du village accompagné du soleil et du ciel bleu, du Fitz Roy et du Cerro Torre, alors que tout est calme dans les rues.

Une vraie haie d’honneur d’une trentaine de condors perchés sur leur rocher, à notre droite nous saluent à la suite. Nous avons une pensée pour nos copains cyclo, les Lamas, au Pérou actuellement qui n’en ont pas encore vu. Les condors se dorent au soleil, au sommet de deux gros blocs. Ensuite, plus rien, que de la pampa avec nos amis les guanacos, les clôtures, le même paysage qu’à l’aller. Mais la vue et les teintes sont différentes. Le lac Viedma nous paraît bien plus grand, bien plus bleuté. Le Fitz Roy et le Cerro Torre se recouvrent d’une volute de nuages. Impossible de voir autre chose que leur base. On se rend compte de notre chance sur ces quelques jours à l’avoir côtoyé, toujours libres à leur cime.

La route paraît facile également, en légère pente. Nous avons une très bonne allure même si les cuisses font mal de la randonnée du lac Torre! J’ai des courbatures, dégoûtée. Je ne suis bonne qu’à pédaler et non plus à marcher. On avance donc, on croise notre cahute rouge de Guardito Gil, où nous nous étions réfugiés pour déjeuner avant d’arriver sur El Chalten. Une dizaine de kilomètres plus loin, nous faisons une halte près d’une rivière, en contrebas de la route. On pique-nique au soleil, avec un léger vent (c’est là que nous nous rendons compte qu’il y en a un peu), et au froid! Les gants sont enlevés et les doigts gèlent en prenant le pain, la crème, le fromage… Zou, on remonte sur nos vélos et on passe 10km plus tard, devant notre bivouac précédent. 40km parcourus, nous visons le bivouac suivant, à encore 42km, pas loin de la bifurcation de la Ruta 40. Cela fait bizarre de connaître déjà le chemin, les arrêts… On ne regarde pas de la même manière ce qui nous entoure. Mais on reste amusés devant les guanacos, les oiseaux, les rapaces, les agriculteurs à cheval avec leurs chiens qui rassemblent environ un millier de moutons. Une vraie carte postale de l’univers de la Patagonie. On effectue moins de pause, déjà parce que nous sommes moins fatigués. Le vent n’est pas de face, il est léger, il ne nous impose pas davantage d’efforts. Et puis, nous avons bien observé ce paysage à l’aller.


On roule, on roule et à 15h45, à 27km de notre objectif du jour, on se questionne. Est-ce que cela vaut vraiment le coup d’aller à fond pendant encore 2h, pour grappiller quelques km? Nous avons prévu 4 jours, rien ne sert de courir pour en garder un avant El Calafate. Ça tombe bien, juste 1km après cette réflexion, nous traversons un pont par-dessus une jolie rivière dont les bords sont gelés. On a eu la même idée avec Sylvain car les 2 tandems s’arrêtent en même temps sur le bas côté. L’endroit est joli, l’accès à l’eau nous permet de faire de l’eau chaude et de s’hydrater, de laver nos ustensiles, de se rincer les dents… et de jouer pour Emma et Raphaël avec les plaques de glace sur les abords du ruisseau et leurs figurines.
A la suite de cette vision, on descend les vélos, montons la tente dans la foulée, partons chercher du bois sec, installons l’intérieur, et nous posons pour nos cafés/thés. Cela fait du bien. Rien ne sert d’être trop tôt sur la ville suivante, autant savourer ces instants où l’on voit les loulous s’éclater, être heureux, imaginer des histoires, se tremper les doigts dans l’eau gelée venue des montagnes…

Le Fitz Roy nous fait encore de l’œil et son ombre ressort après le coucher de soleil. Des argentins passent nous voir au campement; ils habitent l’estancia d’à côté et viennent voir leur voisin ici (passé en moto il y a 30 min). Si nous avons un problème, ils nous proposent de ne pas hésiter à venir chez lui.
C’est ainsi que nous nous retrouvons ici, sur ce campement à apprécier la nature, les montagnes, les collines, la rivière, le coucher de soleil et la nuit bien présente à la suite, les étoiles, le feu entre les cailloux… et la casserole d’eau chaude pour nos pâtes. Un peu de bacon et de crème et le tour est joué. Heureusement que le feu est là pour nous éclairer et nous réchauffer, dès la disparition des flammes, ça caille, ça pique les doigts.

On se replie peu après 19h dans notre igloo. Chacun sur son matelas, on grignote notre dessert avant d’aller dessiner pour les plus jeunes et d’écouter des podcasts ou musique pendant l’écriture pour les adultes.
Ça y est, tout juste 20h, en ce dernier jour du mois de mai, nous nous éteignons… mais pas en silence. Les drôles font le bazar juste à côté de moi… Va falloir y remédier! Je vous laisse donc!

J767 – Mercredi 1er juin – Puesto Cangrejo à Campement dans le ex-restaurant pour Cyclo du monde entier – 64km D+159m


Je préfère commencer à écrire maintenant plutôt que de dévorer tout l’apéritif, les cacahuètes et le pain inclus, pendant que l’eau chauffe pour nos pâtes. Il est 19h06, il fait nuit, il fait froid!
Ce matin, le réveil ne fut pas très matinal. Je ne veux pas critiquer mais Sylvain ne s’est levé qu’à 8h15! Alors il ne faut pas s’étonner si l’on n’est pas prêts à 10h! Le soleil n’est pas levé, lorsque nous osons sortir de nos duvets bien timidement. L’air froid nous pique chaque membre sans protection. On arrive à s’extirper de nos matelas pour s’asseoir à l’intérieur de la tente sur le bord avec l’abside pour le petit-déjeuner. Ensuite, la routine : pliage, rangement dans les sacoches, récupération des petites merdouilles qui restent, vaisselle dans l’eau gelée de la rivière qui a même glacé sur les bords (compliqué pour trouver un accès à de l’eau qui coule), démontage de la tente et des arceaux. Pour les 2 derniers travaux, on se retrouve avec Sylvain autour du feu qu’il a fait exprès pour nos doigts rouges de froid. Merci!


Évidemment, ce n’est qu’à 10h30, avec des températures encore négatives que nous démarrons notre route 23 du jour. Les nuages ont pris d’assaut le ciel, ne laissant rien entrevoir de la cordillère derrière nous ou des collines sur notre gauche. Le lac se voit et nous le longeons, remontons sur le plateau en s’en éloignant, en passant devant notre aire de pique nique de l’Aller. On peut dire que l’on connaît le coin, comme notre 1er bivouac sur cette portion, 17km plus loin. C’est d’ailleurs juste 1000m avant celui-ci que nous pique-niquons derrière un petit talus à l’abri du peu de vent qu’il y a, mais qui nous refroidit les doigts auxquels on a enlevé les gants pour préparer notre repas. Sylvain part à la chasse au bois sec, plutôt aux plantes/ buissons secs pour se faire un feu! Et c’est de bonne augure. On va côté cuisine près de la sacoche de nourriture pour cuisiner chacun notre sandwich et on file côté salon pour le bon feu. Mais, cela a un revers: on met 1h pour manger, remettant encore et encore, encore un petit peu encore, des branches. On alimente le feu, on alimente notre corps ainsi! 14h, c’est l’heure d’aller pédaler.


Les montagnes deviennent des collines qui se rapetissent à mesure que nous filons vers la route 40. Les guanacos sont toujours autour de nous par centaines, et la nature nous réjouit, comme lorsqu’un guanaco adulte traverse la route juste devant le Couillot, et saute par-dessus la clôture pour rejoindre son petit. Raphaël s’exclame alors: « il y a des choses joyeuses quand même [les familles se rejoignent] ». J’adore! Alors, on pédale parmi ce spectacle des familles animalières, nous une famille humaine, une famille pédalière. On avance plutôt bien et nous retrouvons à l’intersection avec notre bonne vieille route 40! Ça fait drôle de la retrouver, comme si on retrouvait une copine, comme si elle nous avait manqué, comme si on la connaissait bien! Les nuages sur la Cordillère se sont levés et laissent le Fitz Roy et le Cerro Torre nous dire au revoir. Un salut qui nous réchauffe parmi le froid patagonien.

Nous nous sommes fixés un bivouac à 38km de notre pique-nique, ce qui signifie d’où nous sommes maintenant, 32km restant. On finira tard aujourd’hui mais au cas où, il y a un spot 12km auparavant près d’une rivière. Que de choix! En selle, nous ne croisons à nouveau pas grand monde même sur cette portion, c’est étonnant. Un seul bus de retour d’El Chalten, parmi tout ceux vus le matin, et quelques voitures, tout sourire. Nous admirons le lac Viedma sur sa largeur, oscillons entre légère côte et légère descente, laissons passer les guanacos, retrouvons des nandous qui s’enfuient, et tombons sur une petite surprise: un renard. Alors, en vérité, un premier renard gris a traversé la route pour entrer sur un champ. Mais le second, fut une belle rencontre. Lors de notre arrêt sur le mirador (lac + Cordillère), il est arrivé du talus en face et se dirigeait vers le parking et les poubelles. Il s’est assis en plein milieu de la route sans crainte, a regardé des deux côtés comme pour vérifier la venue d’un véhicule (ses parents l’ont bien élevé!), s’est étiré le dos en bayant, s’est assis et nous a observés. Quelle rencontre avec lui! Nous étions tous les 4 sous son charme. Photo et vidéo étaient nécessaires pour immortaliser ce moment comique. Nous l’avons quitté ici, sur son talus de sable pour continuer notre route.

On descend vers le Sud pour dépasser le lac, passer les collines suivantes (fin de la Cordillère et des glaciers plus à l’Ouest), pour retrouver le prochain lac, le Lago Argentino sur les rives duquel se trouve El Calafate. Pour l’heure, nous passons sur le pont et la rivière La Leona, 1er bivouac possible. Il est 16h et je réponds par l’affirmative quand Sylvain me demande si on continue jusqu’au suivant! Quelle erreur! C’est ce que je me dis en bas d’une belle côte, avec plusieurs virages 4km plus loin! J’aurai dû vérifier le dénivelé avant de répondre! Je me suis fait eu, à l’issu de mon plein gré. Plus le choix, on y fonce. Enfin c’est relatif, vu la fatigue, le froid, et le pédalier d’Emma qui n’a pas fonctionné de la journée. Sylvain a dû compenser par plus de forces, mais même comme ça, je n’arrive toujours pas à le rejoindre. Le soleil commence à s’effacer derrière les collines. Conséquence: nous pédalons à l’ombre qui nous rattrape. Autant vous dire, qu’il fait très froid, on se prend un grade de plus dans la négativité des températures. Mais le cadre nous réconforte avec les couleurs du coucher de soleil sur les falaises rouges à notre gauche et la rivière sinueuse que nous suivons.

C’est à ce moment que Raphaël m’interpelle: « Papa s’arrête pour nous ou c’est le bivouac ? » Pas déjà ? Si si! Déjà ou enfin? C’est bien le campement prévu dans un ancien restaurant et hôtel qui sont utilisés à présent par un nombre incalculable de cyclos du monde entier. Les murs des 2 bâtiments en témoignent: chacun y a mis son nom, la date de son passage et son trajet à vélo. Comme un refuge pour cyclistes du monde, gardé propre! On y lit celui d’un couple de français que l’on avait suivi lors de l’année de préparation de notre propre voyage. Se retrouver dans de tels lieux, comme un lieu de pèlerinage, nous renvoie l’idée que nous ne sommes pas les seuls fous de la Terre (dixit Emma ou Raphaël!!). Le monde passe par ici, y dort une nuit et continue sa route, sa quête, son voyage intérieur. Pendant que Raphaël dessine un de ces croquis sur le mur sur son propre cahier, Emma y laisse notre empreinte personnelle avec les feutres de Mirna.

Et nous, nous montons la tente, dans un recoin de la pièce sans vitres aux fenêtres, accrochée aux 2 vélos. L’intérieur monté, les enfants s’y glissent pour éviter les courants d’air. Apéritif et repas préparé dans la foulée, sur un petit feu dehors, faute de gaz suffisant dans nos bouteilles… et nous dînons à l’intérieur même de la tente, sur notre nappe « serviette de bain » (propre vu que l’on ne se lave pas!) posée sur les matelas. La nuit s’est installée comme nous dans les duvets avant 20h30. Un peu de dessin pour mon binôme de vélo, un peu de podcast pour mon grand binôme de vie, un peu de lecture de mon écriture pour ma grande jumelle, et de l’écriture pour moi, pour vous. Je vous laisse, mes doigts à l’extérieur se gèlent. Je m’en vais les réchauffer dans le sac à viande, en musique!

7 commentaires sur “Argentine Patagonie – J766 et J767 – Jonction El Chalten -> El Calafate (1/2)

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  1. merci pour ces nouvelles ! Le froid ne va plus vous quitter ! Sympa ce bâtiment où chacun peut faire étape et laisser son message . A chacun son voyage , ses raisons, ses rêves … ça me fait un peu penser au chemin de Compostelle ! (une idée pour vous !) Allez , bonne route et bon vent , de dos et pas trop froid !

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  2. Bonjour les aventuriers,

    Je viens de lire vos derniers articles et regarder attentivement vos photos…c est tout simplement magnifique. Je comprends mieux que cette destination était marquée sur vos tablettes. Vous avez dû en prendre plein les yeux et vous avez retrouvé votre terrain de jeu favori la montagne.
    J ai bien compris que pour en arriver là, vous avez encore fait preuve d’un mental et d’ une condition physique exceptionnels. Les conditions climatiques extrêmes rencontrées ne rendent que plus beau votre exploit. Et les enfants dans tout ça ils suivent, ils s acclimatent, ils découvrent, ils en prennent plein les yeux….ils font preuve eux aussi d un mental d enfer. Quelle expérience et quelle leçon de vie pour vos loulous!!!!
    Nous c était l aventure sur l île d oleron. On est partis avec Audrey sans les enfants quelques jours sur l île. Pas de conditions extrêmes pour nous 😀, un climat doux et tempéré 😉. On a dormi deux nuits dans notre fourgon….et on a aussi appuyer sur les pédales. Je ne vous dirais pas le dénivelé parcouru car vous allez rire!!!
    En tout cas on en a bien profité et nous voilà requinqué pour la reprise du travail…ce que vous allez bientôt connaitre😃😃😃😃.
    Voilà pour les petites nouvelles.
    Continuez à nous faire voyager et rêver. On a hâte de vous voir et de discuter de tout cela avec vous. Vous n avez jamais été aussi prêts de la France. Mais en attendant, profitez au maximum de ces derniers moments en famille, loin du train train quotidien que nous connaissons.
    On vous embrasse.
    A bientôt les aventuriers.

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  3. Ce renard, quel bel animal ! Fourrure d’hiver comme les guanacos. Je suis sûr que mêmes les condors de protègent du froid avec leur duvet ! Encore une fois, la beauté ! Des paysages, de votre enthousiasme, de votre détermination ! Détermination pour terminer ce formidable voyage aux Amériques. Bon courage pour les jours à venir. Bises aux quatre « fous ».

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  4. Encore des photos qui font rêver, mais pas chaudes vos journées et nuits , pas sur que ça s’améliore pour la suite. Bravo Emma pour ton dessin et dédicace sur ce mur des voyageurs , une belle empreinte .
    Bonne continuation ,que la faune continue à vous accompagner et à vous réchauffer au moins le coeur !
    Bisous à tous les 4

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  5. Que de prouesses de voyageurs visibles sur ce mur des cyclos !!! Votre message y a également toute sa place par la dimension de votre périple…avec vos enfants surtout de bout en bout.
    Je me demande s’il ne restait pas un morceau de poulet dans votre musette pour domestiquer de la sorte ce beau renard?

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    1. Même pas de poulet à donner ! Ce n’est vraiment pas à faire de donner à manger aux animaux sauvages, au risque de modifier leurs habitudes alimentaires… Pour le cas de ce renard, on soupçonne fortement qu’il se soit justement accoutumé à recevoir de la nourriture de l’homme… nous ne devons pas être les premiers humains qu’il croise près de ce point de vue le long de la route.

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  6. Bonne idée Emma d’avoir laissé votre « empreinte » votre passage , « un graffiti, un tag » bien à sa place sur ce mur dédié au plus courageux de cette terre. Joli photo de ce gentil renard qui prend facilement la pose. Toujours, dur dur ce froid glacial, vous êtes courageux. Prenez soin de vous bizz

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